Dimanche 14 Décembre 2025 3e dimanche de l’Avent.
(Isaïe 35,1-6a) (Jacques 5,7-10) (Mt.11,2_11)
Jean Baptiste ne doutait pas que Jésus soit le Messie. Lorsque ce dernier était venu recevoir le baptême, J.B. avait vu l’Esprit Saint descendre sur lui sous l’apparence d’une colombe et il avait entendu une voix venant du ciel proclamer : Celui-ci est mon Fils bien-aimé (Mt.3,17) et puis l’enseignement de Jésus et ses miracles l’impressionnaient profondément. Mais ses disciples eux, se posaient des questions.
C’est que Jésus était déconcertant. C’était quelqu’un comme tout le monde. Or justement, tous les croyants pensaient que le Messie devait être quelqu’un de différent, d’imposant, quelque chose comme un grand prêtre ou au moins comme un scribe savant versé dans les Ecritures. Or qui voit-il arriver ? Son cousin, charpentier à Nazareth. J.B. annonçait un Messie qui viendrait en juge sévère châtier les pécheurs. Il prêchait avec violence et colère : Engeance de vipères, repentez-vous tandis que Jésus lui, c’était : Laissez venir à moi les petits enfants (Luc 18,16) et puis il y avait l’anticléricalisme véhément de Jésus qui n’arrêtait pas de s’en prendre aux prêtres, scribes, docteurs de la Loi, lévites, et aux bien pensants : pharisiens et saducéens. Alors J.B. ne doutait pas, mais il était quand même perplexe à certains moments. Il est donc bien content d’envoyer ses disciples demander à Jésus de régler la question une fois pour toutes : Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?
Face aux questions des envoyés de J.B., Jésus les renvoie à leur propre jugement : regardez ce qui se passe : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et les pauvres entendent la Bonne Nouvelle. Or ce sont là les termes employés par le prophète Isaïe pour décrire les œuvres qu’accomplira le Messie lorsqu’il viendra. (Isaïe 26,19—29,18—35,5,6—61,1) Jésus ne se contente pas de répondre simplement : Oui, je suis celui que vous attendez, mais il renchérit : d’ailleurs je suis tel que les prophètes l’ont annoncé.
Aujourd’hui, nous aussi, comme les disciples de J.B. autrefois, nous avons des raisons de douter et de nous demander comme eux : est-ce bien lui le Messie Sauveur ou devons-nous en attendre un autre ? Après vingt siècles de christianisme où en sommes-nous ? Le monde n’a pas l’air tellement sauvé…Scandales de mœurs dans l’Eglise… Et la société, ce n’est pas mieux. Selon des enquêtes sérieuses, en France, plus de 80% des crimes de pédophilie seraient commis au sein des familles. D’un bout à l’autre du monde, partout des injustices, des guerres, des persécutions ethniques ou religieuses et des inégalités scandaleuses. Certains osent s’inquiéter d’une possible pénurie de foie gras pour leur réveillon tandis que le Secours Catholique, le Secours Populaire et les banques alimentaires voient se multiplier le nombre de nécessiteux à leurs portes. On en vient à se demander à qui va-t-on pouvoir encore souhaiter un joyeux Noël ?
Mais si après vingt siècles de christianisme, on en est encore là, est-ce parce que le Christ n’est pas le sauveur et qu’il n’a rien sauvé du tout, ou est-ce que c’est nous qui mettons obstacle au salut ? Le Christ a réellement apporté un salut. Par sa mort et sa résurrection il a vaincu le mal, le péché et la mort. Mais c’est nous aujourd’hui qui bloquons le salut que le Christ veut continuer d’apporter. Alors qu’il nous confie la tâche de poursuivre son œuvre de salut en faisant régner partout où nous sommes la loi d’amour et de charité, bien souvent nous nous détournons de lui, nous prétendons aller chercher ailleurs salut et bonheur, dans la raison, le progrès, la science, la technique ou dans n’importe quelle idéologie douteuse, quand ce n’est pas dans l’alcool, la drogue ou la violence.Comme le fait remarquer un historien :Les pires régimes de l’histoire moderne ont été ceux qui ont le plus clairement renié la vision chrétienne de la réalité et cherché à la remplacer par autre chose (Hart Atheist Delusions p.107) Il y a plus de 2.000ans le Seigneur le déplorait déjà : Ils m’ont abandonné moi la source d’eau vive pour des citernes lézardées qui ne retiennent pas l’eau. (Jer.2,13) On est tenté de dire que les choses n’ont pas changé.
Mais ce serait malhonnête de ne pas reconnaître que malgré tout, le christianisme a fait bouger les choses dans le monde, aussi bien au sommet, au niveau des gouvernements et des grandes instances internationales qu’à la base, dans la vie quotidienne d’un chacun. La législation des droits de l’homme au niveau international, le droit du travail, les régimes gouvernementaux d’aide sociale, les innombrables associations d’entraide officielles ou privées, religieuses ou laïques en faveur des personnes ou des pays les plus défavorisés, des migrants, des réfugiés des enfants ou des personne âgées sont incontestablement des conquêtes de l’esprit chrétien. On n’admet plus aujourd’hui d’abuser des enfants, de laisser sans soins des malades, d’abandonner à leur solitude des personnes âgées. C’est un fait. Mais c’est un fait aussi que dans la réalité, nous sommes encore très loin de mettre parfaitement en pratique les idéaux que nous professons et notre monde n’est pas encore le Royaume de paix, de justice et de charité que le Seigneur nous demande de construire.
Alors ? Je ne vais pas sauver le monde à moi tout seul. Ce n’est pas moi qui vais guérir les aveugles, les sourds et les boiteux du monde entier. Mais je peux m’attaquer à ce qui est aveugle sourd et boiteux en moi et autour de moi. Et peut-être arriverai-je à améliorer un peu la situation, parce que le Seigneur vient qui veut apporter du salut à travers moi. Lui, dont la puissance agissant ennous, peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer comme dit St Paul (Ephes.3,20) C’est pourquoi il est si urgent pour chacun de mieux accueillir le Seigneur aujourd’hui, de façon à apporter un peu plus de paix de justice et de charité autour de lui.
Que retenir de tout cela ?
Devant tout ce qui va mal dans le monde, nous pouvons être tentés de questionner comme les disciples de Jean :Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? d’autant plus que notre manque de lucidité nous empêche de reconnaître ce que le Christ et son Evangile ont déjà apporté au monde. Si, après vingt siècles de christianisme, le monde est encore dans le triste état que nous constatons, c’est bien parce que le Christ est venu chez les siens et que les siens ne l’ont pas reçu. Aujourd’hui, il continue de venir. Allons nous continuer de ne pas le recevoir ? le voici qui vient et nous appelle à continuer son œuvre de salut. Au lieu de perdre notre temps à pleurer hypocritement des larmes de crocodile sur les malheurs du temps, ouvrons tout grand notre cœur pour accueillir celui dont la puissance agissant en nous peut nous rendre capables de déboucher ce qui est sourd et aveugle en nous et autour de nous, et de décoincer ce qui en nous et autour de nous est aveugle et boiteux. Alors Noël 2025 sera le bon et joyeux Noël que tous, nous espérons.