homélie

Dimanche  23  Novembre2025

(2 Sam.5,1-3)  (Col.1,12-20)  (Luc 23,35-43)

Christ- Roi

Pourquoi donner au Christ ce titre de Roi ? Quand les gens ont voulu le faire roi après la multiplication des pains, il n’a pas aimé cela du tout. Très mécontent, il les a renvoyés chez eux. Sa vie, de la crèche à la croix, n’a rien de somptueux ni de royal. Il n’a ni armées, ni richesses, ni palais, comme les rois de la terre. Et si on veut à tout prix le célébrer comme Roi, pourquoi choisir comme évangile de cette fête une page où, supplicié sur la croix, il est méprisé et moqué par la foule rassemblée au Golgotha ? Pourtant ce titre de Roi, il le mérite, en tant que Créateur et en tant que Rédempteur, comme St Paul le laisse entendre dans la 2° lecture.

En tant que Créateur, bien sûr, puisque c’est en lui que tout a été créé dans le ciel et sur la terre…Il est avant toute chose et toute chose subsiste en lui. Tout subsiste en lui, cela veut dire que ce qui existe aujourd’hui, c’est lui qui le maintient dans l’existence. Il n’a pas créé l’univers, il y a un certain nombre de millions d’années et depuis, il aurait pris sa retraite ! Non, le Christ Roi est un roi en exercice, il continue de créer, jour après jour, tout ce qui est. La vie dont nous jouissons en ce moment, c’est lui qui la crée, non seulement notre vie physique, mais aussi notre vie de communion avec lui, avec son Esprit présent en nous depuis notre baptême et notre confirmation.

Et puis le Christ mérite encore le titre de Roi en tant que Rédempteur. L’humanité qui était séparée de lui par le péché, il l’a reconquise en offrant sa vie pour nous à travers le sacrifice de la croix, où la toute puissance de son amour a vaincu toute la puissance du mal et du péché, opérant la réconciliation avec le Père. Souvent nous pensons que la passion et la mort du Christ sur la croix sont des défaites du Christ et qu’il faut attendre sa résurrection au matin de Pâques pour voir son triomphe. C’est faux. Son triomphe éclate déjà dans sa passion et sa mort sur la croix, puisque là, déjà, la toute puissance de son amour l’emporte sur toute la puissance du mal déchaînée contre lui. Alors qu’on est en train de le tuer, il prie pour ses bourreaux : « Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). Autrement dit : vous pouvez me tuer si vous voulez, moi, je vous aime encore.  C’est là que son amour tout puissant se montre plus puissant que la toute puissance du mal, du péché et de la mort. Rien ne peut venir à bout de son amour. Son titre de Roi, il l’a donc conquis en mourant sur la croix puisque c’est bien là, à ce moment-là, que se manifeste la toute puissance de son amour qui l’emporte sur toute la puissance du mal, du péché et de la mort.

Ce n’est donc pas étonnant et cela n’a rien de choquant que l’évangile choisi pour la célébration de la fête du Christ-Roi nous montre le Christ mourant sur la croix puisque c’est là que se révèle le triomphe royal de son amour sur toutes les forces du mal, du péché et de la mort.

La royauté du Christ n’a rien de commun avec les royautés de la terre. Elle est d’un autre ordre. Elle n’a pas besoin de palais splendides, de richesses somptueuses, de l’entourage spectaculaire d’une cour brillante, de la puissance écrasante d’armées redoutables ou d’un pouvoir politique dominateur. Tout cela apparait comme du folklore, de la pacotille à côté de la royauté du Christ reposant sur la toute puissance d’un amour qui l’emporte sur toute la puissance du mal, du péché et de la mort.

Mais le Christ-Roi, nous ne pouvons pas nous contenter de l’admirer à distance. Il  se trouve que nous participons à  sa royauté depuis notre baptême, comme le souligne le célébrant au cours de la cérémonie : Vous êtes maintenant membres du Christ, vous participez à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi. Or comment se manifeste la royauté du Christ ? Dans le service des autres dans l’amour. Participer à la royauté du Christ, c’est donc, comme lui, se consacrer au service des autres par amour. Peut-être pas à travers des gestes spectaculaires, mais dans l’ordinaire d’une foule de gestes quotidiens qui ont de la valeur aux yeux de Dieu, ce que généralement nous ne soupçonnons pas. Regardez, dans la parabole du jugement dernier, qu’est-ce qui a valu aux justes d’être comptés parmi les élus ? Venez à moi, les bénis de mon Père, dit le Seigneur, recevez en partage le Royaume qui vous a été préparé , parce que…parce que vous avez fait des choses extraordinaires ? Non. Parce que vous êtes allés à la messe le dimanche et fait un tas de prières ? Même pas ! Mais parce que j’ai eu faim, vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif, vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, malade et vous m’avez visité. Et les justes diront : Seigneur quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire …(Mt.2534…) Ils ne se seront pas rendu compte que ce qu’ils ont fait pour n’importe qui, un enfant, un conjoint, un ami, un inconnu, c’est comme s’ils l’avaient fait pour le Christ en personne, car ce que vous aurez fait pour l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous l’aurez fait. (Mt.25,40)

Pour nous aujourd’hui, cela veut dire que lorsqu’une maman prépare le repas des siens, lorsqu’un instituteur apprend à lire à ses élèves, lorsqu’un médecin soigne un malade, lorsque les employés municipaux vident les poubelles, lorsqu’un boulanger prépare le pain pour les habitants du quartier, il y a du service des autres là-dedans et un peu d’amour et cela a du prix aux yeux de Dieu. Par là nous sommes unis au Christ Roi qui se donne au service des autres par amour. Mais nous avons du mal à le croire. Nous sommes persuadés que nos tâches  quotidiennes sont des choses banales matérielles, sans valeur aux yeux de Dieu. C’est d’ailleurs pourquoi on ne voit jamais une image ou une statue de Notre Dame en train de faire la cuisine ou le ménage. Comme si tenir son foyer ne faisait pas partie des tâches que le Seigneur lui avait confiées. Cette fête du Christ Roi nous invite à ouvrir les yeux pour voir l’amour et se service des autres qu’il y a dans nos tâches familiales ou professionnelles et à prendre conscience que par là nous sommes unis au Christ Roi dont la royauté s’exerce dans le service des autres  par amour.

Que retenir de tout cela ?

Pourquoi donner au Christ le titre de Roi ? Parce que il est  le Créateur de l’univers. Et parce que en tant que Rédempteur, son amour tout puissant  a triomphé de toutes les puissances du mal, du péché et de la mort. Sa  royauté n’a rien à voir avec celle des rois de ce monde qui se manifeste par des richesses ou le pouvoir politique ou militaire. Le Christ est un roi très spécial. Son sceptre, c’est la croix et sa politique, le lavement de pieds. La royauté du Christ se manifeste dans le don de soi pour ceux qu’il aime. C’est  dans  le don de soi qu’il y a dans tout ce que nous faisons pour le service des autres à  travers le quotidien de nos tâches familiales et professionnelles, que se manifeste notre participation à la Royauté du Christ même si, pareils aux justes  de l’évangile admis dans le Royaume, nous ne nous  rendons pas compte. Saint Exupery parlant de quelques dames âgées qui brodaient des chasubles d’or pour leur Dieu écrivait : Elles allaient, ne le sachant pas,  les mains  pleines d’étoiles. Eh bien,  quand vous êtes au travail tous les jours, dans un bureau ou un magasin, sur un chantier ou au volant de votre voiture, quand vous faites le ménage ou préparez le dîner, je crois, moi, que vous allez, ne le sachant pas les mains pleines d’étoiles. Et je suis fierd’offrir tout cela au Seigneur dans cette messe ,  en même temps que le sacrifice du Christ.                                                   

9  Novembre  2025

(Ez 47,1-2.8-9.12)  (1 Co 3,9c-11.16-17(Jean 2,13-22)

La colère est un péché, c’est même un des 7 péchés capitaux. Or l’évangile d’aujourd’hui nous montre Jésus se mettant violement en colère. Pourtant le Christ est sans péché. Alors ?

Commençons par regarder la scène. Cela se passe au Temple. Le Temple, ce n’est pas un bâtiment genre cathédrale ou basilique, c’est un espace d’environ 400 m. de long sur 300 m. de large, comprenant plusieurs esplanades ou parvis, des sanctuaires, notamment celui qui abrite l’Arche d’Alliance, symbole de la présence de Dieu au milieu de son peuple, et un autel surélevé, en plein air, sur lequel on offrait les sacrifices. C’est pourquoi il y a sur place des marchands qui vendent des bœufs, des moutons et des colombes destinés aux sacrifices, ainsi que des changeurs pour changer en monnaie locale l’argent des juifs venant de différents pays du bassin méditerranéen. Autrefois tout ce commerce avait lieu dans la vallée du Cédron voisine du Temple ou sur les pentes du Mont des Oliviers, mais petit à petit il avait envahi les parvis à l’intérieur même du Temple. Jésus, indigné de voir le Temple, la maison de son Père transformée en maison de commerce, se met en colère, renverse les tables des changeurs et chasse les marchands à coups de fouet. Comment peut-il agir ainsi lui qui nous enseigne : Quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal ? (Mt.5,22)

St Paul a une expression surprenante : Mettez-vous en colère, dit-il, mais ne péchez pas !

(Ephes.4,26) Y aurait-il des colères qui ne seraient pas des péchés ? C’est vrai qu’on parle parfois de saintes colères . Que faut-il pour que la colère ne soit pas un péché ? Trois conditions sont requises. 1°) Il faut qu’elle ait une juste cause, par exemple réagir contre une injustice. Non seulement ce n’est pas un péché de se mettre en colère pour rétablir la justice, mais c’est un devoir. St Jean Chrysostome va même jusqu’à écrire : celui qui ne se met pas en colère quand il y a une juste cause de le faire, commet un péché ! 2°)D’autre part, il faut que le mouvement de colère ne soit pas disproportionné. Il arrive malheureusement qu’une dispute banale se termine par un meurtre, parce qu’un des protagonistes se laisse entraîner trop loin.! 3°) Il faut aussi garder une intention droite dans sa colère, c’est-à-dire viser à ramener le bien et la justice et non pas se laisser emmener par un esprit de méchanceté ou de haine, de vengeance ou de rancune. Une maman qui se met en colère contre son enfant qui fait des bêtises n’a pas de haine contre lui. C’est au contraire parce qu’elle l’aime qu’elle se fâche contre lui.

Donc, se mettre en colère, c’est un péché… mais pas toujours !

Ne pas se mettre en colère, c’est bien… Mais pas toujours ! parfois, c’est même un péché !

Bienheureux les doux (Mt.5,4) a dit le Christ, mais il n’a pas dit : Bienheureux les mous ! Il est miséricordieux, mais pas complaisant. La charité, ce n’est jamais tout laisser faire sans réagir. Comme l’écrit Bernanos dans « Le Journal d’un Curé de Campagne » : le Christ n’a jamais dit vous êtes le miel de la terre, il a dit : Vous êtes le sel de la terre (Mt.5,13) et le sel, cela pique et parfois même cela brûle.

Si les apôtres approuvent la colère de Jésus où ils voient une manifestation de respect pour la maison de Dieu, d’autres protestent énergiquement : Quel signe nous donnes-tu pour agir ainsi ? c’est-à-dire : de quelle autorité te permets-tu de causer du désordre dans le sanctuaire ? Jésus répond en parlant d’un autre sanctuaire : son   corps,  qui est, comme le Temple  de Jérusalem et mieux que ce Temple,  la demeure de Dieu. Il proclame : Détruisez ce Temple et en trois jours je le relèverai, ce qui veut dire : Faites moi mourir sur la croix et trois jours après je ressusciterai.

Les Juifs trouvent cette réponse ridicule. Ils ne pouvaient pas en comprendre la portée prophétique. Jésus annonce ici les temps nouveaux : Bientôt, à partir du matin de Pâques, la présence de Dieu parmi les hommes ne sera plus dans les pierres d’un  Temple, mais dans la présence du Christ ressuscité parmi les hommes. Ce que nous rapporte cette page d’évangile, c’est beaucoup plus qu’une bagarre dans le temple de Jérusalem, c’est l’annonce de l’avènement des Temps Nouveaux . Désormais, la présence de Dieu parmi les hommes ne sera plus ici ou là, dans des pierres, mais partout où le Christ ressuscité sera présent, c’est à dire en chaque baptisé.

Pour nous aujourd’hui, cela veut dire que le Christ est présent parmi nous de deux manières : dans le St Sacrement, dans le tabernacle de l’église et en chaque baptisé. Ce qui confère un caractère sacré à notre corps, comme le souligne St Paul en s’adressant aux Corinthiens : Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du St Esprit qui est en vous et qui vous vient de Dieu ? Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?…Le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous. (1 Cor. 6,17 et 3,16,17) D’où le devoir de bien traiter notre corps, de ne pas le mettre en danger dans des comportements dangereux qui entraînent des accidents, ne pas le détruire par une mauvaise alimentation, l’ alcool ou les  stupéfiants. Bien traiter notre corps, c’est aussi bien s’habiller. Un jour quelqu’un m’a dit : J’estime, mon Père, que l’élégance pour une femme, c’est une question de politesse, même vis à vis du Père éternel ! Une femme bien habillée fait honneur au Seigneur qui nous donne de beaux tissus et de l’intelligence et du bon goût pour les tailler comme il faut. En même temps, elle se fait plaisir, son mari est fier de voir sa femme bien habillée et ses enfants sont heureux de voir leur maman bien mise. Ne me faites pas dire…………………

Que retenir de tout cela ?

Se mettre en colère, c’est un péché, mais pas toujours. Par exemple quand la colère a une juste cause, comme de réagir contre une injustice, quand la réaction n’est pas disproportionnée et quand elle vise au rétablissement de la justice, sans être animée par la rancune, la haine ou la vengeance. Ne pas se mettre en colère, c’est bien, mais pas toujours. La charité, ce n’est pas tout laisser faire sans réagir. C’est un péché de ne pas se mettre en colère quand il le faut.

Le Christ est bon et miséricordieux, mais n’allons pas l’imaginer comme quelqu’un qui ne fait pas de vagues, toujours calme, serein, impassible quelles que soient les circonstances. Il s’indignait avec véhémence devant le mal, il ne mâchait pas ses mots et haussait le ton quand il le fallait, intransigeant vis à vis du péché, mais indulgent vis à vis du pécheur. Il avait le cœur tendre et l’esprit ferme, alors que nous, trop souvent, nous avons le cœur dur et l’esprit mou. Mais surtout cette page d’évangile ne nous rapporte pas une simple altercation entre Jésus et les marchands dans le Temple. Elle nous annonce les temps nouveaux où la présence de Dieu parmi les hommes n’est plus dans les pierres d’un temple, mais partout où le Seigneur ressuscité est présent par son esprit, c’est à dire en chaque baptisé. Il est avec nous, en nous, jusqu’à la fin des temps. A nous de rester avec lui.

Dimanche  2  Novembre 2025

(Isaïe 25,6a.7-9)  (Rom.14, 769. 10-12)   (Jean 14,1-6)

Nous sommes le Jeudi Saint au soir. L’atmosphère est lourde. Les apôtres sont tristes et inquiets. Après leur avoir annoncé la trahison de Judas, Jésus leur a déclaré qu’il allait partir pour une destination où ils ne pourraient le suivre. Là où je vais, vous ne pouvez pas venir. (Jean 13,33) Voyant leur désarroi, Jésus tente de les réconforter : Que votre cœur ne se trouble pas. Je pars vous préparer une place… je reviendrai et je vous emmènerai afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Pour aller où je suis, vous connaissez le chemin… Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie. Mais cela n’apaise pas les apôtres. Ils ne veulent pas que le Christ s’en aille. Ils sont tellement heureux d’être avec lui, d’écouter son enseignement, d’être témoins de ses miracles. Ils voudraient que cela dure toujours. Ce qu’ils aimeraient c’est qu’il reste avec eux, là où ils sont, mais pas qu’il les emmène ailleurs.

Nous autres aujourd’hui, nous avons souvent la même attitude que les apôtres. Nous sommes attachés au Seigneur, nous avons confiance en lui, nous l’aimons pour tout ce qu’il nous apporte et nous souhaitons qu’il nous aide toujours davantage dans nos difficultés, mais nous n’allons pas jusqu’à vouloir et aimer ce qu’il veut pour nous. Nous voudrions le confiner dans nos projets, mais nous ne sommes guère ouverts aux siens. Quand nous l’entendons dire : Je vais vous préparer une place… là où je suis, vous serez, vous aussi, nous sommes troublés et même inquiets. Les perspectives de l’au-delà ne font pas partie de nos préoccupations courantes. Non pas parce que nous ne voulons pas nous en occuper ou que nous en nions l’existence. Mais tout simplement parce que nous sommes totalement accaparés par les soucis et les projets immédiats, d’ordre personnel, familial ou professionnel. Notre horizon est totalement bouché. Les voitures, le téléphone, les ordinateurs, sans parler des machines et des gadgets de toutes sortes qui encombrent les cuisines et les bureaux  de nos logements nous permettent de faire de plus en plus de choses, et parfois simultanément et chaque fois que nous achetons une nouvelle machine, nous trouvons de nouveaux travaux à lui faire faire. Comment dans ces conditions trouver un créneau pour s’occuper de l’au-delà ?

Et puis arrive de temps en temps la nouvelle du décès d’un membre de notre famille ou d’un ami ou le 2 Novembre, la commémoraison de tous les fidèles défunts. C’est toujours un choc.

Certaines pensées refont surface : ah oui ! c’est vrai ! Il y a quelque chose après la mort ; la vie de maintenant, ce n’est que la première mi-temps, il y a une deuxième mi-temps. Et même des prolongations, éternelles. Il faudrait s’en occuper, s’y préparer. Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire pendant tout ce temps-là ? Nous n’en avons aucune idée. Tout ça est flou, opaque. Est-ce qu’on y croit ? Est-ce qu’on n’y croit pas ? D’un côté, on dirait bien qu’on n’y croit pas. Pour la question de la résurrection, c’est assez net, on a beaucoup de mal à y croire mais, même la mort, d’une certaine manière on n’y croit pas. On sait qu’on meurt, que tout le monde meurt un jour ou l’autre. Personne n’y échappe. Mais croit-on vraiment que les morts soient morts ? C’est un fait que personne n’accepte volontiers de passer une nuit dans une pièce où il y a un mort. Pourquoi ? Si nous croyions que les morts sont tout-à-fait morts nous n’en aurions pas peur Si nous en avons peur, c’est que, obscurément, nous croyons qu’ils sont encore vivants quelque part, d’une manière ou d’une autre,  nous avons donc peur de ce qu’ils pourraient faire. Depuis les temps les plus reculés, dans tous les peuples la mort s’accompagne de rites funéraires. Dans nombre de cultures ces rites funéraires sont accomplis avec grand soin pas seulement en vue de rendre hommage au défunt en souvenir de ce qu’il a été de son vivant, mais en vue de satisfaire le défunt, de s’attirer ses bonnes grâces et se protéger d’un mécontentement éventuel de sa part. Dans nombre de cultures, les religions sont basées sur le culte des ancêtres. On les craint. Il faut leur rendre hommage, leur offrir des sacrifices en vue d’obtenir leur protection et se protéger de toute vengeance de leur part. Et en dehors des funérailles, on continuera de faire des offrandes aux défunts de temps en temps parce qu’il est bien entendu que de là où ils sont, même si on ne sait pas où exactement, ils sont encore vivants et capables d’intervenir dans la vie de leurs descendants, de leur accorder des bienfaits ou de les frapper de malheurs.

Pour nous chrétiens nous savons que Dieu nous a créés à son image. Mais il restait encore une certaine distance entre lui et nous. Nous étions comme en face de lui. En se faisant homme, le Christ a encore amélioré notre statut. Il a supprimé la distance entre Dieu et nous. Comme le Christ est à la fois vrai Dieu et vrai homme, nous sommes à la fois hommes et greffés directement sur Dieu par notre baptême. La vie qui nous anime le jour de notre naissance vient de lui, chaque jour de notre existence nous avançons vers lui, nous nous approchons de lui, et finalement, au terme   de notre vie nous rentrons chez lui qui nous attend au seuil de sa demeure. C’est ce que le Christ nous explique dans l’Evangile.  Le Père m’a envoyé sur terre pour vous réconcilier avec lui malgré les dégâts du péché et vous unir à lui définitivement. De mon côté, nous dit Jésus bien clairement, mon but, c’est que là où je suis, c’est à dire aux cieux, près du Père, vous soyez vous aussi avec moi. C’est pour ça que,en attendant, je vous laisse mon évangile qui sera le mode d’emploi de la vie nouvelle où je vous introduis et je vais vous envoyer l’Esprit Saint qui achèvera de vous guider. Parce que vous tout seuls, vous ne pouvez pas y arriver, vous que le péché rend parfois aveugles boiteux et sourds. Oui mais moi de toutes façons je suis la Voie, la Vérité, la Vie et passant par moi, vous arriverez au Père.

Que retenir de tout cela ?

Dans l’évangile d’aujourd’hui, le Christ nous rappelle que notre vie ici-bas ne représente que la première mi-temps et la partie de loin la plus courte de notre existence qui se prolonge au-delà de notre mort, pour une deuxième mi-temps et des prolongations éternelles auprès du Père où nous retrouverons tous ceux qui nous ont précédé ici-bas. Au moment où il va lui-même terminer son séjour parmi nous sur la terre, il nous prévient qu’il s’en va nous préparer une place afin que là où il est, nous soyons nous aussi avec lui. Malheureusement, bousculés par le tourbillon de nos activités, entraînés par  le rythme trépidant de la vie moderne, préoccupés par tout ce qu’il faut faire immédiatement, sans attendre, nous risquons de nous enfermer dans un présent étroit qui nous empêche de voir où nous allons finalement. L’évangile d’aujourd’hui nous rappelle que le terme de notre vie, c’est le retour dans la maison du Père. Que nous le voulions ou non, que nous y pensions ou non, nous avançons chaque jour vers la maison du Père. Il faudrait garder le cap, avancer dans la bonne direction, vérifier de temps en temps où nous allons : Je navigue ou je dérive ?

Dimanche 26 Octobre 2025

(Ben Sira 35,15b-17. 20-22a) (2 Tim. 4,6-8.16-18) (Luc 18,9-14)

Un pharisien, qu’est-ce que c’est ? C’est un croyant plutôt fervent qui observe minutieusement toutes les prescriptions de la Loi : ablutions rituelles avant les repas, repos du sabbat, jeûnes d’obligation, il paye la dîme et ne manque aucune des prières prescrites. Tout cela est très bien. Malheureusement la plupart du temps, les Pharisiens font leurs prières et leurs bonnes œuvres pour être vus et admirés. De plus, persuadés d’être des justes, ils méprisent les autres. En général, ils sont à couteaux tirés avec Jésus. St Paul était pharisien avant sa conversion. Les publicains eux, sont des fonctionnaires qui, au service du colonisateur romain, perçoivent les impôts. Ils sont généralement méprisés. On les considère comme des collaborateurs avec la puissance coloniale et des voleurs qui détournent l’argent de l’état pour se remplir les poches. Matthieu était collecteur d’impôts avant de devenir l’ un des douze.Dans sa prière le pharisien se glorifie d’être un juste, supérieur aux autres. Il rend grâces à Dieu de ce qu’il n’est pas comme tant d’autres, qui sont voleurs, injustes, adultères ou comme ce publicain qui est un fonctionnaire corrompu. Lui, jeûne deux fois par semaine, paie régulièrement la dîme et accomplit scrupuleusement toutes les obligations de la Loi. Tout cela est sûrement vrai. Il n’y a là probablement ni mensonge ni exagération. Pourtant le tableau qu’il dresse de lui-même est une imposture. Pour plusieurs raisons. D’abord, il ne parle que de ce qu’il fait de bien sans faire mention de ses manques ni de ses défauts. Ensuite il se compare à des pécheurs publics, en particulier à un publicain, donc à quelqu’un de connu pour être malhonnête. Il est toujours facile de se comparer à quelqu’un de pire que soi, mais cela ne fait pas de vous quelqu’un d’honnête. Mais surtout ce qui fausse son jugement, c’est qu’il ne voit pas que le bien en lui ne vient pas de lui, mais de Dieu seule source de bien dans le monde. Toutes ses qualités et ses talents sont des dons de Dieu, soit que le Seigneur les lui ait donnés directement par grâce, soit qu’il les lui ait donnés à travers ses parents, ses éducateurs, ses amis ou les croyants qu’il a mis sur sa route. St Paul disait aux Corinthiens : Qu’avez-vous que vous n’ayez reçu, et si vous l’avez reçu de quoi vous glorifiez vous, comme si vous ne l’aviez pas reçu ? (1 Cor.4,7) Aveuglé par son orgueil, le pharisien ne voit plus la réalité et s’illusionne sur lui-même et sur les autres. Le publicain lui, est humble. Quelqu’un qui est humble, c’est quelqu’un qui a les pieds par terre, (le mot humilité vient du latin humus :la terre.) Il est réaliste. Il voit la réalité telle qu’elle est sans qu’un orgueil, un optimisme ou un pessimisme déplacé ne la déforment. Et qu’est-ce que cette réalité qu’il voit lui révèle ? Elle lui révèle deux choses. D’abord que, devant Dieu, il est pécheur, indigne. Se tenant à distance, le publicain n’ose pas lever les yeux vers le ciel. Mais elle lui révèle aussi, et c’est le plus important, que le Dieu qui est en face de lui, est un Dieu plein de miséricorde, qui veut lui pardonner et le relever. C’est pourquoi il le prie avec confiance : Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis. Le résultat c’est que le publicain, au terme de sa prière se retrouve non pas écrasé, mais au contraire réconforté. Le Seigneur ne l’a pas rejeté, il l’a réadmis parmi les justes. C’est pourquoi le Christ termine la parabole en disant : je vous le déclare quand le publicain redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste plutôt que le pharisien. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé.D’un bout à l’autre de l’évangile, le Seigneur est comme à l’affut et dès que quelqu’un se reconnaît pécheur, il est tout heureux de le relever. L’exemple le plus net c’est le cas de Pierre après la pêche miraculeuse (Luc 5,1-11). Jésus ayant demandé à Pierre de jeter ses filets pour pécher, Pierre , qui connaît son métier et sait qu’on ne jette pas ses filets à l’eau dans la journée, car à ce moment là le poisson s’enfonce dans les profondeurs et on n’a aucune chance d’attraper quoi que ce soit, avait répondu à Jésus Maître nous avons péché toute la nuit, sans rien prendre, (sous-entendu : au moment où toutes les conditions sont réunies pour faire une bonne pêche), maintenant, ce n’est plus le moment. Mais sur ta parole, je vais jeter les filets. Or contre toute attente ils avaient péché une quantité énorme de poissons. Devant cette pêche non pas exceptionnelle mais véritablement inexplicable, Pierre, bouleversé, et même effrayé, ayant découvert la puissance divine de Jésus, tomba à ses pieds : Eloigne toi de moi, Seigneur , car je suis un homme pécheur. Mais Jésus, loin d’enfoncer Pierre dans son sentiment d’indignité le relève au contraire : Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu pêcheras. En d’autre termes Pierre va à confesse : je suis un pécheur. Jésus répond Oui d’accord, c’est vrai, Bon, comme pénitence tu seras pape!!! Lorsque nous parlons d’humilité, généralement nous voyons bien la démarche d’abaissement qu’elle comporte : on se reconnaît pécheur ; mais souvent nous ne voyons pas le relèvement qui s’ensuit, celui qui s’abaisse, le Seigneur, dans sa miséricorde le relève. L’humilité du pécheur qui s’humilie devant Dieu déclenche la miséricorde du Seigneur qui relève celui qui s’humilie. Celui qui s’abaisse est Relevé car la miséricorde dans la Bible, ce n’est pas simplement un mouvement de bonté et de compassion. Dans les langues hébraïques, la miséricorde c’est l’expression, la manifestation d’un élan profond d’amour envers l’autre qui a son siège dans le sein maternel, dans les entrailles. Les gestes de bonté et de compassion sont l’expression visible, en surface, de cet amour fondamental.. Le geste d’humilité du pécheur déclenche les gestes de bonté et de compassion de la miséricorde divine aussi sûrement que le fait d’appuyer sur la gachette déclenche le tir. Celui qui s’abaisse devant le Seigneur, le Seigneur, en retour, le relève. Il ne peut pas faire autrement. L’amour en lui le pousse à la bonté et à la compassion.

Que retenir de tout cela ?

Le mot humilité vient du latin humus : la terre. Quelqu’un qui est humble, c’est quelqu’un qui est réaliste, qui a les pieds sur terre. Parce qu’il est réaliste, devant Dieu, il réagit comme le publicain : d’abord il découvre : je ne vaux pas grand-chose, je suis un pécheur, mais il découvre aussi : le Seigneur, dans son amour, ne me rejette pas, il me pardonne et me redonne sa grâce et sa force. Il me fait rebondir pour faire de moi son collaborateur dans la construction du Royaume. Celui qui s’abaisse est élevé. Une attitude d’humilité devant le Seigneur déclenche les gestes de bonté et de compassion de la miséricorde divine, aussi sûrement que le fait d’appuyer sur la gâchette déclenche le tir. Dans sa miséricorde le Seigneur me fait rebondir pour faire de moi son collaborateur dans la construction du Royaume St Paul le disait aux Ephésiens : C’est lui qui nous a faits. Nous avons été créés en Jésus Christ pour les œuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions.(Ephes.2,10)

Fa asan’Andriamanitra isika, ary zava noariny tao amin’i Kristy Jesoa, mba hanao ny asa soa voaomany rahateo hataontsika.

Dimanche  19  Octobre  2025

(Ex.17,8-13)  (2 Tim.3,14–4,2)  (Luc 18,1-8)

Pendant des siècles les hommes ont prié des dieux, tout puissants, mais insaisissables et  imprévisibles. On ne savait pas quel genre de prière, quelle espèce de sacrifice les toucherait et les amènerait à s’intéresser un peu à nous. Yahvé, le Dieu des Juifs était aussi un être tout puissant, mystérieux et redoutable, mais, au contraire des autres dieux, il était foncièrement bon et miséricordieux. En outre, le Christ est venu nous révéler que, ce  Dieu là n’était pas seulement bon et miséricordieux mais qu’il était d’abord et avant tout un Dieu Amour, en qui la toute puissance obéissait à l’amour, qu’il était pour nous comme un père qui aime ses enfants et veille sans cesse sur eux. C’est pourquoi le Christ nous invite à prier dans nous décourager : Quand vous priez ne rabâchez pas comme les païens, ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer. Ne leur ressemblez pas car votre Père sait ce dont vous avez besoin avant que vous le lui demandiez (Mt.6,7,8) Demandez et vous recevrez. (Jean 16,24)

Pourtant, nous avons quand même des raisons de nous décourager. Par expérience, nous savons bien que Dieu n’exauce pas toujours nos prières, et puis il laisse le mal, les violences, les guerres, les injustices s’étaler partout dans le monde malgré nos prières. Nous en venons à douter… Si notre Dieu était vraiment un Dieu Amour, un Père qui veille sur nous, il ne permettrait pas que tout cela se passe…. et notre foi vacille.

D’où cela vient-il que le Seigneur n’écoute pas nos prières et ne nous donne pas toujours les choses bonnes que nous lui demandons. Est-ce que  cela vient de lui ? Est-ce lui qui ne voudrait pas ? Impensable. Il a dit demandez et vous recevrez. Mais attention !  Il n’a jamais dit vous recevrez ce que vous avez demandé, Toutefois, il a quand même insisté Frappez,on vous ouvrira, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve. (Luc 11,9,10). Alors si nos prières ne sont pas exaucées, cela doit venir de nous, parce que  nos prières sont inappropriées. Par exemple, il peut arriver que ce que nous demandons et qui nous paraît bon, en fait, ne l’est pas, et c’est pourquoi le Seigneur ne nous l’accorde pas.  Exactement comme une maman ne donne pas à son enfant le couteau tranchant avec lequel il veut jouer. Par conséquent avant même de prier et de demander quelque chose au Seigneur, il faudrait peut-être nous assurer que cette demande n’est pas inappropriée. C’est ce que le Christ nous explique en St Luc Après avoir fait remarquer que les Pères de la terre lorsque leur enfant leur demande un œuf ne leur donnent  pas un scorpion, il conclut : Si vous, qui êtes mauvais savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit St à ceux qui le lui demandent. (Luc 11,13) Il ne dit pas combien plus le Père céleste vous donnera-t-il ce que vous lui demandez Mais combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent. Parce que l’Esprit Saint nous guidera en vous empêchant de demander des choses mauvaises et en vous faisant demander uniquement des choses bonnes.

 Il y a quand même des cas où, alors que nous demandons des choses incontestablement bonnes, le Seigneur n’exauce pas nos prières. Un petit enfant est gravement malade, tout le monde prie pour sa guérison. Et il meurt. Comment Dieu qui est bon peut-il permettre cela ? Comment Dieu qui est bon, peut-il permettre de pareils malheurs ?.

 Il faut nous rendre compte qu’une partie de la réalité nous échappe. Nous ne savons pas comment le Seigneur reçoit ce petit enfant … quel avenir il lui réserve ? Nous n’en avons aucune idée. Dans des cas pareils nous ne pouvons que réaffirmer quand même notre confiance : « Seigneur nous ne comprenons pas que tu puisses  laisser une telle  épreuve nous frapper. Mais si tu permets qu’il en soit ainsi, c’est qu’il y a quelque part, d’une manière que nous ne voyons pas, un bien pour nous. Renforce notre confiance en Toi et aide nous à affronter cette épreuve.» Et nous restons hébétés, désorientés, devant le petit cercueil blanc. Mais je crois que le Seigneur comprend notre peine et notre désarroi. Souvenons nous que devant le tombeau de Lazare, alors qu’il savait très bien que dans les minutes qui suivaient, il allait le ramener à la vie, en voyant le chagrin des sœurs et des amis de Lazare, il a craqué, il n’a pas pu retenir ses larmes.

Et puis autre raison  de nous décourager : quand on voit tout ce qui se passe dans le monde, la violence, les injustices, les guerres, tous ces peuples victimes de dictateurs fous ou des cartels de la drogue, on se demande pourquoi Dieu n’intervient pas. C’est vrai que Dieu qui est Amour, respecte la liberté des hommes. En amour on ne force pas. Mais, nous ne comprenons pas. Nous trouvons que devant de tels maux, il devrait agir..et devant son absence de réaction notre foi vacille. Nous sommes tentés de penser : S’il y avait un Dieu, il ne permettrait pas que tous ces malheurs arrivent. Le Christ avait pressenti la possibilité de tels reniements. C’est ce qui lui fait dire : le Fils de l’homme, quand il reviendra trouvera-t-il la foi sur la terre ?

On peut comprendre que devant tout le mal qu’il y a dans le monde nous soyons troublés, en voyant que Dieu ne réagit pas pour frapper les méchants, mais il faudrait quand même nous rappeler que le créateur nous a confié la tâche de gérer sa création Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez la. (Gen.1,28)  Le Christ en venant parmi nous, nous a donné sa paix pour que à notre tour, nous l’apportions  au monde qui nous entoure.  S’il convient tout à fait d’implorer le Seigneur d’accorder la paix à notre monde, il ne faut pas lui mettre tout sur le dos !!! N’oublions pas qu’il nous a confié la tâche d’apporter sa paix dans le monde. . . D’un côté, nous savons  bien que par nous-mêmes tout seuls nous en sommes bien incapables, mais d’un autre côté nous savons tout aussi clairement que le Seigneur ne veut pas faire les choses tout seul, mais veut nous donner sa grâce pour que unis à lui, nous arrivions à faire progresser  la paix autour de nous. Donc inutile de psalmodier  Seigneur ! Seigneur ! mais retroussons nos manches pour faire sa volonté Appliquons nous donc  à lutter de toutes nos forces demandant au Seigneur de bénir nos efforts pour faire régner la paix et la justice chez nous d’abord, dans nos familles, dans nos milieux, et dans la partie du monde qui nous entoure, confiants que le Seigneur veille.

Que retenir de tout cela ?

Dans l’évangile  d’aujourd’hui, le Seigneur nous presse de toujours prier sans nous décourager. Or, c’est un fait qu’il ne nous donne pas toujours ce que nous lui demandons. Comment alors ne pas succomber au découragement ?

 Il faudrait que nous arrivions à admettre que notre jugement n’est pas toujours bon. Parfois nous demandons des choses que nous croyons bonnes pour nous alors qu’elles ne le sont pas : comme un enfant qui demande qu’on lui donne un couteau pour s’amuser. Parfois aussi nous ne pouvons pas comprendre la situation dans sa totalité. Un petit enfant meurt. Nous restons hébétés et désorientés face au petit cercueil blanc sous nos yeux mais nous ne voyons pas comment Dieu reçoit ce petit et nous ne pouvons pas savoir l’avenir qu’il lui réserve. Parfois encore nous n’arrivons pas à admettre que Dieu étant Amour, il ne peut pas, sans se renier agir en force. Incapables de comprendre, nous pouvons être tentés de croire que Dieu nous abandonne. Pourtant une certaine assurance demeure au fond de nous qui nous fait dire avec St Paul : Oui, j’en ai l’assurance, ni la mort, ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent, ni l’avenir, ni les forces des hauteurs, ni celles des profondeurs, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ. (Rom.8,38,39)Celui qui est mort sur la croix par amour pour nous ne peut pas nous lâcher.

Dimanche  12  Octobre  2025

(2 Rois 5,14-17)  (2Tim.2,8_13(Luc 17,11-19)

En route vers Jérusalem , Jésus arrive à l’entrée d’un village, lorsqu’un groupe de dix lépreux vient à sa rencontre A cette époque la lèpre n’était pas seulement regardée comme une terrible maladie, mais comme un châtiment divin et celui qui en était atteint était considéré comme en état de péché. La Loi interdisait aux lépreux de pénétrer dans les agglomérations et même d’approcher les personnes croisées en chemin. C’est pourquoi ils restent à distance lorsqu’ils supplient le Seigneur : Jésus, Maître, prends pitié de nous. A cette vue, Jésus leur dit : Allez vous montrer aux prêtres. Selon la Loi, quand un lépreux était guéri, il devait aller se montrer aux prêtres qui, jouant le rôle d’officiers de santé, le déclarait officiellement guéri  et l’autorisait à vivre de nouveau, comme tout le monde, en société. Ici, simplement sur l’ordre de Jésus, alors qu’ils ne sont pas encore guéris, ils partent se montrer aux prêtres, ce qui montre à quel point ils ont confiance que Jésus va les exaucer. Ils montrent là une foi peu ordinaire. Et voilà qu’en route, ils sont guéris.

  L’un d’entre eux, seul parmi les dix, revient alors vers Jésus. Glorifiant Dieu pleine voix, il      se jette  aux pieds de Jésus en lui rendant grâces. Or c’était un Samaritain. Les Samaritains ce sont des Juifs, mais pas de race pure. Depuis 700 ans ils s’étaient séparés des autres Juifs. Ils ne reconnaissaient pas certains livres de la Bible et n’allaient pas prier au temple de Jérusalem. Ils s’étaient construit leur propre temple à Samarie. On ne leur adressait pas la parole, on les méprisait, les regardant comme des bâtards et des hérétiques. Pourtant Jésus est tout heureux de souligner le geste de ce Samaritain : Il ne s’est trouvé que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre grâces à Dieu ? Où ont les neuf autres ? Il ne rate aucune occasionde remettre en place les Juifs orthodoxes qui se croient être, eux et eux seuls, le peuple de Dieu sous prétexte qu’autrefois Yahvé a fait alliance avec leur ancêtre Abraham Ils croient que le salut leur est réservé tandis que les autres peuples, païens de race inférieure en sont exclus. Et surtout ils sont tellement persuadés que leur pratique religieuse leur a fait atteindre la perfection qu’ils refusent d’entendre tout nouvel enseignement. Pour eux Jésus est un impie qui prêche une nouvelle religion ! Toutes les fois qu’il le peut, le Christ souligne la foi des étrangers païens, que ce soit un centurion romain,  une Syrophénicienne ou une Cananéenne face à l’orgueil des Juifs orthodoxes fermés à la Bonne Nouvelle. Petit à petit, il fait ainsi pénétrer dans l’esprit de ceux qui l’écoutent, l’idée que la volonté de Dieu c’est que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, (1Tim.2,4) et pas seulement les Juifs, afin qu’il n’y ait plus qu’un seul pasteur et un seul troupeau. (Jean 10,16)

                                                 Devant tout le monde, il conclut en disant au Samaritain prosterné,  non pas : Relève toi et va, tu es guéri de ta lèpre, mais : relève toi et va, ta foi t’a sauvé. En effet, qu’est-ce qui vient de se passer. Non pas un, mais deux miracles : non seulement le Samaritain a guéri de sa lèpre, mais il a trouvé Dieu. Il a reconnu en Jésus le Messie envoyé du Père. Nous autres en Europe actuellement, nous sommes délivrés de la lèpre qui a complètement disparu, mais avons-nous trouvé Dieu ? Mais avons-nous trouvé le salut ?

De quel salut avons-nous besoin ? Malgré la richesse et le bien-être de la  société qui nous entoure, personne n’est satisfait de la vie qu’il mène. Qu’est-ce qui nous empêche de mener la vie que nous aimerions avoir ? Le mal sous toutes ses formes, les maladies, celles du corps mais surtout celles de l’âme. Les maladies du corps, en gros, la médecine nous permet de nous en affranchir, Mais les maladies de l’âme, l’ orgueil, l’égoïsme, la passion pour l’argent, pour le pouvoir, l’envie, l’ injustice, on ne s’en sort pas Chacun de nous peut dire comme St Paul  je ne fais pas le bien que j’aime et je fais le mal que je n’aime pas. (Rom.7,19) Nous avons besoin de l’aide de Dieu pour sinon pour nous  libérer totalement des maladies de l’âme, du moins pour   en limiter l’impact dans nos vies. Car Lui seul peut changer nos cœurs. Et surtout lui seul peut nous libérer de la mort. Solennellement il nous a dit je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi, fût-il mort, vivra. (Jean 11,25) Et non content de le dire, il l’a prouvé dans les faits : le matin de Pâques, il ressuscite lui qui est vrai Dieu mais aussi vrai homme. Le matin de Pâques pour la première fois, un homme, comme nous, Jésus Christ, triomphe de la mort et entre dans la vie nouvelle, ressuscitée, éternelle à laquelle nous sommes tous promis, ainsi qu’il l’a bien spécifié: Je veux que là où je suis, ils (mes disciples) soient eux aussi avec moi. (Jean 17,24) En un mot, le salut que le Seigneur vient nous apporter c’est de nous délivrer du mal et surtout de nous faire accéder à la vie éternelle par delà la mort.

Après avoir essayé de voir : le salut, c’est quoi ? reprenons les choses d’une manière moins abstraite. Quelqu’un qui est sauvé,  c’est quoi ? c’est comment ? c’est quelqu’un qui croit que Dieu est un Père qui l’aime,  qui veut son bonheur, qu’il lui a donné la vie, qu’il l’a placé quelque part sur la terre pour faire quelque chose de précis et qu’après sa mort il sera réuni à Dieu avec tous les autres sauvés, dans une vie autre, nouvelle qui n’aura pas de fin. Etre sauvé, c’est avoir trouvé Dieu qui donne sens à sa vie. Tant qu’on n’a pas découvert ça, on rate sa vie, on demeure dans un univers étriqué, coincé dans le traintrain quotidien et les nécessités immédiates. On fait les choses les unes après les autres, au coup par coup, honnêtement peut-être, sans faire de tort à personne, quelquefois ce sont des réalisations impressionnantes, mais on ne sait pas où on est et où on va. Cela fait penser à des fourmis dans une fourmilière. On reste confiné dans son terrier. J’aime ce verset du ps 118 qui dit Fais moi comprendre et je vivrai. Si j’ai la chance d’entendre et de comprendre un peu la parole de Dieu, qui est parole de vie, parole à vivre, alors je découvre tout le sens de ce que je vis parce que je suis en communion avec celui qui est la Voie, la Vérité, la Vie. (Jean 14,6) Nous autres chrétiens, même si nous sommes des sauvés parce que, par grâce, nous avons compris un peu quelque chose du sens de notre vie, ne nous faisons pas d’illusion, il nous reste encore beaucoup à comprendre.  Chaque jour, cherchons à comprendre un peu plus afin de vivre chaque jour un peu mieux et de pouvoir aider ceux qui autour de nous n’ont pas encore trouvé la Voie, le Vérité, la Vie. ne croyons surtout pas que nous soyons supérieurs aux autres, pas du tout, mais il parait qu’au royaume des aveugles, les borgnes sont rois !!!

Que retenir de tout cela ?

Ces dix lépreux qui se mettent en route pour aller faire authentifier leur guérison par les prêtres, alors qu’ils ne sont pas encore guéris témoignent d’une foi peu ordinaire. En se montrant aussi attentionné pour un Samaritain que pour un Juif, Jésus nous montre qu’il ne tient pas compte de critères de race ou de respectabilité et qu’il ne met personne de côté. Sommes-nous capables d’en faire autant ? Neuf des dix lépreux guéris ont pourtant raté le meilleur, ils ont raté l’occasion de trouver Dieu alors que leur guérison leur donnait l’occasion de prendre Dieu en flagrant délit, en train d’agir dans leur vie. Et nous, chaque fois que quelque chose de bien se produit autour de nous, sommes-nous capables de prendre Dieu en flagrant délit, en train d’agir  dans notre monde ?

Dimanche  5  Octobre  2025

(Habacuc 1,2-3 ;2,2-4)  (2Tim.1,6-8.13-14)  (Luc 17, 5-10)

Jésus vient de dire aux apôtres : « Si, sept fois le jour, ton frère t’offense et que sept fois il revienne vers toi en te disant : ‘je me repens, tu lui pardonneras’. Les apôtres  s’inquiètent. Comment arriver à respecter de telles exigences ? Ils ont tout quitté pour le suivre. Donc ils ont déjà une certaine foi en lui. Mais ils le sentent bien : il faudrait qu’ils en aient davantage. C’est pourquoi, ils lui demandent : Augmente en nous la foi. Qu’est-ce que c’est avoir foi en quelqu’un ? C’est avoir confiance en lui. Comme les apôtres nous avons déjà une certaine foi dans le Christ. Mais nous voyons bien que nous devrions en avoir davantage. C’est pourquoi, nous aussi, comme les apôtres, nous sentons le besoin de lui demander : Augmente en nous la foi.

Pour avoir foi, pour avoir confiance en quelqu’un, il faut le connaître. Or connaître Dieu, pour nous, c’est impossible. Il est hors de notre portée. Notre intelligence est trop courte pour le saisir.  St Grégoire de Naziance le disait déjà : O Toi ! L’au-delà de tout ! Quel esprit pourrait te saisir ?  T avoir confiance en lui et à u es au-delà de toute intelligence, Tu es inconnaissable. Pourtant il serait faux de dire que nous ne connaissons rien de Dieu, ou que nous n’avons pas du tout  foi en lui. Alors, comment se fait-il que nous arrivions à voir une certaine connaissance de Dieu, une certaine foi en lui ?C’est qu’il a voulu se faire connaître de nous. Je vous donnerai un cœur capable de me connaître dit-il en Jérémie, (24,7). Ce n’est pas nous, qui, par l’habileté de notre intelligence arrivons à comprendre qui il est, c’est lui qui pénètre en nous pour nous rendre capables de le connaître surtout à travers l’évangile,  mais aussi à travers l’Ecriture en général et la tradition  de  générations et de générations de croyants.

 La connaissance de Dieu est une connaissance différente de nos autres connaissances. Savoir que Tokyo est la capitale du Japon ne touche pas mon cœur et ne modifie pas mon être ni  ma façon de vivre. Tandis que dès que je commence à connaître Dieu, je découvre qu’il est Amour, il est entré en moi, le cœur en moi est remué, je commence à avoir confiance en lui, donc à avoir foi en lui et à l’aimer en retour. Cela me conduit à changer mes manières de faire et je commence à faire sa volonté. La connaissance de Dieu qui touche l’intelligence, touche aussi le coeur et la volonté, c’est-à-dire tout l’être de la personne qu’elle modifie C’est pourquoi on peut dire que la connaissance de Dieu devient pour celui qui y accède co-naissance avec Dieu. Si je commence à connaître Dieu, c’est qu’il a pénétré en moi, je commence donc une nouvelle vie en communion avec lui, dans la foi.

Ce qui est nouveau dans cette vie, c’est que je suis en communion avec lui, et cela en continu. Dieu n’est pas pour moi un bienfaiteur extérieur à moi et  à qui je peux faire appel en cas d’ennui, quand j’ai besoin d’aide, ou quelqu’un avec qui je rentre en contact seulement dans des moments d’intimité, dans les moments de prière, et puis le reste du temps, je mène ma vie tout seul.  Dieu n’est absolument pas  une sorte roue de secours qui ne sert à rien les trois quarts du temps., elle ne sert qu’en cas de crevaison  Ce serait plutôt quelque chose comme le moteur qui tourne toujours pour faire avancer la voiture. Il est d’autant plus nécessaire de bien comprendre cela que nous avons tendance à réduire la vie de foi, la vie chrétienne  à l’activité religieuse : faire ses prières et  aller à la messe le dimanche.    Le reste du temps, on exerce sa profession, agriculteur, informaticien, comme si cela n’avait  rien à voir avec la vie chrétienne : après tout,  il n’y a pas de betteraves chrétiennes ni d’informatique chrétienne !!! Mais du même coup, la plus grande partie,  pour ne pas dire la quasi-totalité de notre vie, n’est plus animée par notre foi. Le Seigneur, n’est pas du tout d’accord avec ça. Reprenant ce qu’on peut lire dans les prophètes : Je hais, je méprise vos fêtes…Eloigne de moi le bruit des cantiques…mais que le droit coule comme l’eau et la justice comme un torrent qui ne tarit pas. ( Amos -,21-24) C’est l’amour que je veux, non les sacrifices (Osée 6,6 ),Il nous met en garde sans ménagements contre le fait de réduire la vie chrétienne à la prière. Il ne suffit pas de me dire Seigneur, Seigneur pour entrer dans le Royaume des cieux ; il faut faire la volonté du Père. (Mt.7,21)

Alors, que faut-il faire pour que ce qui est en dehors des prières, soit animé par notre foi ? Que faut-il faire pour que notre vie de famille, notre vie professionnelle, nos engagements dans les associations, le sport, la politique soit animés par notre foi ? Que faut-il faire pour que toutes nos œuvres, tous nos travaux  soient une expression de notre foi ? D’abord demander au Seigneur dans la prière de nous faire avancer dans la foi car lui seul peut nous rendre capables d’être en communion avec lui. Ensuite, nous, de notre côté, demeurer dans cet état de communion avec lui, c’est à dire rester conscient de sa présence et de son action en nous et ne pas le traiter comme s’il était dans son ciel loin de nous. Par exemple j’ai des soucis avec l’éducation de mes enfants. Je ne vais pas dire à Dieu dans ma prière « Cher Dieu, excusez moi de vous déranger, je ne m’en sors pas avec l’éducation de mes enfants. Auriez vous la bonté de descendre de votre ciel quelques instants et de venir 48 rue Gambetta à Compiègne me donner un coup de main. Avec mes remerciements anticipés, recevez, cher Dieu mes respectueuses salutations. » Mais je vais dire dans ma prière : « Mon  Dieu, vous m’avez placé ici 48 rue Gambetta à Compiègne. Vous m’avez donné ces trois enfants, vous m’appelez à les éduquer. Je sais que je ne suis pas tout seul, que vous êtes avec moi et en moi. Mais je ne vois pas clair. Aidez moi. »

Par exemple : Je pars au travail.  Je ne vais pas dire à Dieu :  « mon Dieu, excusez moi, je n’ai pas le temps de m’occuper de vous. Je pars construire une maison.Il faut que je gagne ce qu’il faut pour ma famille. Après, quand j’aurai fini, je vous ferai une petite prière ». Non, mais tout en construisant la maison, je remercie Dieu parce qu’il est là, avec moi, en moi. Il m‘a donné l’intelligence, la compétence, les outils et les matériaux nécessaires,  je  le remercie  de construire cette maison qui fera le bonheur de ceux qui l’habiteront sachant que ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait, (Mt.25,40) et je le remercie encore parce qu’il me permet de développer la création avec cette maison  nouvelle qui se dresse là où il n’y avait rien auparavant. Et ainsi ma vie familiale et   professionnelle ne sont  pas séparées de ma vie chrétienne. Elles  sont vécues en communion avec Dieu dans la foi. Elles sont, autrement que la prière, mais tout autant que la prière une expression de ma foi.

Que retenir de tout cela ?

Avoir foi en Dieu, c’est avoir confiance en lui. Nous arrivons à avoir une certaine foi parce que le se fait connaître de nous et nous rend capables d’avoir confiance en lui. Par nous-mêmes, tout seuls, nous ne pourrions pas y accéder. Malgré nos efforts, nous voyons bien que notre foi est insuffisante, mais parce que notre foi n’est pas assez nourrie par nos œuvres. Que faire pour que nos œuvres, notre travail soient une expression de note foi, de la foi en actes ?

Il faudrait que nous cessions de croire en un Dieu qui est au ciel et avec qui on n’entre en contact que dans les moments de prière  Il s’agit de croire au contraire en un Dieu qui est avec nous et en nous chaque jour vingt-quatre heures sur vingt-quatre Alors, s’il est avec nous, de notre côté,  tâchons d’être avec lui et à chaque pas, chaque fois que nous entreprenons un travail, chaque fois que nous prenons une décision, que ce soit un réflexe  de nous tourner vers lui pour prendre conseil Seigneur que veux-tu que je fasse, comment veux tu que je fasse ? Et du coup, je suis en communion avec le Seigneur dans la foi. Exactement comme quand je monte dans ma voiture, je mets la clef de contact, le moteur démarre !

Dimanche  21  Septembre   2025

(Amos 8,4-7)  (1Tim. 2,1-8)  (Luc 16, 1-13) ; Englos  Ennetières

Le gérant malhonnête de cette parabole, apprenant qu’il est renvoyé, ne reste pas sans réagir.  Il convoque aussitôt les acheteurs qui doivent de l’argent à son maître et leur accorde d’importantes remises en truquant les factures. C’est du vol. Mais il espère que ces acheteurs, reconnaissants, l’aideront à se trouver une nouvelle situation, maintenant qu’il se trouve à la rue.  Le Christ, sans faire le moins du monde l’éloge de sa malhonnêteté, le propose en exemple pour sa débrouillardise.

Par ailleurs, le Christ regrette d’avoir à le constater, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. Qu’est-ce que le Christ reproche aux fils de la lumière ? Il leur reproche, me semble-t-il, un certain immobilisme. Les prêtres, les lévites, les docteurs de la Loi et les Pharisiens, mettent en avant un souci légitime de prudence pour refuser toute évolution,   ou  tout changement qui selon eux ne pourraient qu’introduire des hérésies. En réalité, comme  leur   manière de pratiquer la religion leur vaut prestige et autorité dans la société, ils n’ont pas envie que ça change et s’accrochent à leurs habitudes. Pour eux il faut figer et fixer la religion. C’est cela qu’ils veulent par-dessus tout. Au contraire, Jésus veut faire avancer les choses. A six reprises dans le Sermon sur la Montagne que l’on peut regarder comme son discours inaugural, sans jamais aller contre la Loi, mais en la renforçant au contraire, il répète :Vous avez appris qu’il a été dit… et moi je vous dis. Par exemple, à propos de l’adultère, Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Et moi je vous dis quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà, dans son coeur, commis l’adultère. Et quand on veut le retenir quelque part, il refuse : Il faut que j’aille annoncer l’Evangile  aux autres villes d’Israël (Luc 4,43) dit-il par exemple aux habitants de Capharnaüm. Jésus veut toujours faire avancer les croyants dans leur connaissance et leur amour de Dieu. En face de lui les prêtres les docteurs de la Loi, toute l’Eglise établie, s’efforcent de freiner  tout changement et d’empêcher toute innovation par crainte des déviations et des hérésies Mais  derrière cette préoccupation respectable se cache le cléricalisme de tous ceux qui veulent préserver leur autorité et  leur prestige. C’était vrai du temps de Jésus et c’est encore vrai aujourd’hui.

 Aujourd’hui encore le Christ pourrait nous reprocher sinon l’immobilisme qui régnait dans l’Eglise de son temps, du moins une certaine lenteur excessive à réaliser les ajustements nécessaires. Dans notre société où tout change et de plus en plus rapidement, l’Eglise elle aussi change mais beaucoup trop lentement, handicapée par l’inertie entraînée par la lourdeur des coutumes établies. Certes des avancées spectaculaires ont été faites. Aujourd’hui, notre participation à la messe du dimanche n’a plus rien à voir avec ce qui se passait il y a 60 ou70 ans ! Les laïcs prennent une place toujours plus grande dans la préparation aux sacrements, baptêmes, premières communions, mariages, ou dans la célébration des funérailles. Les diacres et les comités paroissiaux dynamisent avec bonheur la réforme liturgique et l’élan donné par le concile Vatican II. Mais il reste des progrès à faire. Notre Eglise en France reste en retard par rapport à l’Eglise des pays de mission

Pour moi qui ai été 36 ans à Madagascar, ce retard me peine et me choque beaucoup. Par exemple, dans notre paroisse de Ste Thérèse en Weppes qui compte je crois 10 clochers, chaque dimanche une église est ouverte où on célèbre la messe et les 9 autres sont fermées. Dans le district dont j’avais la charge à Madagascar et qui comptait 32 clochers, comme dans tous les districts  de brousse de tous les diocèses, en mission, toutes les églises étaient   ouvertes tous les dimanches. Dans chaque église où le prêtre n’était pas présent,  un  catéchiste, le plus souvent un homme, mais quelquefois une femme présidait la prière dominicale de l’assemblée et faisait  l’homélie. Parfois il avait étudié un an dans une école de catéchistes, mais dans la plupart des cas,  c’est le curé du district qui assurait la formation théologique et spirituelle des catéchistes  Or leur niveau comme le niveau des membres des comités paroissiaux là-bas  était  certainement  inférieur au niveau des membres des EAP d’ici. Pourquoi ici, reste-t-on en-deça de ce qui se fait couramment en pays de mission et qui a fait ses preuves depuis des générations ? Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi, n’importe comment, c’est vrai. Et il revient aux prêtres et spécialement à la hiérarchie de veiller à ce que la doctrine de l’Eglise soit partout respectée. Les déviations que l’on constate dans les sectes nous invitent à la prudence. Mais  la prudence est parfois aussi source de maladresses et de catastrophes. Au XVII° siècle, lors de la querelle des rites,  par prudence, le Vatican a condamné le culte des ancêtres en Chine comme une superstition. Nous savons aujourd’hui que c’était une erreur. Cela a définitivement stoppé l’évangélisation de la Chine. Sans cette condamnation, la Chine serait chrétienne aujourd’hui. Et nous avons encore tous en mémoire l’arrêt malencontreux,  décidé par la hiérarchie, de l’expérience des prêtres ouvriers et des ADAP.  Le Christ a-t-il toujours été prudent ? Il ne faut pas que, par peur de tomber, on renonce à aller de l’avant. On a parfois l’impression que l’Eglise avance  à reculons, le dos tourné à l’avenir, les yeux fixés sur ce qui se faisait il y a  50 ou 60 ans,  que l’on considère comme la seule Tradition respectable et qu’il faut  observer sous peine de péché mortel !!!

Au cours des premiers siècles, avant qu’il y ait des prêtres, l’Eucharistie était célébrée  et présidée par un laïc, un ancien, le presbuteros. Des femmes occupaient des rôles importants  à la tête des communautés chrétiennes. (Voyez  la fin de l’épitre aux Romains) Cela aussi c’est la Tradition de l’Eglise. Pourquoi l’ignorer systématiquement ? Pendant des siècles, les assemblées chrétiennes étaient surtout composées de personnes ne sachant ni lire ni écrire, les clercs  étant les seuls instruits ont pris toute la place. On ne pouvait pas faire autrement. Mais aujourd’hui non  seulement tout le monde sait lire et écrire mais on peut trouver ici ou là des laïcs plus diplômés en théologie et en ecclésiologie que leur curé !  Il est temps de rendre aux laïcs la place qui leur revient. La liturgie du baptême le dit explicitement Tout baptisé est membre du Christ prêtre, prophète et roi. Tout baptisé participe au sacerdoce du Christ qui nous envoie tous à travers le monde. Allez, enseignez toutes les nations. (Mt.28,19) pour répandre l’évangile, avec, si possible, autant de dynamisme et d’esprit d’entreprise que les fils de ce monde, les industriels pour répandre leurs produits sur tous les marchés du monde.

Que retenir de tout cela ?

Dans cette page d’évangile, le Seigneur nous invite à être aussi dynamiques et entreprenants que les fils de ce monde dans la gestion de leurs affaires, sans pour autant faire de l’argent notre Dieu.  Il nous invite à ne pas rester figés dans nos pratiques et nos habitudes, même bonnes, mais à toujours chercher à mieux  le connaître et l’aimer  afin de pouvoir entraîner à sa suite tous les braves gens qui nous entourent et qui ne le connaissent pas. Un chrétien doit toujours être sur une voie de progrès. Pour un chrétien , partout et toujours, la consigne,  c’est « Stationnement interdit » !!!

Dimanche 14 septembre 2025

Dimanche  14  Septembre  2025

(Nombres 21,4b-9)  (Phil.2,6-11)  (Jean 3,13-17)

Nicodème, intrigué par l’enseignement de Jésus et par les miracles éclatants qu’il accomplissait, voulait en savoir plus sur le Maître. Il a donc décidé de le rencontrer. De nuit, pour ne pas se faire voir de ses confrères pharisiens en majorité hostiles au Seigneur, il est donc venu le voir. L’évangile d’aujourd’hui nous rapporte la fin de leur entretien dans le Royaume où  Jésus esquisse une synthèse du dessein du salut.

D’abord, il va préciser que lui seul peut apporter le salut. Impossible aux hommes de l’acquérir par eux-mêmes .En effet, comme le salut vient du ciel, les hommes ne peuvent pas se le donner à eux-mêmes. Seul Jésus, parce qu’il est descendu du ciel, peut opérer le salut. Comment cela va-t-il se dérouler? De même qu’ autrefois il a fallu que le serpent de bronze soit élevé par Moïse pour que tous ceux qui lèvent leurs yeux vers lui soient sauvés, de même aujourd’hui, il va falloir que le Christ soit élevé, sous-entendu sur la croix, pour que tous ceux qui lèveront  les yeux sur lui soient  sauvés, car quiconque croit  en lui a la vie éternelle. Pourquoi le Christ élevé sur la croix sauve-t-il les hommes ?  C’est que, contrairement aux apparences, le Christ n’est pas mort sur la croix parce que ses ennemis se sont emparés de lui par force et l’ont tué. C’est lui qui s’est livré à ce supplice par amour pour nous. Lorsqu’on est en train de le tuer, ce qui est le pire qu’on puisse faire, il prie encore pour ses bourreaux : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. Autrement dit : vous pouvez me tuer si vous voulez, moi je vous aime encore. Son amour qui est plus fort que   le maximum de mal qu’on puisse lui faire, l’emporte sur tout. La toute puissance de son amour triomphe de toute la puissance du mal, du péché et de la mort, opérant ainsi  le salut et manifestant en même temps l’infini de sa gloire. Et c’est pourquoi il convient de fêter  la croix glorieuse du Christ.

Nous avons du mal à parler de la croix comme de quelque chose de glorieux. Vue de notre côté, la croix est quelque chose d’infiniment triste et honteux. Infiniment triste  parce que c’est insoutenable  de penser que le Christ, lui le juste qui est passé en faisant le bien, (Actes10,38) ait pu être rejeté, humilié, supplicié et finalement cloué sur une croix pour y mourir comme un esclave. Et infiniment honteux parce que, pour une part, nous sommes responsables de ces supplices et de cette mort atroce,  puisque tout cela est arrivé à cause de nos péchés. Pourtant, le Jeudi Saint au soir, parlant de sa passion et de sa mort imminente, le Christ lui-même  déclare  : Elle est venue l’heure où le Fils de l’homme doit être glorifié. (Jean 12,23). Comment peut-il parler de la croix comme de quelque chose de glorieux ?

 C’est que, vue du côté du Christ, la croix manifeste le triomphe de l’Amour sur le mal, le péché et la mort. Lorsqu’au moment où ils sont en train de le tuer, au moment où les hommes sont en train de faire le pire mal qu’ils puissent commettre, le Christ prie pour  eux: Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Luc 23,34) manifestant ainsi que même à ce moment-là, son amour demeure plus fort que leur haine. Ils ont tué le Christ, mais ils n’ont pas tué son amour.  Vue de notre côté, la croix c’est quelque chose d’infiniment triste et honteux, parce que ce sont nos péchés qui en sont la cause,  mais vue du côté du Christ c’est quelque chose d’infiniment glorieux parce que c’est la victoire de son amour infini sur le mal, le péché et la mort. 

Jésus explique ensuite à Nicodème que si le Fils de l’homme élevé sur la croix va apporter aux hommes un tel salut, c’est parce que Dieu est un Père qui les aime tellement qu’il  a voulu envoyer  son Fils unique   parmi eux, pour que quiconque croit en lui ne se perde pas mais obtienne la vie éternelle. Un des buts principaux de la venue du Messie parmi les hommes est de leur révéler que Dieu est d’abord un Père qui les aime et non pas d’abord un Etre tout puissant. Dans l’Ancien Testament Dieu apparaît surtout comme le Créateur Tout Puissant, un Maître et un Juge qu’il faut craindre avant tout, qui peut être, mais comme secondairement, un père bon, aimant  et miséricordieux. D’où le ton très sévère des prophètes lorsqu’ils rappellent à  l’ordre le  peuple de Dieu. Rappelons nous les prédications véhémentes de Jean Baptiste : Engeance de vipères, repentez vous… Déjà la cognée est à la racine des arbres, tout arbre qui ne donne pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu. (Mt.3,7,10) Le Christ au contraire enseigne que Dieu est d’abord un Père aimant qui est aussi mais comme secondairement le créateur tout puissant. En Dieu, la toute puissance obéit à l’amour. Ce n’est donc pas étonnant si le Christ, lorsqu’il  aborde les gens, les salue toujours en les rassurant : Ne craignez pas ! ou en  leur souhaitant  la paix : La paix soit avec vous !

 Et ici, alors qu’ilvient d’expliquer à Nicodème qu’il est le seul à pouvoir lui procurer le salut parce que le Père l’a envoyé porter ce salut aux hommes, il  poursuit son explication en précisant que si le Père l’a envoyé apporter ce salut aux hommes, c’est parce que sa volonté profonde, son projet fondamental, ce n’est pas de juger ni de condamner les hommes mais de les sauver tous. Là encore, le Christ veut nous enseigner que Dieu est essentiellement et avant tout un Père aimant. C’est une révolution. Depuis des siècles, dans la quasi-totalité des religions, Dieu était  un être tout puissant, mystérieux, imprévisible, on ne savait comment faire pour attirer son attention, quelles prières lui adresser, quels sacrifices lui offrir pour arriver à  obtenir ses bienfaits. Chez les Juifs, grâce à l’enseignement des prophètes on savait déjà que Dieu  tout puissant était aussi mais comme secondairement, quelquefois, dans ses bons moments  bon et miséricordieux. Jésus vient bousculer ces timides affirmations en  enseignant que Dieu est d’abord et essentiellement Amour. C’est un Père aimant.  Chez lui, l’Amour est premier.

Que retenir de tout cela ?

Dans cette page d’évangile qui présente une synthèse du dessein du salut et manifeste l’ampleur universelle du projet de Dieu, Jésus explique à Nicodème le déroulement du salut.

D’abord, comme ce salut vient du ciel, les hommes ne peuvent pas se le procurer par eux-mêmes, Jésus seul peut le leur apporter puisque lui seul est descendu du ciel.

 Ensuite, il faut bien voir que si le Christ  est descendu du ciel, c’est parce que le Père l’a envoyé.

Et  enfin, on n’a encore rien compris si on ne voit pas que si le Père l’a envoyé, c’est parce que, à la base de tout, il y a sa volonté profonde, son  projet fondamental qui n’est pas de juger ni de condamner, mais de sauver tous les hommes.

  Comment ce salut va-t-il s’opérer ? Par la croix, qui n’est pas seulement quelque chose d’infiniment triste et honteux parce que nos péchés en sont la cause, ça c’est l’envers du mystère de la croix, vue de notre côté. Vue à l’endroit, du côté du Christ, la croix, c’est le triomphe de la toute puissance de son amour infini sur toute la puissance du péché, du mal et de la mort. C’est pourquoi aujourd’hui, nous pouvons célébrer sans retenue dans la joie et l’allégresse la croix  glorieuse du Christ

Dimanche  7  Septembre  2025

(Sag.9,13-18)  (Ep. à Philémon,9b-10.12-17)  (Luc 14,25-33)

Dans cet évangile, le Seigneur expose les exigences requises pour se mettre à sa suite. Il faut le préférer à tout, le faire passer en premier, toujours. Jeanne d’Arc disait : Messire Dieu, premier servi ! Celui qui veut se mettre à la suite du Christ doit le faire passer avant tout, avant tous ceux qu’il aime, même les plus chers,  comme ses parents, son mari, sa femme, ses enfants. Il faudra aussi qu’il se renonce, qu’il renonce à ses projets à lui, à ses désirs à lui, pour faire passer d’abord la volonté du Seigneur.  Ce ne sera pas facile. Certes, on comprend de telles exigences : quand on aime quelqu’un, on le fait passer avant soi. On ne rejette pas les autres pour autant, mais on les aime moins. Aimer Dieu par-dessus tout n’empêche pas qu’on aime aussi sa femme, son mari ses enfants etc. Simplement tout autre amour doit être subordonné et en harmonie avec l’amour de Dieu. Tout cela est clair dans notre tête. Mais cela reste difficile à vivre au quotidien. D’autant plus qu’on ne voit pas toujours très clairement qui est le Seigneur, ni ce qu’il veut.

 Sans oser le dire tout haut, nous ne croyons pas vraiment que Dieu est un père qui a des projets précis pour chacun de ses enfants, nous le voyons plutôt comme une sorte de super PDG, très bienveillant certes, mais qui ne peut pas connaître personnellement chacun des employés de son énorme multinationale, s’intéresser et avoir des projets précis pour chacun d’eux. Mais si nous ne voyons pas clairement qui est Dieu, comment pourrions-nous le mettre avant quiconque ?  Et si nous ne voyons pas clairement ce qu’il attend de nous concrètement dans notre vie quotidienne, comment pourrions-nous faire passer ses projets avant les nôtres ?

Connaître Dieu et sa volonté, nous ne pourrons jamais y arriver. Notre intelligence est trop courte. Dieu, l’au-delà de tout, est hors de notre atteinte. Mais c’est lui qui va s’approcher de nous, se faire connaître et faire connaître sa volonté en même temps. Cette Loi que je te prescris aujourd’hui, elle n’est pas au-delà de tes moyens ni hors de ton atteinte dit le livre du Deutéronome, qu’il te faille dire : qui montera pour nous aux cieux, que nous l’entendions pour la mettre en pratique… la Parole est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu la mettes en pratique. (Deut.30,11-12,14) Non seulement il s’approche de nous pour se faire connaître, mais il entre dans notre coeur: Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur.  (Jer.31,34) Du fait qu’il entre dans notre cœur, la connaissance de Dieu devient plus qu’une connaissance pour l’esprit parmi d’autres, mais une véritable   co-naissance avec lui, une expérience de lui.

Mais pour cela, pour que Dieu entre en nous, il faut faire place nette, il faut faire le vide. C’est-à-dire non seulement repousser au second plan ce qui fait obstacle pour faire passer au premier plan la volonté de Dieu,  mais il faut encore que nous écartions complètement nos projets personnels, que  nous renoncions à nos projets, pour adopter les siens, il faut  que nous soyons persuadés que ce qu’il veut pour nous est meilleur que ce que nous voulons pour nous. C’est seulement à ce moment là que nous pourrons dire en toute sincérité, lorsque nous récitons le Notre Père : Que ta volonté soit faite,  Mais, j’en ai peur,  est-ce que, lorsque nous prions, les trois quarts du temps,  nous ne demandons pas  à Dieu  son aide pour que nos désirs à nous se réalisent, pour que notre volonté à nous soit faite ?  Certes nous prions avec confiance, persuadés que le Seigneur veille sur nous  et qu’il est toujours prêt  à nous secourir en cas de nécessité. Nous croyons, nous avons confiance que le Père sait de quoi nous avons besoin, avant même que nous le lui demandions (Mt.6,8)mais en attendant nous n’avons en vue que nos projets à nous, nos désirs à nous et pas tellement ceux du Seigneur ; il  faudrait que nous en arrivions à penser et à dire comme Ste Thérèse de Lisieux : C’est ce qu’l veut que j’aime le mieux !

Et le Christ  poursuit dans l’évangile : celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à sa suite ne peut être mon disciple. Qu’est-ce que cela veut dire exactement ? Le Christ ne va tout de même pas demander à ses disciples de vivre un calvaire permanent, de s’engager dans une vie de souffrances ininterrompues. Mais est-ce que porter sa croix veut dire souffrir ? Le Christ en croix souffre, les deux voleurs crucifiés en même temps  que lui souffrent aussi, mais ce n’est pas la même souffrance.  Les voleurs souffrent d’une souffrance qui leur est imposée de force, contre leur gré. Le Christ lui souffre d’une souffrance qu’il a acceptée et même voulue par amour pour nous. Les deux voleurs subissent le supplice de la croix, le Christ s’offre librement au supplice de la croix et à la mort, par amour pour nous. Ma vie, nul ne me l’enlève, je la donne de moi-même. (Jean 10,10) dit-il en St Jean. La croix pour les deux voleurs c’est un supplice, c’est de la souffrance. La croix pour le Christ c’est de l’amour, un amour poussé jusqu’à l’acceptation de la souffrance et de la mort. Quand le Christ nous demande de porter notre croix, il ne nous demande pas de souffrir, il nous demande d’aimer jusqu’à accepter de souffrir. Porter sa croix ne veut pas dire souffrir, cela veut dire aimer jusqu’à accepter de souffrir pour ce qu’on aime. Et c’est quand on accepte de souffrir pour ce qu’on aime qu’on peut dire, sans se faire illusion, qu’on aime vraiment.

Jésus termine son enseignement aujourd’hui par un raisonnement qui n’est pas très logique. Il commence par dire :  quand on veut construire une tour, il faut d’abord entreprendre de réfléchir pour voir si on a les moyens de mener son projet jusqu’au bout. On s’attendrait donc à ce qu’il ajoute : ainsi donc  si vous voulez vous engager à ma suite, voyez si vous avez les moyens de mener votre projet à terme. Eh bien pas du tout. Il termine son discours en réaffirmant : Ainsi donc, celui qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut être mon disciple.  Pourquoi ?

Tout simplement parce qu’on n’a jamais ce qu’il faut pour se mettre à la suite du Seigneur, donc inutile de perdre son temps pour constater qu’on n’a pas les qualités nécessaires et s’en désoler. D’autre part il est intéressant de remarquer que lorsqu’il appelle ses disciples, il ne leur demande pas s’ils ont les qualités nécessaires pour le suivre, il leur dit simplement je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. (Marc 1,17) Autrement dit : Contentez-vous de laisser vos barques et vos filets, le reste, je m’en charge. Donc pour nous aujourd’hui, inutile de nous torturer pour voir si nous avons les qualités nécessaires pour être de bons chrétiens et nous désoler de constater que nous ne les avons pas ! Il suffit que nous laissions nos filets, nos idées, nos projets et nos craintes et pour le reste, laissons le Seigneur agir, faire de nous ses disciples.

Que retenir de tout cela ?

Pour être disciple du Christ il faut l’aimer plus que tout. Tel est le message de l’évangile d’aujourd’hui. Et l’amour se vit dans le service, le renoncement et le sacrifice. Il ne faut pas le nier. Mais ce n’est pas un supplice pour autant. Jamais on ne dira d’une maman qui vient de mettre au monde son enfant : la pauvre ! qu’est-ce qu’elle va se payer comme couches à laver et comme nuits sans dormir pour bercer son petit ! Ce serait de mauvais goût…Il ne faut pas cacher la nécessité des renoncements qui s’imposent à quiconque essaye d’être un disciple du Christ  mais il y a de l’indécence à trop en parler. Le renoncement n’est jamais autre chose que l’envers de l’amour  Puisse le Seigneur nous donner de l’aimer davantage. Alors nous viendrons à bout de tous les renoncements  que demande l’amour, sans  nous croire obligés pour cela de jouer aux martyrs et d’arborer des têtes de carême sans Pâques, comme disait le pape François.