A Noël nous fêtons la venue du Christ parmi nous. Dieu se fait homme, il nait à Bethléem comme nous venons de l’entendre à la lecture de l’évangile il y a quelques instants, et vient habiter au milieu des hommes.
Jusque là c’est clair. Mais si on commence à creuser et à s’interroger. Pourquoi vient -il ? alors Noël se révèle être un vrai mystère dont on ne perçoit jamais toute la richesse. Pourquoi le Christ vient-il parmi nous ? Souvent on dit qu’il vient pour nous réconcilier avec le Père. C’est vrai. Il y avait un contentieux qui traînait entre le Père et nous depuis longtemps. Nos ancêtres s’étaient laissé avoir. Le démon leur avait fait croire que s’ils se libéraient de l’autorité du Père, ils ne mourraient pas mais ils deviendraient comme des dieux décidant par eux-mêmes du bien et du mal. Ils se sont donc coupés de Dieu. Évidemment se séparer de Dieu, source de vie, ne pouvait avoir que des conséquences catastrophiques. L’égoïsme, l’orgueil, l’envie, la haine ont tout envahi tout de suite. Heureusement Dieu qui est amour n’a pas laissé tomber. Au long des siècles il a envoyé auprès des hommes des sages, des prophètes pour les guider leur promettant qu’un jour il enverrait un Messie pour opérer la réconciliation. C’est l’arrivée de ce Messie Sauveur que nous fêtons aujourd’hui.
Mais pourquoi Dieu a-t-il voulu cette réconciliation et nous réintégrer dans son intimité ? Cela ne lui rapporte rien, il n’a besoin de rien. C’est que dans son amour pour nous, il ne pouvait pas supporter de nous voir déchus, entraînés par le péché dans les violences, les souffrances, les massacres, les ruines qu’entraîne le péché.
Et pourquoi a-t-il envoyé le Fils de Dieu en personne communiquer ce pardon ? Il aurait pu envoyer quelqu’un d’autre, un prophète, proclamer : A partir de maintenant, vous êtes pardonnés. C’est qu’Il ne veut pas se contenter d’un simple pardon qui annulerait le péché et puis tout recommencerait comme avant. Depuis toujours dès avant la création du monde il avait le projet de de faire de nous ses enfants, Il a donc profité de ce pardon qu’il fallait apporter aux hommes pour réaliser son projet d’unir l’humanité à sa divinité. Et Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu comme dit St Irénée. Si bien que le but véritable de l’incarnation n’est pas de proclamer une réconciliation entre le ciel et la terre, comme nous le disons souvent. La réconciliation n’est qu’un effet secondaire de l’incarnation. Le véritable but de la venue du Christ au milieu de nous c’est de greffer la divinité sur l’humanité, ce qui était le projet du Père depuis toujours. Dire que Noël c’est fêter la venue du Christ qui se fait homme au milieu de nous, c’est vrai, mais c’est incomplet. En réalité Noël c’est la célébration de ce mystère où Dieu se fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. Au départ, l’homme avait été créé à l’image de Dieu mais il restait comme une certaine distance entre l’homme et Dieu. Dès que Jésus se fait homme, cette distance disparait, puisque Jésus est à la fois vrai Dieu et vrai homme. En se faisant homme, il fait rentrer la divinité dans l’humanité. En Jésus Dieu et l’homme sont un. Désormais à tous ceux qui le reçoivent est donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu dit St Jean. Tous ceux qui reçoivent le baptême reçoivent la vie de Dieu et sont comme recréés, parfaitement unis désormais, à la vie de Dieu, greffés sur Dieu. La prière de l’offertoire à la messe nous faisait dire autrefois : Dieu qui avez créé l’homme d’une manière admirable (en le créant à votre image lors de la création du monde) et qui l’avez restauré d’une manière plus admirable encore (à Noël en unissant en Jésus la divinité et l’humanité), accordez nous d’avoir part à la divinité de celui qui a pris part à notre humanité.
Noël est donc beaucoup plus que la touchante histoire d’un charmant petit poupon, c’est en quelque sorte une seconde et nouvelle création de l’homme.
A Noël le Christ nous apporte le salut et la réconciliation mais il ne faut pas dire que désormais tout reprend comme avant. Non, tout reprend mieux qu’avant. A Noël il y a du nouveau. L’histoire de l’humanité reprend sur de nouvelles bases. Comme st Paul l’écrit aux Ephésiens :Dieu a fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ, en vue des œuvres bonnes qu’il avait préparées à l’avance pour que nous les accomplissions. (Ephes.2,10) L’apparition du Messie sous l’apparence d’un enfant nouveau-né a déconcerté tout le monde. On attendait le Messie dans le cadre d’une apparition imposante voire terrifiante toute en gloire et puissance. On l’imaginait comme un personnage imposant, quelqu’un comme un grand prophète. Jamais on n’aurait imaginé qu’il arrive sous les traits d’un enfant nouveau-né. C’est bien le même Dieu que celui qui est apparu autrefois à Elie au sommet de l’Horeb. Il y eut un ouragan si fort qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais Yahvé n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais Yahvé n’était pas dans le tremblement de terre ; et après le tremblement de terre, un feu, mais Yahvé n’était pas dans le feu et après le feu, le bruit d’une brise légère et Yahvé était dans la brise légère. (1 Rois 19,12,13) Il est arrivé dans une extrême discrétion. Il a vraiment tout fait pour ne pas nous effrayer. Naître dans une grotte qui servait d’étable, on ne souhaiterait cela à personne. Pourquoi a-t-il voulu cette vie dure qui fut la sienne, de la crèche à la croix ? Il aurait pu s’accorder de meilleures conditions de vie, attendre qu’il y ait l’eau courante, l’électricité, les moyens modernes de communication : l’imprimerie, les voitures, internet, la télévision, les ordinateurs. Cela aurait été précieux pour le lancement de l’évangile !!! Pourquoi un tel abaissement ? Comme ça, il était sûr de ne laisser personne en dessous. Il voulait nous sauver tous, surtout eux qui en avaient le plus besoin. C’est pour ça qu’il frayait avec tout le monde même avec ceux qui n’avaient pas tellement une bonne réputation. Les premiers à être avertis de sa naissance ce sont des bergers, des gens assez mal vus qu’on accusait de voler des poules lorsqu’ils traversaient les villages ave leurs troupeaux. On le retrouve en grande conversation avec une femme qui a eu cinq maris, on lui a reproché d’être toujours fourré avec les pécheurs. C’est qu’il est venu pour chercher et sauver ce qui était perdu. Alors si, ce soir de Noël, devant tant de bonté et tant d’amour, nous nous sentons un peu gênés, parce que sans être des pécheurs abominables, nous sommes quand même assez minables, toujours pas capables de faire le bien que nous aimons et faisant quelquefois le mal que nous n’aimons pas, tant mieux ! C’est pour des gens comme nous que le Seigneur vient. Il vient pour relever ceux qui en ont besoin.
Que retenir de tout cela ?
Noël c’est beaucoup plus que l’histoire touchante du petit Jésus. C’est même beaucoup plus que l’histoire de Dieu qui se fait homme. C’est le mystère de Dieu qui se fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. C’est l’histoire d’une mutation et d’un nouveau départ pour les hommes.Pour la première fois en Jésus un homme est à la fois Dieu et homme. Et depuis tous ceux qui l’accueillent sont transformés, renouvelés, greffés sur Dieu.
Aujourd’hui en cette fête de Noël tout pourrait recommencer mieux qu’avant. Voici que le Seigneur vient. Pendant trop de siècles, pendant trop d’années, nous ne l’avons pas reçu ; le résultat n’a pas été brillant. Aujourd’hui ne laissons plus passer notre chance. Seigneur viens ! Il n’y a pas d’autre nom en qui nous puissions être sauvés. Vienne ton règne dans nos cœurs ! Vienne ton règne sur notre terre.
un grand merci pour cette homélie qui m’a fait comprendre que nous sommes désormais ,par notre baptême ,greffés en Dieu , et je dois retenir la citation de saint Irénée qui est très éclairante