Dimanche 4  Janvier 2026, Epiphanie 

(Isaïe 60, 1-6)  (Eph.3,2-3a.5-6(Mt.2, 1-12)

Nous célébrons aujourd’hui l’Epiphanie, c’est-à-dire la manifestation du Seigneur à tous les peuples de la terre représentés dans l’Evangile par les Mages. Qui étaient les Mages ? Ce n’était pas des rois,  comme on le dit souvent à tort, mais des astronomes originaires de Chaldée, région où se trouvent aujourd’hui l’Arabie, l’Iran, l’Irak. Ils étaient aussi astrologues et devins, pratiquaient la médecine et interprétaient les songes. D’après leur traditions, l’apparition d’une étoile nouvelle dans le ciel annonçait la naissance d’un roi ou d’un personnage important. Ayant découvert une étoile nouvelle dans le ciel, ils se mirent en route, suivant la trajectoire de cet astre nouveau qui les conduisit jusqu’à Jérusalem. Arrivés là, ils demandèrent naïvement aux autorités : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? sans se douter de l’émoi qu’ils provoquaient. Hérode, affolé, craint que ce nouveau roi ne le détrône, et les Juifs croyants, troublés,  se demandent si cette étoile nouvelle n’annoncerait pas l’arrivée du Messie. Tout le monde est bouleversé. On convoque les grands prêtres et les scribes et on leur demande où,  selon l’Ecriture, doit naître le Christ. S’appuyant sur des textes des prophètes Samuel et Michée, on leur répond que cela doit être à Bethléem. Hérode invite alors les Mages à se rendre là-bas et leur demande de revenir le renseigner afin qu’il  puisse, lui aussi, aller se prosterner devant ce nouveau roi.

St Mt. est le seul évangéliste à nous rapporter la visite des Mages. Il y tient parce que ce récit l’aide à évangéliser ses lecteurs, des Juifs qui envisagent de devenir chrétiens mais comme ils sont persuadés que le Messie ne doit venir que pour leur nation,  puisque Yahvé n’a fait alliance qu’avec Abraham et ses descendants ils sont gênés. Ils se demandent si le Christ ne représente pas une religion nouvelle en rupture avec le judaïsme traditionnel. En fait l’histoire des Mages ruine leurs préjugés.  En effet, elle  montre que la naissance de Jésus à Bethléem était annoncée par les anciens prophètes, donc le Christ n’est pas en rupture mais  bien en continuité avec le judaïsme ancien et comme c’est une lumière venue du ciel qui annonce la naissance du Sauveur aux nations païennes, on ne peut plus prétendre que le Messie ne vient que pour les Juifs seulement. Il a fallu du temps pour que les chrétiens se retrouvent catholiques, c’est-à-dire universels, venant de partout, de toute la terre kath’olèn tèn gèn. Au tout début, les premiers chrétiens provenaient seulement de l’entourage de Jésus et des apôtres,  tous  des Juifs  de Palestine comme eux. Puis comme les Juifs commerçaient dans les pays bordant  la Méditerranée, grâce à eux l’évangile se répandit rapidement parmi les habitants de ces pays, en particulier les Romains qui dominaient alors toute l’Europe occidentale.

 Vers les années 65-70 Marc, secrétaire de Pierre a déjà écrit son évangile pour les chrétiens de milieu romain, Luc aura écrit le sien pour les chrétiens de culture grecque au plus tard vers les années 80,90 en même temps que Mt aura terminé le sien dans les mêmes années, pour les juifs convertis au christianisme C’est la première fois qu’une religion prétendait à l’universalité suivant le commandement du Seigneur : Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du St Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. (Mt.20,19,20) Jusqu’alors les fidèles des différentes religions,  y compris les Juifs, gardaient leur foi pour eux, orgueilleusement,   ne la partageant qu’exceptionnellement avec les autres qu’ils considéraient comme des infidèles, de races plus ou moins inférieures.

                         A ma connaissance, c’est également la première fois qu’une religion s’adressait à tous, sans aucune discrimination   d’aucune sorte. Elle n’était pas réservée aux riches, aux puissants, aux savants. Au contraire les pauvres étaient mis en avant et les premières places réservées aux enfants et aux tout-petits. Absolument personne n’est exclu. Même les mauvais, les pécheurs, les injustes sont accueillis chaleureusement, dès lors qu’ils se convertissent. Le premier homme dont nous sommes sûrs qu’il soit entré au paradis est un gangster : le bon larron (Luc 23,43). St Paul pourra écrire aux Corinthiens : Considérez frères qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu ; il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille. Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages, ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort, ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n’est pas, Dieu l’a choisi pour réduire à rien ce qui est afin que, comme dit l’Ecriture, celui qui s’enorgueillit, s’enorgueillisse dans le Seigneur. (1Cor.1,26-31)

Le plus frappant dans ce récit c’est que ce sont des Mages d’Orient,  donc des païens qui ont vu l’étoile. Les croyants, les grands prêtres, les scribes et les docteurs de la Loi malgré leur connaissance approfondie de la Loi et des prophètes n’ont rien vu venir. Cela nous invite à ne jamais nous croire supérieurs à ceux qui ne partagent pas notre foi. Autre fait remarquable : les mages ont découvert l’étoile qui les a conduits à Dieu non pas dans la prière, mais en faisant leur travail d’astronomes. Cela veut dire que le travail peut nous mener à Dieu tout autant que la prière. Encore faut-il que nous ne fassions pas du  travail un moyen de rechercher des richesses à tout prix, par tous les moyens,  même en écrasant les autres et que nous ne nous laissions pas prendre par de rythmes de travail impossibles. Encore faut-il qu’on ne se laisse pas noyer dans un tourbillon d’occupations, mais qu’on prenne le temps de faire surface pour respirer. Les mages ont vu l’étoile parce qu’ils avaient le nez en l’air. Nous qui sommes souvent des super-actifs, cela devrait nous faire réfléchir.

Que retenir de tout cela ?

Aujourd’hui célébrant la manifestation de Dieu à tous les hommes, de toutes conditions et de toutes les nations, réjouissons-nous de ce qu’à travers le monde des hommes de toutes les couleurs et de toutes les cultures partagent notre foi. Tant mieux si nous sommes croyants depuis notre petite enfance. Remercions le Seigneur qui a mis sur notre chemin des parents, des éducateurs, des amis, qui nous ont éclairé et amenés vers Lui. N’oublions pas ceux qui, autour de nous, n’ont pas encore découvert le Christ. Serons-nous pour eux l’étoile qui les guide vers Lui ?

D’autre part, c’est dans leur travail d’astronomes que les mages ont découvert l’étoile qui les a conduits jusqu’à Dieu. cela veut dire que le travail peut nous mener à Dieu tout autant que la prière. Mais encore faut-il ne pas nous laisser noyer et a brutir par tout ce que nous avons à faire. Les mages ont vu l’étoile parce qu’ils avaient le nez en l’air. Tachons d’avoir, de temps en temps, nous aussi, comme les Mages, le nez en l’air ! Ainsi soit-il !!!

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