(2 Sam.5,1-3) (Col.1,12-20) (Luc 23,35-43)
Christ- Roi
Pourquoi donner au Christ ce titre de Roi ? Quand les gens ont voulu le faire roi après la multiplication des pains, il n’a pas aimé cela du tout. Très mécontent, il les a renvoyés chez eux. Sa vie, de la crèche à la croix, n’a rien de somptueux ni de royal. Il n’a ni armées, ni richesses, ni palais, comme les rois de la terre. Et si on veut à tout prix le célébrer comme Roi, pourquoi choisir comme évangile de cette fête une page où, supplicié sur la croix, il est méprisé et moqué par la foule rassemblée au Golgotha ? Pourtant ce titre de Roi, il le mérite, en tant que Créateur et en tant que Rédempteur, comme St Paul le laisse entendre dans la 2° lecture.
En tant que Créateur, bien sûr, puisque c’est en lui que tout a été créé dans le ciel et sur la terre…Il est avant toute chose et toute chose subsiste en lui. Tout subsiste en lui, cela veut dire que ce qui existe aujourd’hui, c’est lui qui le maintient dans l’existence. Il n’a pas créé l’univers, il y a un certain nombre de millions d’années et depuis, il aurait pris sa retraite ! Non, le Christ Roi est un roi en exercice, il continue de créer, jour après jour, tout ce qui est. La vie dont nous jouissons en ce moment, c’est lui qui la crée, non seulement notre vie physique, mais aussi notre vie de communion avec lui, avec son Esprit présent en nous depuis notre baptême et notre confirmation.
Et puis le Christ mérite encore le titre de Roi en tant que Rédempteur. L’humanité qui était séparée de lui par le péché, il l’a reconquise en offrant sa vie pour nous à travers le sacrifice de la croix, où la toute puissance de son amour a vaincu toute la puissance du mal et du péché, opérant la réconciliation avec le Père. Souvent nous pensons que la passion et la mort du Christ sur la croix sont des défaites du Christ et qu’il faut attendre sa résurrection au matin de Pâques pour voir son triomphe. C’est faux. Son triomphe éclate déjà dans sa passion et sa mort sur la croix, puisque là, déjà, la toute puissance de son amour l’emporte sur toute la puissance du mal déchaînée contre lui. Alors qu’on est en train de le tuer, il prie pour ses bourreaux : « Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). Autrement dit : vous pouvez me tuer si vous voulez, moi, je vous aime encore. C’est là que son amour tout puissant se montre plus puissant que la toute puissance du mal, du péché et de la mort. Rien ne peut venir à bout de son amour. Son titre de Roi, il l’a donc conquis en mourant sur la croix puisque c’est bien là, à ce moment-là, que se manifeste la toute puissance de son amour qui l’emporte sur toute la puissance du mal, du péché et de la mort.
Ce n’est donc pas étonnant et cela n’a rien de choquant que l’évangile choisi pour la célébration de la fête du Christ-Roi nous montre le Christ mourant sur la croix puisque c’est là que se révèle le triomphe royal de son amour sur toutes les forces du mal, du péché et de la mort.
La royauté du Christ n’a rien de commun avec les royautés de la terre. Elle est d’un autre ordre. Elle n’a pas besoin de palais splendides, de richesses somptueuses, de l’entourage spectaculaire d’une cour brillante, de la puissance écrasante d’armées redoutables ou d’un pouvoir politique dominateur. Tout cela apparait comme du folklore, de la pacotille à côté de la royauté du Christ reposant sur la toute puissance d’un amour qui l’emporte sur toute la puissance du mal, du péché et de la mort.
Mais le Christ-Roi, nous ne pouvons pas nous contenter de l’admirer à distance. Il se trouve que nous participons à sa royauté depuis notre baptême, comme le souligne le célébrant au cours de la cérémonie : Vous êtes maintenant membres du Christ, vous participez à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi. Or comment se manifeste la royauté du Christ ? Dans le service des autres dans l’amour. Participer à la royauté du Christ, c’est donc, comme lui, se consacrer au service des autres par amour. Peut-être pas à travers des gestes spectaculaires, mais dans l’ordinaire d’une foule de gestes quotidiens qui ont de la valeur aux yeux de Dieu, ce que généralement nous ne soupçonnons pas. Regardez, dans la parabole du jugement dernier, qu’est-ce qui a valu aux justes d’être comptés parmi les élus ? Venez à moi, les bénis de mon Père, dit le Seigneur, recevez en partage le Royaume qui vous a été préparé , parce que…parce que vous avez fait des choses extraordinaires ? Non. Parce que vous êtes allés à la messe le dimanche et fait un tas de prières ? Même pas ! Mais parce que j’ai eu faim, vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif, vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, malade et vous m’avez visité. Et les justes diront : Seigneur quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire …(Mt.2534…) Ils ne se seront pas rendu compte que ce qu’ils ont fait pour n’importe qui, un enfant, un conjoint, un ami, un inconnu, c’est comme s’ils l’avaient fait pour le Christ en personne, car ce que vous aurez fait pour l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous l’aurez fait. (Mt.25,40)
Pour nous aujourd’hui, cela veut dire que lorsqu’une maman prépare le repas des siens, lorsqu’un instituteur apprend à lire à ses élèves, lorsqu’un médecin soigne un malade, lorsque les employés municipaux vident les poubelles, lorsqu’un boulanger prépare le pain pour les habitants du quartier, il y a du service des autres là-dedans et un peu d’amour et cela a du prix aux yeux de Dieu. Par là nous sommes unis au Christ Roi qui se donne au service des autres par amour. Mais nous avons du mal à le croire. Nous sommes persuadés que nos tâches quotidiennes sont des choses banales matérielles, sans valeur aux yeux de Dieu. C’est d’ailleurs pourquoi on ne voit jamais une image ou une statue de Notre Dame en train de faire la cuisine ou le ménage. Comme si tenir son foyer ne faisait pas partie des tâches que le Seigneur lui avait confiées. Cette fête du Christ Roi nous invite à ouvrir les yeux pour voir l’amour et se service des autres qu’il y a dans nos tâches familiales ou professionnelles et à prendre conscience que par là nous sommes unis au Christ Roi dont la royauté s’exerce dans le service des autres par amour.
Que retenir de tout cela ?
Pourquoi donner au Christ le titre de Roi ? Parce que il est le Créateur de l’univers. Et parce que en tant que Rédempteur, son amour tout puissant a triomphé de toutes les puissances du mal, du péché et de la mort. Sa royauté n’a rien à voir avec celle des rois de ce monde qui se manifeste par des richesses ou le pouvoir politique ou militaire. Le Christ est un roi très spécial. Son sceptre, c’est la croix et sa politique, le lavement de pieds. La royauté du Christ se manifeste dans le don de soi pour ceux qu’il aime. C’est dans le don de soi qu’il y a dans tout ce que nous faisons pour le service des autres à travers le quotidien de nos tâches familiales et professionnelles, que se manifeste notre participation à la Royauté du Christ même si, pareils aux justes de l’évangile admis dans le Royaume, nous ne nous rendons pas compte. Saint Exupery parlant de quelques dames âgées qui brodaient des chasubles d’or pour leur Dieu écrivait : Elles allaient, ne le sachant pas, les mains pleines d’étoiles. Eh bien, quand vous êtes au travail tous les jours, dans un bureau ou un magasin, sur un chantier ou au volant de votre voiture, quand vous faites le ménage ou préparez le dîner, je crois, moi, que vous allez, ne le sachant pas les mains pleines d’étoiles. Et je suis fierd’offrir tout cela au Seigneur dans cette messe , en même temps que le sacrifice du Christ.
Merci pour cette très belle homélie ,je dois me souvenir que la politique du Christ c’est la politique du lavement des pieds ,c’est un exemple qu’il nous a donné .Sa royauté s’exerce dans le service des autres par amour ,il ne faut pas que je m’imagine que c’est suffisant d’aller à la messe et de dire des prières, il faut que je m’exerce à être au service des autres par amour ,ça n’est pas facile, je dois demander au Seigneur de m’aider