Faites cela en mémoire de moi, 22 juin 2025
Solennité du corps et du sang du Seigneur. année C. (Gn 14,18-22 ; 1 Co 11,23-26 ; Lc 9,11b-26)
« Ceci est mon corps qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »
Frères et sœurs, dans cette lettre de Saint Paul aux Corinthiens, Saint Paul nous redit ce qu’il a entendu des Apôtres. Ce commandement de faire l’Eucharistie en mémoire de Jésus.
Et aujourd’hui, ce que nous faisons, nous le faisons en mémoire de Jésus. Et faire cela, cela nous rappelle chaque dimanche que Jésus est mort pour nous. Et nous proclamons sa mort jusqu’à ce qu’il vienne. Et le Seigneur vient. Il vient dans son Eucharistie. Il vient dans son Esprit Saint. C’est ça l’essentiel de ce que nous vivons dans l’Eucharistie.
Jésus nous dit, faites cela en mémoire de moi. Il ne nous dit pas, recevez le corps et le sang en mémoire de moi. Il nous dit, faites cela. C’est-à-dire que lorsque nous sommes réunis et que nous faisons ces gestes en mémoire de lui, nous devenons davantage le corps du Christ. C’est pour ça que les théologiens du Moyen-Âge disaient que l’Eucharistie fait l’Église.
L’Église, elle fait l’Eucharistie parce que Jésus le lui a demandé. Mais l’Eucharistie, elle nous rend davantage un, elle nous rend davantage frères et sœurs, elle nous rend davantage cette capacité d’aimer avec la force de Dieu. Et cela, c’est très important parce que, surtout dans les temps modernes, il y a une tendance à l’individualisme : je viens à l’Eucharistie, je reçois le corps et le sang du Seigneur. Et nous n’avons pas de difficulté de nos jours à croire que c’est réellement le corps et le sang du Seigneur qui sont présents. (Je parle pour les pratiquants). Mais par contre, nous avons une tendance à l’individualisme, à penser que je viens pour recevoir mon petit morceau de Dieu et que je repars chez moi. Mais frères et sœurs, c’est oublier une partie de l’Eucharistie parce que l’Eucharistie, elle fait l’Église, elle fait le corps du Seigneur. Et cela, nous le retrouvons très nettement dans l’Évangile d’aujourd’hui.
L’Eucharistie, elle part toujours d’une situation de manque. Vous voyez ces foules qui sont venues à Jésus pour être guéries, pour entendre sa parole, et tout à coup, elles ont faim. Et la réaction des disciples, c’est notre réaction quand nous voyons une détresse qui nous dépasse. Quand nous voyons une grande détresse, nous sommes tentés de dire « Eh bien, allez voir telle personne, allez voir telle institution. » Et là, Jésus nous dit « Donnez-leur vous-même à manger ». Donnez-leur vous-même à manger, c’est-à-dire, prenez en charge les faim et les soifs de l’humanité. Si nous regardons dans notre quartier, il y en a des faims et des soifs. Il y en a énormément !
Alors, devant ces faims et ces soifs qui nous dépassent complètement, nous voyons nos forces. Combien sommes-nous ici aujourd’hui ? Trente, quarante peut-être ? Et alors nous sommes comme les disciples. Qu’est-ce que nous pouvons faire ? Nous avons cinq pains et deux poissons.
Mais le Seigneur ne se décourage pas avec nous. Il ne se décourage pas du fait que nous ne soyons que trente ou quarante. Il nous dit simplement d’apporter à Lui ce que nous avons. Chacun a des talents, chacun a un cœur et nous sommes invités à le mettre dans les mains de Jésus. Et c’est cela que nous ferons tout à l’heure dans les offrandes. Si nous avions des enfants dans cette communauté, nous pourrions faire une magnifique procession d’offrandes. Nous avons Isaac, mais on ne va pas lui demander de venir tout seul. Et donc nous apportons nos cinq pains et nos deux poissons. Mais ce qui est très important, c’est que nous ne sommes pas seuls pour répondre aux faims et aux soifs.
Ces cinq pains et ces deux poissons, nous sommes appelés à les mettre dans les mains de Jésus. Et Jésus va les bénir. Jésus va les présenter à son Père et il va rendre grâce. Et ensuite, Jésus va les partager. Les partager parce que c’est le sens de ce qu’il a fait de sa propre vie. Il s’est partagé au point d’en mourir.
Et nous, les chrétiens, nous sommes appelés à partager nos vies aussi. Mais par la puissance de l’Esprit Saint, et bien c’est là que la merveille s’accomplit. Il partage, il donne, il redonne aux disciples et les disciples doivent distribuer. Et là, il y en a assez pour tout le monde. Frères et sœurs, c’est là que le peuple de Dieu, le corps du Christ est constitué. Dans le partage du corps du Seigneur.
Et on nous dit que tous furent rassasiés. Et à la fin, il reste douze corbeilles. Alors, je me suis parfois demandé pourquoi on ramassait les morceaux qui restaient. Je pensais que, comme c’était une image de l’Eucharistie, il s’agissait du corps eucharistique et donc il fallait aller le mettre dans un tabernacle ! Jusqu’au jour où j’ai partagé ce texte avec des personnes en difficulté et qui me disaient non ! il faut le mettre dans les paniers parce qu’il y a certainement d’autres personnes qui ont faim. Voilà.
L’Eucharistie, elle nous convoque au partage avec ce que nous avons. Mais non pas simplement avec nos propres forces, mais en les mettant dans les mains du Seigneur. Le Seigneur rend grâce, le Seigneur les bénit et le Seigneur transforme ce que nous donnons en sa présence, son amour, concrètement sous la forme du pain et du vin qui va nous remplir de son amour.
On pourrait dire que c’est le pain de l’amour dont tous nous avons besoin. Mais le pain de l’amour que nous recevons, eh bien, nous conduit à nous donner, comme Jésus qui nous a tout donné. Amen.