Vincent Lascève

Faites cela en mémoire de moi, 22 juin 2025

Solennité du corps et du sang du Seigneur. année C. (Gn 14,18-22 ; 1 Co 11,23-26 ; Lc 9,11b-26)

« Ceci est mon corps qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »

Frères et sœurs, dans cette lettre de Saint Paul aux Corinthiens, Saint Paul nous redit ce qu’il a entendu des Apôtres. Ce commandement de faire l’Eucharistie en mémoire de Jésus.

Et aujourd’hui, ce que nous faisons, nous le faisons en mémoire de Jésus. Et faire cela, cela nous rappelle chaque dimanche que Jésus est mort pour nous. Et nous proclamons sa mort jusqu’à ce qu’il vienne. Et le Seigneur vient. Il vient dans son Eucharistie. Il vient dans son Esprit Saint. C’est ça l’essentiel de ce que nous vivons dans l’Eucharistie.

Jésus nous dit, faites cela en mémoire de moi. Il ne nous dit pas, recevez le corps et le sang en mémoire de moi. Il nous dit, faites cela. C’est-à-dire que lorsque nous sommes réunis et que nous faisons ces gestes en mémoire de lui, nous devenons davantage le corps du Christ. C’est pour ça que les théologiens du Moyen-Âge disaient que l’Eucharistie fait l’Église.

L’Église, elle fait l’Eucharistie parce que Jésus le lui a demandé. Mais l’Eucharistie, elle nous rend davantage un, elle nous rend davantage frères et sœurs, elle nous rend davantage cette capacité d’aimer avec la force de Dieu. Et cela, c’est très important parce que, surtout dans les temps modernes, il y a une tendance à l’individualisme : je viens à l’Eucharistie, je reçois le corps et le sang du Seigneur. Et nous n’avons pas de difficulté de nos jours à croire que c’est réellement le corps et le sang du Seigneur qui sont présents. (Je parle pour les pratiquants). Mais par contre, nous avons une tendance à l’individualisme, à penser que je viens pour recevoir mon petit morceau de Dieu et que je repars chez moi. Mais frères et sœurs, c’est oublier une partie de l’Eucharistie parce que l’Eucharistie, elle fait l’Église, elle fait le corps du Seigneur. Et cela, nous le retrouvons très nettement dans l’Évangile d’aujourd’hui.

L’Eucharistie, elle part toujours d’une situation de manque. Vous voyez ces foules qui sont venues à Jésus pour être guéries, pour entendre sa parole, et tout à coup, elles ont faim. Et la réaction des disciples, c’est notre réaction quand nous voyons une détresse qui nous dépasse. Quand nous voyons une grande détresse, nous sommes tentés de dire « Eh bien, allez voir telle personne, allez voir telle institution. » Et là, Jésus nous dit « Donnez-leur vous-même à manger ». Donnez-leur vous-même à manger, c’est-à-dire, prenez en charge les faim et les soifs de l’humanité. Si nous regardons dans notre quartier, il y en a des faims et des soifs. Il y en a énormément !

Alors, devant ces faims et ces soifs qui nous dépassent complètement, nous voyons nos forces. Combien sommes-nous ici aujourd’hui ? Trente, quarante peut-être ? Et alors nous sommes comme les disciples. Qu’est-ce que nous pouvons faire ? Nous avons cinq pains et deux poissons.

Mais le Seigneur ne se décourage pas avec nous. Il ne se décourage pas du fait que nous ne soyons que trente ou quarante. Il nous dit simplement d’apporter à Lui ce que nous avons. Chacun a des talents, chacun a un cœur et nous sommes invités à le mettre dans les mains de Jésus. Et c’est cela que nous ferons tout à l’heure dans les offrandes. Si nous avions des enfants dans cette communauté, nous pourrions faire une magnifique procession d’offrandes. Nous avons Isaac, mais on ne va pas lui demander de venir tout seul. Et donc nous apportons nos cinq pains et nos deux poissons. Mais ce qui est très important, c’est que nous ne sommes pas seuls pour répondre aux faims et aux soifs.

Ces cinq pains et ces deux poissons, nous sommes appelés à les mettre dans les mains de Jésus. Et Jésus va les bénir. Jésus va les présenter à son Père et il va rendre grâce. Et ensuite, Jésus va les partager. Les partager parce que c’est le sens de ce qu’il a fait de sa propre vie. Il s’est partagé au point d’en mourir.

Et nous, les chrétiens, nous sommes appelés à partager nos vies aussi. Mais par la puissance de l’Esprit Saint, et bien c’est là que la merveille s’accomplit. Il partage, il donne, il redonne aux disciples et les disciples doivent distribuer. Et là, il y en a assez pour tout le monde. Frères et sœurs, c’est là que le peuple de Dieu, le corps du Christ est constitué. Dans le partage du corps du Seigneur.

Et on nous dit que tous furent rassasiés. Et à la fin, il reste douze corbeilles. Alors, je me suis parfois demandé pourquoi on ramassait les morceaux qui restaient. Je pensais que, comme c’était une image de l’Eucharistie, il s’agissait du corps eucharistique et donc il fallait aller le mettre dans un tabernacle ! Jusqu’au jour où j’ai partagé ce texte avec des personnes en difficulté et qui me disaient non ! il faut le mettre dans les paniers parce qu’il y a certainement d’autres personnes qui ont faim. Voilà.

L’Eucharistie, elle nous convoque au partage avec ce que nous avons. Mais non pas simplement avec nos propres forces, mais en les mettant dans les mains du Seigneur. Le Seigneur rend grâce, le Seigneur les bénit et le Seigneur transforme ce que nous donnons en sa présence, son amour, concrètement sous la forme du pain et du vin qui va nous remplir de son amour.

On pourrait dire que c’est le pain de l’amour dont tous nous avons besoin. Mais le pain de l’amour que nous recevons, eh bien, nous conduit à nous donner, comme Jésus qui nous a tout donné. Amen.

Homélie de Pentecôte 8 juin 2025

 Ô Seigneur, envoie ton esprit qui renouvelle la face de la terre !

C’est ce que nous avons chanté tout à l’heure au moment du psaume.

Je crois que l’Esprit-Saint est véritablement ce qui renouvelle la face de la terre et qui nous renouvelle également de l’intérieur. Je crois que pour comprendre les textes d’aujourd’hui, il faut comprendre que l’Esprit vient renouveler entièrement la religion juive qui était celle des apôtres. L’Esprit est toujours celui qui renouvelle.

À Pâques, nous avons vu que l’Esprit a ressuscité Jésus et qu’il a renouvelé le sens de la Pâques. La Pâques, c’était le passage de la Mer Rouge et c’est devenu le passage de la mort à la vie pour Jésus-Christ.

Alors quel est ce renouvellement pour la fête de la Pentecôte ?

La fête de la Pentecôte, pour les juifs qui étaient réunis à Jérusalem, c’est la fête du don de la loi aux Sinaï, 50 jours après la fête de la Pâques. Ceci nous permet de comprendre pourquoi lorsque les disciples sont réunis avec Marie au Cénacle, tout à coup il y a un violent coup de vent et comment tout à coup des langues de feu arrivent sur chacun des apôtres. Il s’agit pour Luc de nous montrer qu’à ce moment-là, il y a comme un renouveau du don de la loi. Mais cette fois-ci, la loi de Dieu n’est plus inscrite comme avec Moïse sur des tables de pierre, elle est inscrite sur des tables de chair qui sont nos propres cœurs.

Donc avec la fête de Pentecôte, nous passons de la loi à l’Esprit. Et cette loi qui était pour le peuple d’Israël, elle est accomplie dans l’Esprit, non seulement pour le peuple d’Israël, mais pour tous les peuples. Et nous ne serions pas chrétiens s’il n’y avait pas eu la Pentecôte. Nous voyons que ce matin, nous sommes originaires de différents endroits du monde et partout où l’on va sur la terre, on trouve des chrétiens. Ce mouvement de la mission, il a commencé le jour de la Pentecôte.

Si on regarde l’Évangile, on voit aussi qu’on trouve ce renouvellement de la loi. Vous savez que Jésus est celui qui a renouvelé la compréhension de la Loi. Le chrétien n’est pas celui qui applique les 613 commandements de la Loi, mais Jésus nous a dit qu’il s’agissait d’aimer Dieu et son prochain. Jésus nous dit dans l’Évangile que : « si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole. Mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et chez lui nous ferons une demeure. » Avec le don de l’Esprit Saint, c’est l’amour pour Jésus qui grandit. Vous savez que l’Esprit Saint, comme nous dit Saint Paul en Galates 5,22, est amour, paix, joie, confiance, bienveillance, douceur, maîtrise de soi… toute une liste.

Mais la première de la liste, c’est l’amour, la charité. L’Esprit Saint est violent dans sa puissance, mais il est doux. Il rentre dans le cœur de chacun.

Il est amour. Et c’est pour cela que les gens qui étaient réunis le jour de la Pentecôte disaient que les apôtres, qui étaient galiléens, parlaient dans leur langue. C’est parce que l’Esprit est la douceur même. L’Esprit nous rejoint au plus profond de nous-mêmes. Qu’est-ce qu’il y a de plus profond pour un être humain que la langue qu’il a apprise de sa propre maman ? Ça commence par « maman », ensuite peut-être « papa », ensuite « manger ». Voilà, il n’y a rien de plus profond qu’une langue maternelle.

Et bien l’Esprit Saint, il est celui qui nous parle au cœur au plus profond. L’Esprit, il est l’Esprit de Jésus. Et cet Esprit, il est amour.

Et si nous gardons la parole, c’est une nouvelle manière de vivre la loi et de l’accomplir pleinement. Et l’Esprit de Jésus nous donne de l’accomplir. Parce que cette loi, elle n’est plus seulement une loi écrite, elle nous habite profondément, elle nourrit notre cœur et elle nous pousse à vivre.

Saint Paul le dit aussi d’une autre manière. Il nous explique comment, avec l’Esprit, nous commençons une vie nouvelle. Et il oppose deux réalités, ce qu’il appelle la chair et l’Esprit.

La chair, il faut comprendre que c’est notre nature humaine dans ce qu’elle a de faillible, de faible, de pécheresse. Et un petit peu plus avant ce passage de la lettre aux Romains, Saint Paul nous explique que celui qui vit sous l’emprise de la chair ne peut pas plaire à Dieu, qu’il ne peut pas accomplir la loi, qu’il n’en est même pas capable. Parce que toutes ces actions finissent par se dévier de leur trajectoire, pour finir dans l’égoïsme, dans la recherche du plaisir, dans la recherche de l’argent, de la gloire.

Et tout ça, nous savons que cela ne fait pas l’unité, comme le jour de la Pentecôte, mais ça fait la division et cela produit la mort à la fin. Et Saint Paul nous dit qu’avec l’Esprit, nous avons une force qui nous permet d’être plus forts que cette loi de la chair, contre laquelle nous avons à combattre tous les jours de notre vie. C’est ce qu’on appelle le combat spirituel.

Mais aujourd’hui, nous sommes vainqueurs en celui qui nous a aimés. Nous avons dans notre cœur, depuis notre baptême, mais nous pouvons aussi sentir ce renouvellement de la grâce de Dieu au moment de la Pentecôte. Nous avons dans notre cœur cet esprit, cet esprit qui nous permet de vivre de l’intérieur l’Évangile.

Alors rendons grâce à Dieu pour cela, et puis essayons d’être fidèles à cette grâce de l’Esprit. Essayons de le suivre maintenant que nous l’avons reçu. Prenons le temps de prier à la fin de chaque journée, par exemple, de voir où était l’Esprit, où est-ce qu’il était présent aujourd’hui ? comment est-ce qu’il m’a conseillé ? quelle force est-ce qu’il m’a donnée ? Comment a-t-il a transformé mes pensées ? Comment il m’a amené à plus de paix, plus d’amour, plus de joie, plus de douceur, plus de bienveillance ?

Voilà comment l’Esprit agit dans notre vie. L’Esprit n’est pas simplement quelque chose de spectaculaire qui arrive dans le vent, qui fait trembler les vitraux, mais il est aussi ce murmure de fin silence dont parlait Élie à l’Horeb. Demandons la grâce d’être dociles à l’Esprit Saint. Amen.

dimanche 25 mai

6e dimanche de Pâques, ( d’après un enregistrement audio)

Frères et sœurs, dans cet évangile, nous sommes juste après le lavement des pieds, juste avant la nuit où Jésus va être livré par Judas pour être arrêté et subir sa passion. Jésus le sait et ses disciples aussi sans doute un peu. Donc l’atmosphère est très lourde et il y a de l’angoisse dans le cœur des disciples. Alors Jésus répète ses paroles, que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé.C’est pour cela que Jésus veut rassurer ses disciples en leur confiant ce qui est le plus important de son message, de sa vie, pour qu’à sa suite ils continuent l’œuvre de son Père. Mais quel est ce message, cette réalité si importante pour Jésus ? Elle se résume dans ce que Jésus nous dit.Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et chez lui nous ferons une demeure. Voilà un mystère très grand, celui de l’habitation de Dieu en nous. Je crois que nous n’aurons jamais fini de le comprendre. Mais quelle est cette parole qui est à garder pour que le Seigneur habite en nous ? Cette parole c’est le commandement de l’amour que Jésus nous a dit juste après le lavement des pieds.Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé. Ce que Jésus nous dit, c’est que si nous gardons ce commandement de l’amour dans notre vie, c’est-à-dire si nous faisons de Jésus lui-même notre modèle en essayant d’aimer comme il nous a aimé, c’est-à-dire d’un amour sans limite, d’un amour qui pardonne toujours, d’un amour qui se donne aux autres sans jamais revenir sur soi, alors Dieu lui-même, Père, Fils et Esprit viendront demeurer en nous.Pour comprendre cela, Jésus nous dit qu’il nous enverra l’Esprit Saint. En effet, pour comprendre un tel mystère, comment Dieu lui-même peut habiter en nous, il nous faut la grâce de l’Esprit Saint. Et en ces jours qui précèdent la Pentecôte, jeudi ce sera l’Ascension et puis il y aura neuf jours pour arriver à la Pentecôte, nous pouvons demander avec insistance la grâce de l’Esprit Saint.Jésus nous dit que l’Esprit Saint c’est notre défenseur. Mais défenseur contre qui ? Eh bien défenseur contre l’esprit du mal. Vous savez qu’en nous il y a divers esprits qui vont et viennent dans nos pensées. Eh bien le défenseur c’est lui qui nous conseille. Lorsque nous voulons prendre des chemins qui ne sont pas ceux de l’amour de Dieu, il nous indique : « Non, ça ce n’est pas le bon chemin. », « Ça ce n’est pas l’amour. », « Ça c’est de la colère. », « Ça c’est de l’égoïsme. » Et il nous conseille et il nous défend aussi face à l’adversaire, celui qui veut toujours nous culpabiliser, celui qui veut toujours nous décourager par de fausses raisons, par la peur, par la culpabilité. Alors dans ces situations-là, l’Esprit Saint il est toujours celui qui nous dit : « Ne crains pas. Le Père et le Fils t’aiment. », « Ne crains pas, lève-toi, marche, je suis avec toi. », « Si tu passes un moment difficile, si tu passes par le feu, si tu passes par les eaux, je serai toujours avec toi. »Voilà notre défenseur. Et comment est-ce que nous saurons que cet esprit habite en nous ? Comment est-ce que nous saurons qu’il est là ? Eh bien, vous vous souvenez de saint Paul dans la lettre aux Galates, il nous parle du fruit de l’esprit : « Amour, Paix, Joie, Patience• Bonté, Bienveillance, Douceur, Maîtrise de soi ». Et aujourd’hui, Jésus nous parle de la paix. Le signe de l’Esprit Saint, c’est la paix, la paix que Jésus lui-même nous donne. Jésus nous dit que ce n’est pas une paix comme le monde vous la donne. Vous savez, la paix dans le monde, elle est toujours précaire, c’est toujours un compromis, c’est toujours « Je ne t’attaque pas si tu ne m’attaques pas. Mais le jour où tu m’attaques, …attention ! », la paix que donne Jésus, c’est la paix de celui qui est mort pour nous. C’est la paix de celui dont nous n’avons rien à craindre. Et surtout, c’est une paix qui fait l’unité.

Et ça, nous le voyons dans la première lecture. Les chrétiens d’Antioche étaient divisés. Il y avait d’un côté les chrétiens d’origine païenne et de l’autre les chrétiens d’origine juive. Et les chrétiens d’origine juive voulaient obliger ceux d’origine païenne à devenir juifs avant de devenir chrétiens. Alors il y a eu un concile à Jérusalem. Et les apôtres ont discuté, ont prié et ils ont envoyé Silas et Barsabas pour donner la décision qui a été prise. Et si vous entendez bien le message qu’ils leur envoient, ils leur disent : »L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles qui s’imposent, vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles, du sang des viandes non saignées et des unions illégitimes. » Alors cette décision, frères et sœurs, elle fait l’unité. Elle respecte la communauté d’origine juive parce que les personnes qui joindront la communauté ne feront pas n’importe quoi. Mais elle n’impose pas non plus aux chrétiens d’origine païenne toute la loi avec ses pesantes prescriptions. L’Esprit Saint est toujours celui qui fait l’unité. Quand une décision est prise selon l’Esprit Saint, l’unité s’en ressent dans la communauté.

Alors, frères et sœurs, nous sommes toujours en chemin. Et par notre baptême, nous avons reçu cet Esprit. Parfois nous nous décourageons, mais nous devons toujours fixer notre regard vers Dieu. C’est ce qu’on appelle avoir un idéal. Et cet idéal, il nous est présenté dans la deuxième lecture à travers la vision de la Jérusalem céleste. Vous vous souvenez, on en a déjà entendu des extraits lors des dimanches précédents.Cette demeure de Dieu avec les hommes, cette Jérusalem céleste, c’est une cité qui est habitée de lumière, qui est lumineuse. Qu’est-ce que cela veut dire ? Eh bien, cela veut dire qu’ensemble, nous sommes appelés à nous aimer les uns les autres pour que notre communauté, nos relations deviennent lumineuses. C’est-à-dire qu’elles portent un témoignage d’amour autour de nous. Plus nous aimons, plus nous rayonnons de ce qu’est Dieu lui-même, car Dieu est Amour. Plus nous nous aimons, plus le monde deviendra lumineux et plus les ténèbres reculent.L’horizon qui doit nous guider, c’est cette espérance de la Jérusalem céleste, tellement remplie de l’Amour de Dieu qu’elle est totalement lumineuse, qu’elle est une création nouvelle qui n’a plus besoin de soleil, parce que son soleil, c’est Jésus lui-même.

Alors, frères et sœurs, gardons ce commandement de l’amour en fixant notre regard sur Jésus, cet amour lumineux qui nous a aimés et qui nous donne son esprit pour aimer comme lui. Amen.

Pâques dimanche 20 avril ils courent…nous courons

Deux hommes courent vers un tombeau. Quelle idée de courir vers un tombeau ! Généralement on peut prendre son temps. Le mort ne risque pas de partir !

Mais justement, s’ils courent, c’est que Marie de Magdala s’est écriée, « ils ont enlevé du tombeau et nous ne savons pas où ils l’ont mis ». Alors ils courent…et même ils courent tous les deux ensembles. Pierre et Le disciple que Jésus aimait c’est l’Église qui court. C’est nous qui courons ensemble, en synodalité.

Le disciple que Jésus aimait qui est le plus jeune court plus vite que Pierre, il arrive le premier, se penche et voit les bandelettes posées, mais n’entre pas…

Pierre court, mais il est lourd. Le poids des ans certainement, un peu d’embonpoint accumulé ? Je crois que l’évangéliste veut nous dire quelque chose à travers cette course matinale, de notre difficulté à croire en la résurrection. Pour certains il faut du temps. En effet, Pierre s’en retourne chez lui après avoir inspecté le linceul et le suaire posé à part, tandis que l’autre disciple entre à son tour, il voit et il croit.

La course des disciples est une image de leur chemin vers la foi en la résurrection.

Pierre est lourd du drame de la trahison qu’il a vécu sous l’effet de la peur. En quelques instants il a renié l’engagement de sa vie. Et il a pleuré.

Le disciple que Jésus aimait, est resté jusqu’au pied de la croix. Il s’est engagé à prendre chez lui la mère de Jésus. Le disciple que Jésus aimait c’est l’image de « ceux qui mettent leur espérance dans le Seigneur [et] trouvent des forces nouvelles ; ils déploient comme des ailes d’aigles, ils courent sans se lasser, ils marchent sans se fatiguer » Is 40,31.

Et toi qui es-tu ce matin ? Pierre ou le disciple que Jésus aimait ?

Si la résurrection est évidente pour toi, attend ton frère à l’entrée du tombeau. Humblement, aide le à faire son chemin.

Si comme Pierre tu as plus de mal, ne désespère pas, retourne en Galilée, retourne à la pêche…le Seigneur de l’espérance te rejoindra certainement.

Libre partage des participants…

Notre sœur la cendre 5 mars 2025

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Homélie Cendres 2025

Chers frères et sœurs,  

Ce matin j’ai fait un petit feu de buis dans mon jardin pour préparer les cendres !

Et lorsque les rameaux se sont enflammés j’ai pensé à ce grand feu que nous ferons dans 40 jours pour la vigile pascale, accompagnant les catéchumènes pour le grand jour de leur baptême.

Ça y est, nous y sommes, c’est le carême ! Le chemin de conversion qui nous conduira à Pâques s’ouvre aujourd’hui.  

En effet, dans un instant nous recevront un peu de cendre sur le front et nous entendrons la parole : Convertis-toi et crois à l’Evangile !

Notre sœur la cendre pour parler comme St François est bonne conseillère : elle nous dit tu vois ce que je suis, eh bien dans peu de temps tu seras comme moi. Autrement dit dépêche-toi de te convertir, de vivre l’essentiel car notre sœur la mort arrive vite !

Mais qu’est-ce que la conversion ?

La conversion, ou metanoïa, dans les Evangiles, « c’est un mouvement de retournement de tout l’être vers Dieu », comme quelqu’un qui de nouveau regarderait le visage de celui à qui il tournait le dos parce qu’il était fâché. Il s’agit non seulement de tourner son regard vers Dieu mais tout son être, c’est à dire revenir à Dieu de tout notre cœur, comme disait le prophète Joel dans la première lecture.  

Et c’est là que l’évangile que nous venons d’entendre peut nous aider. Nous sommes dans le sermon sur la Montagne dans l’Evangile de Matthieu. Jésus parle à ses disciples de ce qui est essentiel pour lui. Et s’il y a quelque chose qui est important pour Jésus c’est d’être vrai, et libre…Se libérer du regard des autres.

Jésus nous parle de l’aumône, le fait de partager avec ceux qui ont besoin, de la prière et du jeûne qui étaient à son époque les trois pratiques fondamentales de la religion juive.

Le Père nous voit dans le secret et le carême est fait pour être avec lui dans le secret du cœur.  

Mais comment revenir à lui?

Par la prière d’abord. La prière c’est regarder Jésus, le visage du Père, le regarder tellement pendant ces 40 jours que nous l’aimerons davantage et que nous lui ressemblerons à force de le regarder, alors se dissipera notre laideur et reviendra sur notre visage la joie d’être aimé. Comment le regarder ? En lisant


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une page d’évangile chaque jour et en contemplant sa manière d’être, de parler, d’agir, ou bien en contemplant une icône ou répétant pendant la journée une parole de psaume, une parole de l’Evangile qui exprime ce que nous portons dans le coeur…Je vous promets que si vous faites cela vous ne serez plus les mêmes à Pâques…Qui regarde vers Dieu resplendira…

Faire ainsi c’est revenir à Dieu de tout notre cœur, comme disait le prophète Joel, c’est déchirer son cœur et non pas ses vêtements.

Ensuite à chacun de voir ce qui sera meilleur l’aider

-Ce pourra être se libérer de ces réflexes qui viennent de la peur de manquer, ou de la peur du vide qui nous conduisent à nous remplir de ce qui nourrit mal : nourriture, informations, écrans, relations superficielles sur les réseaux. Cette peur fondamentale qui nous empêche si bien d’être en relation à Dieu : c’est le sens du jeûne, découvrir que je peux me remplacer tout cela par l’écoute de la parole (cf Mt 4,4)

l’aumône, c’est-à-dire le partage m’aidera aussi à revenir à Dieu, parce que lui-même est amour, don de soi, partage. Partager de l’argent, mais si on n’en a pas il y a encore beaucoup de richesses que l’on peut partager : un sourire, passer un coup de fil à une personne qui en a besoin, partager de son temps pour rendre service.

Tout cela fera grandir la joie dans ma vie.  

Amen


les trois regards de Jésus

Mc 10, 17-30

L’Évangile que nous venons d’entendre nous raconte une histoire de rencontre qui se termine mal entre Jésus et un homme riche. Ce qui conduit Jésus à nous dire que les richesses rendent très difficile l’entrée dans le Royaume de Dieu.

Pour nous guider dans cet évangile, je vous propose de nous laisser guider les trois regards de Jésus qui rythment ce passage.

Le premier regard de Jésus, c’est le regard pour cet homme qui accourt et s’agenouille devant lui alors que Jésus se met en route. Cet homme demande : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Jésus ne lui permet pas de l’appeler bon, sans doute parce qu’il soupçonne derrière ce qualificatif, une forme de flatterie, une manière pour l’homme de s’attirer les faveurs de Jésus. Or Jésus ne veut jamais être obligé par personne, à quoi que ce soit. Jésus ne suit que la volonté de son Père. Il veut rester libre et répond : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements ». Et Jésus de citer parmi les dix paroles, celles qui concernent la relation au prochain, avec cette particularité : alors que ces commandements commencent par « honore ton père et ta mère », Jésus cite ce commandement en dernier. C’est comme si Jésus voulait changer la manière de voir la vie de cet homme. Cet homme a observé les commandements depuis sa jeunesse, il les a certainement reçus de ses parents et il s’adresse à Jésus de manière à chercher son affection, pour qu’il lui donne la recette pour « avoir la vie éternelle en héritage », comme il a reçu de ses parents les commandements et la richesse. Pour cet homme la vie éternelle est du même ordre que tout ce qu’il a reçu de ses parents, quelque chose que l’on peut posséder comme un héritage, quelque chose qui nous assure un avenir et des lendemains heureux.
Quelque part dans la vie de cet homme, la relation à ses parents, à l’héritage qu’il reçoit d’eux a pris la place de Dieu est devenue une idole dont Jésus veut le débarrasser.

C’est pour cela qu’il le regarde et l’aime. C’est parce que le don de la vie éternelle, est de l’ordre de l’être et non pas de l’avoir. La vie éternelle c’est connaitre ce regard de Jésus qui nous aime et nous libère !

Jésus a vu que cet homme est chargé comme un chameau de tout ce qu’il a reçu depuis sa jeunesse, que l’héritage reçu de ses parents, ses richesses qui auraient pu l’aider, sont pour lui un fardeau sur le chemin de la vie éternelle parce qu’elles ont pris la place de Dieu. Alors il l’invite à tout laisser pour que Dieu lui-même soit son unique trésor.

On pourrait objecter que cet homme devait avoir une vocation bien particulière et que tout laisser pour suivre Jésus est réservé à quelques-uns, et que cela ne nous concerne pas ! Pourtant le deuxième regard de Jésus vient nous montrer que cette invitation à tout laisser pour suivre Jésus nous concerne tous. « Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Qui possède des richesses ici ? Nous tous. C’est donc pour nous tous ce matin que Jésus dit : « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu !Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »

Pourquoi est-ce que Jésus dit cela ? Pourquoi est-ce que les richesses rendent si difficile l’entrée dans le royaume de Dieu ?

Les richesses ne sont pas mauvaises en soi, elles sont des moyens que Dieu nous donne pour vivre les uns avec les autres, et lui rendre gloire par notre vie. Le problème c’est que nous préférons souvent les richesses à celui qui en est la source, les dons au donateur.

Or, le Royaume de Dieu, ce n’est pas posséder des richesses, ce n’est pas de l’ordre de l’avoir, mais c’est une relation d’amour, un échange de regard entre Dieu et nous. Les richesses que nous avons (les biens, les qualités, l’expérience, la réputation, le regard des autres, la sécurité, le confort, les projets) peuvent petit à petit prendre la place de Dieu dans notre vie, c’est-à-dire nous donner l’impression que nous avons de la valeur, que nous sommes quelqu’un, parce que nous les possédons. Nous pouvons faire un test : que devenons nous quand soudain nous perdons ce qui fait notre richesse, tel bien, tel poste, telle reconnaissance sociale, tel revenu. Si cela ne nous dérange pas, cela veut dire que nous n’y sommes pas attaché et que Dieu garde sa place dans notre cœur. Si au contraire cela provoque une tempête en nous, c’est que petit à petit cette chose avait pris la place de Dieu dans notre vie et nous empêchait d’entrer dans le Royaume ;

Dieu ne nous interdit pas de posséder des richesses et d’en faire profiter les autres, mais nous demande d’être vigilant à ce que ces richesses ne prennent pas sa place.

C’est difficile ? Oui et non. Oui parce qu’il n’est jamais facile de se détacher des richesses et non parce qu’il y a le dernier regard de Jésus : « Jésus les regarde et dit:
« Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. » Laissons-nous habiter, posséder parce de regard de Jésus qui est le trésor de notre vie et peu nous rendre libre par rapport à toutes les idoles que nous accumulons et qui nous empêchent d’entrer dans la joie du Royaume de Dieu. Nous sommes aimés de Jésus, infiniment, c’est la richesse des pauvres et cette richesse-là personne ne nous l’enlèvera jamais. Amen.

Dimanche 21 juillet 2024

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Dimanche 21  Juillet 2024

Les douze reviennent de leur toute première tournée missionnaire et retrouvent Jésus. Ils racontent comment les choses se sont passées. Ils ont probablement, guéri des malades, délivré des possédés, mais surtout ils ont annoncé un évangile, une bonne nouvelle. A cette époque, évangile était un mot communément utilisé pour parler de n’importe quel heureux évènement. Une naissance, un mariage, une bonne récolte, une victoire contre les ennemis, la guérison d’un malade étaient des évangiles, des bonnes nouvelles. Jésus et les apôtres annonçent une bonne nouvelle très spéciale : l’arrivée du règne de Dieu.  Les prophètes en particulier Isaïe l’avaient annoncé : quand le règne de Dieu arrivera, les aveugles retrouveront la vue, les boiteux marcheront droit, les lépreux seront purifiés, les sourds entendront, les morts ressusciteront, la bonne nouvelle sera annoncée aux pauvres (Isaïe 26,19 ;29,18 ; 35,5,6 ; 61,1….cité en Mt.11,3-6). Or tout cela se réalise avec Jésus. Les douze avaient été heureux de le proclamer au cours de leur première tournée apostolique et Jésus s’en réjouissait avec eux. Ils avaient envie de fêter cela ensemble. Mais le va et vient des gens qui se pressent nombreux autour de Jésus rend la chose impossible. Jésus invite alors les apôtres à s’en aller dans un endroit tranquille un peu à l’écart pour se reposer et fêter ça. Ils s’embarquent donc pour se rendre de l’autre côté du lac. Mais les gens devinant leur destination font le tour du lac à pied et en débarquant, Jésus et les douze trouvent une foule qui les attend.  

    Jésus bouleversé devant cette masse de gens qui cherche absolument un Maître qui pourrait les guider renonce au moment de détente qu’il voulait prendre avec les douze et se remet à enseigner la foule. Il souffre de voir tous ces braves gens trompés par les chefs de la synagogue, les prêtres et les pharisiens qui, poussés par l’orgueil, cherchent dans la religion un moyen de dominer les masses peu instruites. Au lieu de les conduire vers un Dieu d’amour, ils les enferment dans une multiplicité de rites minutieux dont ils se proclament les gardiens intransigeants, s’assurant ainsi prestige et autorité. Jésus s’efforce donc de remettre les choses en place. Reprenant l’authentique tradition des prophètes, il prêche l’amour et non les sacrifices (Osée 6,6) et substitue à une multiplicité de rites minutieux et compliqués, deux commandements : l’amour de Dieu et l’amour du prochain et rien de plus. A ces deux commandements se rattachent toute la Loi ainsi que les prophètes. (Mt.22,40) explique-t-il à ses auditeurs

Et cela reste vrai pour nous aujourd’hui.  Inutile de compliquer les affaires et de multiplier les rubriques et les subtilités. Notre Dieu est Amour. Ceux qui se réclament de Dieu, ceux qui veulent être chrétiens doivent respecter le   commandement d’amour. Et il n’y a rien à ajouter. Mais nous savons tous que ce n’est pas facile d’aimer et surtout de durer dans une disposition où on aime avec constance, jour après jour et pendant des années. Et puis, c’est quoi aimer ?  On peut aimer une chose ou une personne sans l’aimer d’amour. C’est ainsi qu’on peut aimer les haricots verts, un joueur de foot, ou tel ou tel écrivain. Mais aimer quelqu’un d’amour, c’est quoi ? C’est, en plus d’apprécier ses qualités, l’aimer à un point tel qu’on le fait passer avant soi, qu’on le met au-dessus de soi. Or ceci est contraire à la psychologie humaine la plus élémentaire : regardez un enfant dans son berceau, il essaie d’attraper tout ce qui est à sa portée et le porte à sa bouche, même son pied. C’est un fait, l’amour n’est pas un sentiment humain. Et on ne le trouve pas dans la nature.


Il vient d’ailleurs, d’au-delà de nous. C’est un don de Dieu qui est Amour et seule source d’amour. Comme nous sommes créés à l’image de Dieu qui est Amour, nous arrivons à aimer d’amour.  Grâce à Dieu, c’est le cas de le dire, partout on peut voir des époux qui s’aiment, des parents qui aiment leurs enfants et des enfants qui aiment leurs parents et des gens qui aiment leur prochain, parfois jusqu’à donner leur vie pour lui. Tout le monde connait l’histoire de Maximilien Kolbe. Mais ce n’est pas facile de se maintenir au niveau de l’amour, parce que l’égoïsme, nous pousse sans cesse à nous replier sur nous-mêmes.

Il s’agit donc de nous laisser emporter par le courant d’amour que le Seigneur met en nous. Et d’abord pour aimer Dieu. Mais Pourquoi aimer Dieu ? Parce qu’il est la source de la vie. Sans lui, nous ne serions pas là, et le monde qui nous entoure non plus ! De plus, Il veut partager avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Et sa bonté, sa patience, sa miséricorde nous obligent à une profonde reconnaissance. Il est toujours prêt à pardonner à passer par-dessus nos errances. Quand on voit ce qui se passe dans le monde…Comment fait-il ?    Un de mes amis aime à dire par manière de boutade: vous avez de la chance que ce n’est pas moi le Bon Dieu. A sa place, il y a longtemps que j’aurais fait la fin du monde. Le Seigneur, lui, a un parti pris d’amour et de miséricorde irrépressible. Rien ne le décourage. Oui, tu aimes tous les êtres dit l’auteur du livre de la Sagesse, et n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose subsisterait-elle si tu ne l’avais voulue ? Et comment conserverait-elle l’existence si tu ne l’avais appelée ? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître, ami de la vie…………Tu fermes les yeux sur les péchés des hommes pour qu’ils se repentent … Tu juges avec modération…pour nous apprendre quand nous jugeons à songer à ta bonté et quand nous sommes jugés, à compter sur ta miséricorde. (Sagesse 11,23-26 ;12,18,22)

Mais comme Dieu est un Dieu qui aime les hommes, tous les hommes, sans exclure personne, et ceci, n’est pas une qualité qu’il aurait parmi d’autres, c’est ce qu’il est, alors, si je me mets à aimer Dieu, du même coup, je m’engage à aimer les hommes, tous les hommes, comme lui, sans exclure personne, tout en sachant que j’en suis incapable par moi-même, Cependant puisque Dieu est en moi depuis mon baptême, puisqu’il me communique sa vie, je peux commencer à aimer les autres, je n’arriverai probablement jamais à les aimer comme Il les aime, mais je peux et je dois avancer dans cette voie, en essayant de ne pas mettre de barrière sociale ni raciale, puisque lui n’en met pas, en essayant de pardonner toujours puisque lui le fait, en essayant de veiller sur le pauvre et le malheureux sur la veuve et l’orphelin  et de pratiquer la justice et le droit envers tous, puisque lui le fait.

Que retenir de tout cela ?

Jésus n’arrive pas à prendre un moment de repos et de détente avec ses apôtres qui rentrent de leur première tournée de prédication. La foule qui s’empresse autour de lui l’en empêche. Bouleversé en voyant la détermination et la ferveur de ces pauvres gens, Jésus,  saisi de compassion, se mit à les enseigner pour les sortir du formalisme desséché des prêtres et des docteurs de la Loi. Il veut ramener ses auditeurs et nous aussi aujourd’hui à l’essentiel : l’amour… et aux deux commandements qui résument tout : Aimer Dieu et aimer son prochain.


Mais l’amour, c’est mettre la personne qu’on aime au-dessus de soi, la faire passer avant soi, chercher son bien, son bonheur. Or ceci nous est totalement impossible parce que contraire à la psychologie humaine où spontanément, chacun ramène tout à soi. Mais créés à l’image de Dieu-Amour et greffés sur de même Dieu-Amour par notre baptême, nous en devenons capables et   l’Ecriture ose dire : On t’a fait savoir, homme, ce que Yahvé réclame  de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer avec tendresse et de marcher humblement avec le Seigneur ton Dieu. (Osée 6,9) Le Profitons de cette messe pour nous offrir au Seigneur. Avec le prêtre, dans la prière qui précède la consécration, demandons au Seigneur de sanctifier ces offrandes afin qu’elles deviennent, afin que nous devenions le corps et le sang de JCNS. Que cette messe nous christi-fie toujours davantage afin que nous soyons chaque jour davantage capables d’aimer comme lui.  


Promesse et accomplissement

4e dimanche de l’Avent (B), 24/12/2023 Église Saint Vincent de Paul à Lille

Les lectures de ce 4e dimanche de l’Avent, nous montrent l’accomplissement d’une promesse faite au roi David dans l’incarnation de Jésus, qui est maintenant imminente dans la liturgie et que nous célébrerons dès cette nuit.

Jésus Christ, nous dit St Paul dans la seconde lecture, est la révélation d’un mystère gardé depuis toujours dans le silence, mystère annoncé dans les écritures comme nous en avons un exemple dans la première lecture.

Arrêtons nous pour contempler ce diptyque, comme deux vitraux dans une cathédrale nous racontent la promesse et son accomplissement. Au passage nous nous reconnaitrons en David et trouverons un chemin à la suite de Marie.

D’un côté nous pouvons contempler le prophète Nathan qui se trompe, peut être aveuglé par la bonne volonté de David, puis qui donne du temps à la prière la nuit suivante et entend la promesse de Dieu comme un retournement de l’action de l’homme vers l’action de Dieu.

Le Seigneur t’annonce
qu’il te fera lui-même une maison.
Quand tes jours seront accomplis
et que tu reposeras auprès de tes pères,
je te susciterai dans ta descendance un successeur,
qui naîtra de toi,
et je rendrai stable sa royauté.
Moi, je serai pour lui un père ;
et lui sera pour moi un fils.


De l’autre nous voyons l’ange Gabriel qui délivre le message de l’accomplissement de la promesse tant attendue. Le Messie annoncer va prendre corps en Marie :

Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ;
tu lui donneras le nom de Jésus.
Il sera grand,
il sera appelé Fils du Très-Haut ;
le Seigneur Dieu
lui donnera le trône de David son père ;
il régnera pour toujours sur la maison de Jacob,
et son règne n’aura pas de fin. »

D’un côté nous voyons David qui nous ressemble tant, qui fait des projets, qui paraissent bon en apparence, mais où se cachent un peu d’orgueil. David voudrait bien peut être se faire un nom en étant le bienfaiteur de Dieu, celui qui aura bâti le temple du Très Haut, celui dont le nom sera gravé dans la pierre…

Le prophète le remet en place en lui rappelant que c’est Dieu qui est le bienfaiteur et que tout ce que David a fait, ce n’est que parce que Dieu l’a choisi et protégé pour le bien de son peuple. Nathan rappelle à David que c’est Dieu qui a fait un nom à David et non pas son action propre.

Est-ce toi qui me bâtiras une maison
pour que j’y habite ?
C’est moi qui t’ai pris au pâturage,
derrière le troupeau,
pour que tu sois le chef de mon peuple Israël.

J’ai été avec toi partout où tu es allé,
j’ai abattu devant toi tous tes ennemis.
Je t’ai fait un nom aussi grand
que celui des plus grands de la terre.

De l’autre nous voyons Marie, que l’ange salue et appelle « Comblée de grâce ». Elle en est « toute bouleversée » et « se demand[e] ce que p[eut] signifier cette salutation. Elle est l’humilité même et sait bien qu’elle n’a aucun mérite à être nommée ainsi. Elle n’a probablement non plus aucune idée que son nom restera écrit dans l’histoire, elle qui dira à sa cousine « désormais tous les âges me diront bienheureuse ». Surtout, nous contemplons sa disponibilité à l’initiative de Dieu, « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » En cela est-elle la figure inverse de David. David projette et se projette, Marie accueille et se rend disponible.

D’un côté nous voyons David faire des plans de stabilité sur une comète : « Regarde ! J’habite dans une maison de cèdre,et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile ! » Il voudrait enfermer le Seigneur habite une maison solide, alors que le Seigneur est le Rocher spirituel, ce roc de souffle qui a conduit le peuple au désert en l’abreuvant. David n’a pas encore compris que le projet du Seigneur est en apparence infiniment plus fragile, mais en réalité beaucoup plus stable. La maison qu’il bâtit pour David, c’est une descendance de chair et de sang, qui sera stable parce qu’envahie par l’Esprit.

C’est une maison de souffle faite d’amour. Le psaume le dit : « c’est un amour bâtit pour toujours, ta fidélité est plus stable que les cieux »

De l’autre nous voyons Marie qui demande comment cette descendance de chair et de sang pourrait bien advenir en elle alors qu’elle ne connait pas d’homme. C’est le souffle qui fera tout cela. « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du très haut viendra sur toi »

Que retenir de tout cela frères et sœurs, sinon que nous sommes David et que par notre baptême nous pouvons vivre de la grâce qui a fait un corps à Jésus dans le sein de Marie.

Nous pouvons retenir que la promesse de Dieu est infiniment plus riche que nos projets à court termes et prendre le temps de la prière, comme Nathan, pour nous ouvrir aux projets du Seigneur.

Nous pouvons retenir que même si nous ne savons pas comment toutes ces choses merveilleuses vont se faire, nous pouvons déjà, comme de petits serviteurs dans la crèche devant Notre Dame, nous mettre à sa disposition « Voici le serviteur, la servante du Seigneur qu’il me soit fait selon ta parole. »

Rendre à Dieu ce qui lui appartient, baptême de deux enfants à la Bassée

Chers frères et sœurs,

Comme les dimanches précédents, l’évangile que nous venons d’entendre se situe dans le Temple, dans le cadre de l’affrontement verbal entre Jésus et ses adversaires après qu’il a chassé les vendeurs de ce lieu saint.

Aujourd’hui, ce sont les pharisiens qui s’entourent des hérodiens pour lui tendre un piège. Après des flatteries qui l’invitent à parler franchement pour dire la vérité sans se laisser influencer par personne, ils lui posent la question : « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? ». La question est fléchée, les pharisiens veulent qu’il réponde oui ou non. S’il répond oui, il est un collaborateur de Rome et ne peut être le Messie. S’il répond non, les hérodiens, dont le pouvoir dépend des romains peuvent le dénoncer à eux.

Jésus comprend le piège et les démasque directement :« Hypocrites ! ». Puis il les renvoie à eux-même en les confrontant aux pensées de leur propre cœur : « pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? »

Ensuite, demandant qu’on lui montre une pièce de monnaie, il leur répond de manière pragmatique et néanmoins très profonde.

Pragmatiquement, en leur faisant sortir une monnaie et reconnaitre l’effigie de César dans l’enceinte du Temple, où les images humaines n’étaient pas permises, il leur fait reconnaitre qu’eux-mêmes utilisent la monnaie de César, et donc reconnaissent et vivent sous son pouvoir. En leur disant « rendez à César ce qui est à César » Jésus reconnait la légitimité du pouvoir politique qui a été remise par Dieu à une autorité terrestre pour organiser la société et promouvoir le bien commun. C’est le sens de la première lecture dans laquelle Isaïe affirme que c’est Dieu qui a remis un titre à l’empereur Cirus. Si le pouvoir politique est confié par Dieu, payer l’impôt à César n’est pas un acte d’idolâtrie.

Cependant de manière plus profonde, derrière l’affirmation « rendez à César ce qui est à César » Jésus veut dire également « ne rendez à César QUE ce qui est à César » c’est-à-dire l’organisation du bien commun. C’est le sens de l’affirmation « rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». Dieu est l’unique, qui seul mérite notre adoration. Dieu est le créateur auquel nous appartenons. Adorer les idoles de l’argent, du pouvoir, de l’orgueil, c’est refuser de rendre à Dieu ce qui lui appartient, nous-mêmes, qui sommes invités à rendre gloire à Dieu par notre vie.

En réfléchissant au sens des deux baptêmes de … et … dans quelques instants j’ai pensé à la lecture traditionnelle de cet évangile qu’on fait de nombreux pères de l’Église. Pour eux, il existe une autre monnaie frappée d’une image, cette monnaie c’est nous-même. Avant même notre baptême, nous partageons avec tous les humains d’être créés « à l’image de Dieu » (Gn 1,27) et de lui appartenir. Dieu a imprimé sa marque de fabrique en tout être humain, croyants de toutes les religions ou non. Mais cette image doit devenir visible par notre vie et cela c’est le propre des chrétiens. Nous sommes chrétiens pour rendre gloire à Dieu, le rendre visible par notre vie. Et celui qui nous permet de rendre visible l’image de Dieu, c’est Jésus, l’image du Dieu invisible (Col 1,15). Dans quelques instant la vie de Jésus va être déposée dans le cœur de ces enfants par le baptême. Vous parents, parrains et marraines prenez aujourd’hui l’engagement de prendre soin de la vie de Jésus en ces enfants. Cela implique de les aider à le connaitre progressivement par l’exemple de votre vie, par l’enseignement de la foi en famille, par la participation au catéchisme. Cela implique de les aider peu à peu à développer leurs talents et capacités humaines, à collaborer à la vie de l’Esprit Saint qui va venir demeurer en eux dans quelques instants. C’est une lourde responsabilité. Il s’agit de former non seulement des citoyens, qui rendront à César ce qui est à César, en cherchant le bien commun avec tous les humains de bonne volonté, mais il s’agit aussi de leur permettre de rendre à Dieu, ce qui lui appartient, la gloire de notre vie.

Et nous tous ici rassemblés demandons nous si nous rendons à Dieu ce qui lui appartient : nous-mêmes.

Amen.  

« Mon enfant, va travailler à ma vigne » 26e dim T.O. année A 1er octobre 2023, église Saint Benoit Labre

« Mon enfant, va travailler à ma vigne »

Dans un contexte de tension avec les chefs des prêtres et les anciens, après que Jésus a chassé les vendeurs du Temple, Jésus met en scène deux fils qui entendent cet appel. « Mon enfant, va travailler à ma vigne ».

Ce dimanche, laissons résonner dans notre cœur ses paroles : « Mon enfant, va travailler à ma vigne ».

Et demandons-nous quel type de fils nous sommes.

Pour Jésus, le premier fils, celui qui dit « je ne veux pas » ce sont toutes les personnes qui refusent d’abord de pratiquer la Loi, comme les publicains, les prostituées et les pécheurs, ceux qui ne fréquentent pas le Temple parce qu’il ne se considèrent pas dignes, mais qui un jour ont reçu la grâce d’une conversion, c’est-à-dire de recevoir la parole de Jean Baptiste comme annonçant la venue du Messie. Ils ont le cœur ouvert, peut être parce qu’ils ont senti l’impasse de leur propre vie, et ont senti la nécessité de recevoir le pardon de leurs fautes, la soif d’une vie libérée du péché.

Le second fils celui qui dit « oui Papa » mais qui ne va pas travailler à la vigne, ce sont les grands prêtres et les anciens, les pharisiens, tout ceux qui pratiquent la loi, tous ceux qui prient, mais dont les actes ne produisent pas de fruit de conversion (Mt 3,8). Ils ont refusé de croire à la parole de Jean Baptiste qui appelait à la justice et à la conversion de péchés. Ils restent cantonnés dans la sécurité apparente que leur donne la pratique de la loi, sans voir que le péché habite leur cœur par le sentiment de supériorité et les arrangements qu’ils font avec la justice.

Il ne s’agit pas pour Jésus de dire que la pratique religieuse est mauvaise et qu’il faudrait vivre comme les prostitués et les pécheurs en dehors de la loi. Non, mais il souligne combien les premiers sont ouverts à la grâce et les second lui sont fermés.

Et quel est le signe pour Jésus que la grâce nous a touché, que nous sommes proches du Royaume des cieux ? Ce sont nos actes. Pour Jésus les paroles, les prières sans les actes n’apportent pas le salut. « Il ne suffit pas de me dire Seigneur, Seigneur pour entrer dans le royaume des cieux, il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux » (Mt 7,21).

Alors ce matin, prenons conscience comme les hébreux dans la première lecture de la responsabilité de nos actes. Ils se révoltent un peu contre le prophète Ézéchiel parce qu’ils pensaient que tous leurs malheurs venaient de la faute de leurs pères. Ézéchiel leur dit que la vie ou la mort spirituelle dépend de leurs actes. Non pas de leur passé de juste ou de pécheur mais de leur conversion aujourd’hui.

La seconde lecture peut aussi nous permettre de vérifier où nous en sommes dans les relations avec nos frères et sœurs, où se vérifie toujours ou pas, notre conversion. « Ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. « Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres. » le signe de la conversion, c’est l’humilité, l’ouverture aux intérêts des autres, les contraire de l’orgueil et de l’égoïsme ou de l’esprit de chapelle.

Le chemin de la conversion est long et jamais acquis une fois pour toute, mais sur ce long chemin, nous pouvons compter sur la grâce de Dieu, elle a touché les prostituées, les publicains et les pécheurs, elle ne demande qu’à se donner à nous en abondance.

Amen.