Dimanche  2  Novembre 2025

(Isaïe 25,6a.7-9)  (Rom.14, 769. 10-12)   (Jean 14,1-6)

Nous sommes le Jeudi Saint au soir. L’atmosphère est lourde. Les apôtres sont tristes et inquiets. Après leur avoir annoncé la trahison de Judas, Jésus leur a déclaré qu’il allait partir pour une destination où ils ne pourraient le suivre. Là où je vais, vous ne pouvez pas venir. (Jean 13,33) Voyant leur désarroi, Jésus tente de les réconforter : Que votre cœur ne se trouble pas. Je pars vous préparer une place… je reviendrai et je vous emmènerai afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Pour aller où je suis, vous connaissez le chemin… Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie. Mais cela n’apaise pas les apôtres. Ils ne veulent pas que le Christ s’en aille. Ils sont tellement heureux d’être avec lui, d’écouter son enseignement, d’être témoins de ses miracles. Ils voudraient que cela dure toujours. Ce qu’ils aimeraient c’est qu’il reste avec eux, là où ils sont, mais pas qu’il les emmène ailleurs.

Nous autres aujourd’hui, nous avons souvent la même attitude que les apôtres. Nous sommes attachés au Seigneur, nous avons confiance en lui, nous l’aimons pour tout ce qu’il nous apporte et nous souhaitons qu’il nous aide toujours davantage dans nos difficultés, mais nous n’allons pas jusqu’à vouloir et aimer ce qu’il veut pour nous. Nous voudrions le confiner dans nos projets, mais nous ne sommes guère ouverts aux siens. Quand nous l’entendons dire : Je vais vous préparer une place… là où je suis, vous serez, vous aussi, nous sommes troublés et même inquiets. Les perspectives de l’au-delà ne font pas partie de nos préoccupations courantes. Non pas parce que nous ne voulons pas nous en occuper ou que nous en nions l’existence. Mais tout simplement parce que nous sommes totalement accaparés par les soucis et les projets immédiats, d’ordre personnel, familial ou professionnel. Notre horizon est totalement bouché. Les voitures, le téléphone, les ordinateurs, sans parler des machines et des gadgets de toutes sortes qui encombrent les cuisines et les bureaux  de nos logements nous permettent de faire de plus en plus de choses, et parfois simultanément et chaque fois que nous achetons une nouvelle machine, nous trouvons de nouveaux travaux à lui faire faire. Comment dans ces conditions trouver un créneau pour s’occuper de l’au-delà ?

Et puis arrive de temps en temps la nouvelle du décès d’un membre de notre famille ou d’un ami ou le 2 Novembre, la commémoraison de tous les fidèles défunts. C’est toujours un choc.

Certaines pensées refont surface : ah oui ! c’est vrai ! Il y a quelque chose après la mort ; la vie de maintenant, ce n’est que la première mi-temps, il y a une deuxième mi-temps. Et même des prolongations, éternelles. Il faudrait s’en occuper, s’y préparer. Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire pendant tout ce temps-là ? Nous n’en avons aucune idée. Tout ça est flou, opaque. Est-ce qu’on y croit ? Est-ce qu’on n’y croit pas ? D’un côté, on dirait bien qu’on n’y croit pas. Pour la question de la résurrection, c’est assez net, on a beaucoup de mal à y croire mais, même la mort, d’une certaine manière on n’y croit pas. On sait qu’on meurt, que tout le monde meurt un jour ou l’autre. Personne n’y échappe. Mais croit-on vraiment que les morts soient morts ? C’est un fait que personne n’accepte volontiers de passer une nuit dans une pièce où il y a un mort. Pourquoi ? Si nous croyions que les morts sont tout-à-fait morts nous n’en aurions pas peur Si nous en avons peur, c’est que, obscurément, nous croyons qu’ils sont encore vivants quelque part, d’une manière ou d’une autre,  nous avons donc peur de ce qu’ils pourraient faire. Depuis les temps les plus reculés, dans tous les peuples la mort s’accompagne de rites funéraires. Dans nombre de cultures ces rites funéraires sont accomplis avec grand soin pas seulement en vue de rendre hommage au défunt en souvenir de ce qu’il a été de son vivant, mais en vue de satisfaire le défunt, de s’attirer ses bonnes grâces et se protéger d’un mécontentement éventuel de sa part. Dans nombre de cultures, les religions sont basées sur le culte des ancêtres. On les craint. Il faut leur rendre hommage, leur offrir des sacrifices en vue d’obtenir leur protection et se protéger de toute vengeance de leur part. Et en dehors des funérailles, on continuera de faire des offrandes aux défunts de temps en temps parce qu’il est bien entendu que de là où ils sont, même si on ne sait pas où exactement, ils sont encore vivants et capables d’intervenir dans la vie de leurs descendants, de leur accorder des bienfaits ou de les frapper de malheurs.

Pour nous chrétiens nous savons que Dieu nous a créés à son image. Mais il restait encore une certaine distance entre lui et nous. Nous étions comme en face de lui. En se faisant homme, le Christ a encore amélioré notre statut. Il a supprimé la distance entre Dieu et nous. Comme le Christ est à la fois vrai Dieu et vrai homme, nous sommes à la fois hommes et greffés directement sur Dieu par notre baptême. La vie qui nous anime le jour de notre naissance vient de lui, chaque jour de notre existence nous avançons vers lui, nous nous approchons de lui, et finalement, au terme   de notre vie nous rentrons chez lui qui nous attend au seuil de sa demeure. C’est ce que le Christ nous explique dans l’Evangile.  Le Père m’a envoyé sur terre pour vous réconcilier avec lui malgré les dégâts du péché et vous unir à lui définitivement. De mon côté, nous dit Jésus bien clairement, mon but, c’est que là où je suis, c’est à dire aux cieux, près du Père, vous soyez vous aussi avec moi. C’est pour ça que,en attendant, je vous laisse mon évangile qui sera le mode d’emploi de la vie nouvelle où je vous introduis et je vais vous envoyer l’Esprit Saint qui achèvera de vous guider. Parce que vous tout seuls, vous ne pouvez pas y arriver, vous que le péché rend parfois aveugles boiteux et sourds. Oui mais moi de toutes façons je suis la Voie, la Vérité, la Vie et passant par moi, vous arriverez au Père.

Que retenir de tout cela ?

Dans l’évangile d’aujourd’hui, le Christ nous rappelle que notre vie ici-bas ne représente que la première mi-temps et la partie de loin la plus courte de notre existence qui se prolonge au-delà de notre mort, pour une deuxième mi-temps et des prolongations éternelles auprès du Père où nous retrouverons tous ceux qui nous ont précédé ici-bas. Au moment où il va lui-même terminer son séjour parmi nous sur la terre, il nous prévient qu’il s’en va nous préparer une place afin que là où il est, nous soyons nous aussi avec lui. Malheureusement, bousculés par le tourbillon de nos activités, entraînés par  le rythme trépidant de la vie moderne, préoccupés par tout ce qu’il faut faire immédiatement, sans attendre, nous risquons de nous enfermer dans un présent étroit qui nous empêche de voir où nous allons finalement. L’évangile d’aujourd’hui nous rappelle que le terme de notre vie, c’est le retour dans la maison du Père. Que nous le voulions ou non, que nous y pensions ou non, nous avançons chaque jour vers la maison du Père. Il faudrait garder le cap, avancer dans la bonne direction, vérifier de temps en temps où nous allons : Je navigue ou je dérive ?

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