(Isaïe 8,23b-9,) (1Cor.1,10-13,17) (Mt. 4, 12-23)
Cette page d’évangile nous rapporte les débuts du ministère de Jésus et l’appel des premiers apôtres. JB vient d’être arrêté par Hérode à qui il reprochait sa conduite . Jésus, voyant sa sécurité menacée se retire près de la mer de Galilée où il commence à prêcher « Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est tout proche ». Voyant deux pêcheurs, Pierre et André, qui jetaient leurs filets dans la mer, il leur dit : « Venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d’hommes ». Aussitôt laissant leurs filets, ils le suivirent.
Comment se fait-il qu’ils prennent une décision si soudaine ? Ils ont une famille, un métier, une barque, des filets. Ils sont là en train de pêcher quand Jésus arrive avec un certain nombre de gens qui l’accompagnent. Pierre et André les voient venir. Ils n’interrompent même pas leur travail. Mais dès que Jésus leur dit : « Venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d’hommes », ils laissent leur barque et leurs filets et partent avec lui. Pour prendre une décision aussi brusque, il faut qu’ils aient déjà entendu parler de Jésus et de son enseignement. Plus tard on dira : Jamais homme n’a parlé comme cet homme (Jean, 7,46) Cela a dû les remuer jusqu’au plus profond d’eux-mêmes. Et quand Jésus les a appelés, cela a déclenché leur décision. Pour ceux qui sont appelés par le Seigneur, l’appel est ressenti comme quelque chose qui les atteint profondément, quelque chose d’attirant, quelque chose qui les comble, en apportant paix et sérénité, quelque chose d’envoutant ; on ne peut pas s’en débarrasser, on est irrésistiblement entraîné, Ceux qui sont appelés par le Seigneur ont le sentiment d’être séduits. Le prophète Jérémie en témoigne dans des termes particulièrement émouvants. Le Seigneur l’envoyait annoncer que des épreuves et des malheurs, aussi était-il incompris et persécuté. Malgré tout, lucide sur ce qui lui arrive, il écrit : Tu m’as séduit Yahvé et je me suis laissé séduire ; tu m’as maîtrisé : Tu as été le plus fort. Je suis prétexte continuel à moquerie. Chaque fois que j’ai à dire la parole, je dois proclamer violence et ruine. La parole de Yahvé a été pour moi opprobre et raillerie tout le jour. Je me disais : je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son Nom ; alors c’était en mon cœur comme un feu dévorant, je m’épuisais à le contenir, mais je n’y arrivais pas. (Jer 20,7-9) Pourquoi est-ce qu’on se décide de répondre à l’appel du Seigneur ? Parce qu’on est séduit. Il n’y a pas d’autre explication. Une vocation à suivre le Christ est toujours une question d’amour. Amour du Christ pour celui qu’il appelle, et amour de celui qui est appelé pour le Christ. Mais pourquoi celui qui est appelé ressent-il de l’amour pour le Christ qui l’a appelé ? Il est difficile sinon impossible de donner les raisons pour lesquelles on aime quelqu’un. Pascal disait : (attention, c’est difficile ! attachez vos ceintures !!!) Les raisons me viennent après, mais d’abord la chose m’agrée ou me choque par cette raison que je ne découvre qu’après…mais je crois, non pas que cela choquait par ces raisons qu’on découvre après, mai qu’on ne trouve ces raisons que parce que cela choque (Pensée 276). Autrement dit, quand j’aime quelqu’un, je ne sais pas expliquer pourquoi. Et si je dis j’aime cette personne pour telle ou telle raison, ce n’est pas vrai ; la vérité, c’est que je n’ai trouvé ces raisons que parce que d’abord je l’aimais. Pourquoi celui qui est appelé ressent-il de l’amour pour le Christ qui l’a appelé ? Parce qu’il plaît à Dieu de se laisser découvrir, connaître et aimer, ainsi qu’il le déclare en Jérémie : Quand vous me chercherez, vous me trouverez, pour m’avoir cherché de tout votre cœur ; je me laisserai trouver par vous. (Jer.29, 1 3-14) Je vous donnerai un cœur capable de me connaître (Jer.24,7). Ni l’intelligence ni la sagesse humaine ne peuvent découvrir Dieu, il faut que lui se révèle à nous, comme le dit l’évangile Nul ne connaît le Père sinon le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler (Mt.11,27). On s’étonne souvent de ce que le Christ ait choisi ses apôtres parmi des hommes à peu près illettrés, plutôt que parmi les prêtres, les scribes, ou les docteurs de la Loi, beaucoup plus instruits, connaissant infiniment mieux les choses de la religion. Jésus lui-même s’ en explique lorsqu’il dit à ceux qu’il appelle : Je vous ferai d’hommes. Il ne fait pas confiance au savoir ou à l’expérience qu’on pourrait acquérir dans une école spécialisée ou auprès d’un maître réputé. Il veut se charger lui-même de former ceux qu’il appelle. Lorsqu’ils sont appelés, les apôtres, que ce soit ceux d’hier ou ceux d’aujourd’hui, sont d’abord saisis de crainte. Mais le Seigneur les rassure. Jérémie, affolé, proteste : Ah Seigneur ! Vois ! je ne sais pas porter la parole, je suis un enfant. Mais Yahvé répondit ne dis pas je suis un enfant, mais va vers tous ceux à qui je t’enverrai et tout ce que je t’ordonnerai, dis-le. N’aie aucune frayeur devant eux car je suis avec toi. (Jr 1,6-7) Le Seigneur appelle des hommes dont il est le premier à savoir qu’ils sont tout-à-fait incapables et indignes d’être apôtres, mais il les forme et les transforme St Paul dit clairement : c’est de Dieu que vient notre capacité. (2 Co 3,5) « Regardez qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu ; il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille. Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages, ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les forts,…..car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. » (1 Co 1,26-29) Un de mes professeurs résumait tout cela en disant : La grâce de Dieu, c’est le pouvoir donné aux hommes de faire par eux-mêmes ce qu’ils ne peuvent pas faire par leurs propres forces. Mais que ce soit le Seigneur qui forme ceux qu’il appelle ne veut pas dire que les prêtres et les religieux ne doivent pas acquérir une solide formation humaine, intellectuelle et spirituelle. Cela veut dire que les études de philosophie, de théologie, d’histoire de l’Eglise auxquels ils s’astreignent pendant des années ne sont fructueuses que si elles imprègnent des esprits et des cœurs ouverts aux valeurs spirituelles. C’est au cours du cœur à cœur avec le Seigneur au long de la réflexion, de la méditation, et de la prière que l’Esprit Saint féconde le travail de l’intelligence. Le Seigneur ne veut rien faire sans nous, mais sans Lui nous ne pouvons rien faire Le psalmiste l’avait déjà dit il y a longtemps Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain travaillent les maçons. (Ps.126,1)
Que retenir de tout cela ? Ce qui nous frappe d’abord dans cet évangile, c’est la détermination des premiers apôtres qui, sans hésitation, dès qu’ils sont appelés, laissent tout : leur barque, leurs filets, mais aussi leur famille et leurs amis, pour suivre Jésus. L’appel de Jésus c’est quelque chose d’attirant, d’envoutant, il comble en apportant paix et sérénité, on ne peut pas y résister. On est séduit. Personne n’a les qualités nécessaires pour suivre le Christ. Lui seul peut former et transformer nos cœurs. St Paul en était vivement conscient qui disait aux Ephesiens A celui dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer, à lui la gloire pour les siècles de siècles.