(Ez 47,1-2.8-9.12) (1 Co 3,9c-11.16-17) (Jean 2,13-22)
La colère est un péché, c’est même un des 7 péchés capitaux. Or l’évangile d’aujourd’hui nous montre Jésus se mettant violement en colère. Pourtant le Christ est sans péché. Alors ?
Commençons par regarder la scène. Cela se passe au Temple. Le Temple, ce n’est pas un bâtiment genre cathédrale ou basilique, c’est un espace d’environ 400 m. de long sur 300 m. de large, comprenant plusieurs esplanades ou parvis, des sanctuaires, notamment celui qui abrite l’Arche d’Alliance, symbole de la présence de Dieu au milieu de son peuple, et un autel surélevé, en plein air, sur lequel on offrait les sacrifices. C’est pourquoi il y a sur place des marchands qui vendent des bœufs, des moutons et des colombes destinés aux sacrifices, ainsi que des changeurs pour changer en monnaie locale l’argent des juifs venant de différents pays du bassin méditerranéen. Autrefois tout ce commerce avait lieu dans la vallée du Cédron voisine du Temple ou sur les pentes du Mont des Oliviers, mais petit à petit il avait envahi les parvis à l’intérieur même du Temple. Jésus, indigné de voir le Temple, la maison de son Père transformée en maison de commerce, se met en colère, renverse les tables des changeurs et chasse les marchands à coups de fouet. Comment peut-il agir ainsi lui qui nous enseigne : Quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal ? (Mt.5,22)
St Paul a une expression surprenante : Mettez-vous en colère, dit-il, mais ne péchez pas !
(Ephes.4,26) Y aurait-il des colères qui ne seraient pas des péchés ? C’est vrai qu’on parle parfois de saintes colères . Que faut-il pour que la colère ne soit pas un péché ? Trois conditions sont requises. 1°) Il faut qu’elle ait une juste cause, par exemple réagir contre une injustice. Non seulement ce n’est pas un péché de se mettre en colère pour rétablir la justice, mais c’est un devoir. St Jean Chrysostome va même jusqu’à écrire : celui qui ne se met pas en colère quand il y a une juste cause de le faire, commet un péché ! 2°)D’autre part, il faut que le mouvement de colère ne soit pas disproportionné. Il arrive malheureusement qu’une dispute banale se termine par un meurtre, parce qu’un des protagonistes se laisse entraîner trop loin.! 3°) Il faut aussi garder une intention droite dans sa colère, c’est-à-dire viser à ramener le bien et la justice et non pas se laisser emmener par un esprit de méchanceté ou de haine, de vengeance ou de rancune. Une maman qui se met en colère contre son enfant qui fait des bêtises n’a pas de haine contre lui. C’est au contraire parce qu’elle l’aime qu’elle se fâche contre lui.
Donc, se mettre en colère, c’est un péché… mais pas toujours !
Ne pas se mettre en colère, c’est bien… Mais pas toujours ! parfois, c’est même un péché !
Bienheureux les doux (Mt.5,4) a dit le Christ, mais il n’a pas dit : Bienheureux les mous ! Il est miséricordieux, mais pas complaisant. La charité, ce n’est jamais tout laisser faire sans réagir. Comme l’écrit Bernanos dans « Le Journal d’un Curé de Campagne » : le Christ n’a jamais dit vous êtes le miel de la terre, il a dit : Vous êtes le sel de la terre (Mt.5,13) et le sel, cela pique et parfois même cela brûle.
Si les apôtres approuvent la colère de Jésus où ils voient une manifestation de respect pour la maison de Dieu, d’autres protestent énergiquement : Quel signe nous donnes-tu pour agir ainsi ? c’est-à-dire : de quelle autorité te permets-tu de causer du désordre dans le sanctuaire ? Jésus répond en parlant d’un autre sanctuaire : son corps, qui est, comme le Temple de Jérusalem et mieux que ce Temple, la demeure de Dieu. Il proclame : Détruisez ce Temple et en trois jours je le relèverai, ce qui veut dire : Faites moi mourir sur la croix et trois jours après je ressusciterai.
Les Juifs trouvent cette réponse ridicule. Ils ne pouvaient pas en comprendre la portée prophétique. Jésus annonce ici les temps nouveaux : Bientôt, à partir du matin de Pâques, la présence de Dieu parmi les hommes ne sera plus dans les pierres d’un Temple, mais dans la présence du Christ ressuscité parmi les hommes. Ce que nous rapporte cette page d’évangile, c’est beaucoup plus qu’une bagarre dans le temple de Jérusalem, c’est l’annonce de l’avènement des Temps Nouveaux . Désormais, la présence de Dieu parmi les hommes ne sera plus ici ou là, dans des pierres, mais partout où le Christ ressuscité sera présent, c’est à dire en chaque baptisé.
Pour nous aujourd’hui, cela veut dire que le Christ est présent parmi nous de deux manières : dans le St Sacrement, dans le tabernacle de l’église et en chaque baptisé. Ce qui confère un caractère sacré à notre corps, comme le souligne St Paul en s’adressant aux Corinthiens : Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du St Esprit qui est en vous et qui vous vient de Dieu ? Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?…Le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous. (1 Cor. 6,17 et 3,16,17) D’où le devoir de bien traiter notre corps, de ne pas le mettre en danger dans des comportements dangereux qui entraînent des accidents, ne pas le détruire par une mauvaise alimentation, l’ alcool ou les stupéfiants. Bien traiter notre corps, c’est aussi bien s’habiller. Un jour quelqu’un m’a dit : J’estime, mon Père, que l’élégance pour une femme, c’est une question de politesse, même vis à vis du Père éternel ! Une femme bien habillée fait honneur au Seigneur qui nous donne de beaux tissus et de l’intelligence et du bon goût pour les tailler comme il faut. En même temps, elle se fait plaisir, son mari est fier de voir sa femme bien habillée et ses enfants sont heureux de voir leur maman bien mise. Ne me faites pas dire…………………
Que retenir de tout cela ?
Se mettre en colère, c’est un péché, mais pas toujours. Par exemple quand la colère a une juste cause, comme de réagir contre une injustice, quand la réaction n’est pas disproportionnée et quand elle vise au rétablissement de la justice, sans être animée par la rancune, la haine ou la vengeance. Ne pas se mettre en colère, c’est bien, mais pas toujours. La charité, ce n’est pas tout laisser faire sans réagir. C’est un péché de ne pas se mettre en colère quand il le faut.
Le Christ est bon et miséricordieux, mais n’allons pas l’imaginer comme quelqu’un qui ne fait pas de vagues, toujours calme, serein, impassible quelles que soient les circonstances. Il s’indignait avec véhémence devant le mal, il ne mâchait pas ses mots et haussait le ton quand il le fallait, intransigeant vis à vis du péché, mais indulgent vis à vis du pécheur. Il avait le cœur tendre et l’esprit ferme, alors que nous, trop souvent, nous avons le cœur dur et l’esprit mou. Mais surtout cette page d’évangile ne nous rapporte pas une simple altercation entre Jésus et les marchands dans le Temple. Elle nous annonce les temps nouveaux où la présence de Dieu parmi les hommes n’est plus dans les pierres d’un temple, mais partout où le Seigneur ressuscité est présent par son esprit, c’est à dire en chaque baptisé. Il est avec nous, en nous, jusqu’à la fin des temps. A nous de rester avec lui.
Merci pour cette magnifique homélie qui nous fait comprendre que le Christ est présent dans le Sain-Sacrement,(et j’aime faire Adoration) , mais que le Christ est présent aussi dans chaque baptisé et j’ai retenu par coeur la citation de saint Paul aux Corinthiens