Isaïe 7,12-16) (Rom.1,1-7) (Mt.1, 18-25)
Marie avait été accordée en mariage à Joseph. A cette époque, souvent, les jeunes époux étant encore adolescents, un certain temps s’écoulait entre l’engagement matrimonial et la venue de l’épouse sous le toit de son mari. C’est dans ce laps de temps que Marie se trouva enceinte. Joseph ne manifesta ni reproches ni colère, il décida de renvoyer Marie secrètement, même si, selon la Loi, les répudiations devaient être publiques. Mais voici que l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit de prendre Marie pour épouse, que l’enfant qu’elle porte vient de l’Esprit Saint et qu’il sera le Sauveur. Dans la Bible, les songes sont un des moyens utilisés par Dieu pour faire connaître ses desseins aux hommes. Dans l’Ancien testament, Abraham, David, Daniel, entre autres, en ont bénéficié. Dans le Nouveau Testament St Paul a fait l’objet de plusieurs visions nocturnes qui l’ont guidé et réconforté dans son apostolat. Mais le songe de Joseph est tout-à-fait à part. D’abord ce n’est pas un ange mais Dieu lui-même qui intervient. En effet dans le langage biblique, l’expression « l’Ange du Seigneur » est une périphrase employée pour désigner Dieu, dont par respect et par crainte on ne veut pas prononcer le nom. Ensuite l’objet de ce songe n’est pas de révéler tel ou tel dessein de Dieu plus ou moins important, mais d’annoncer l’arrivée imminente du Messie. D’autre part il est demandé à Joseph de donner son nom à l’enfant. Or chez les Juifs le nom n’est pas simplement un terme qui désigne quelqu’un, il exprime l’activité ou la destinée de celui qui le porte. Et le nom dont il est demandé à Joseph d’appeler l’enfant qui va naître c’est Jésus, c’est-à-dire : Sauveur. Et puis enfin chez les Juifs, celui qui donne son nom à un enfant c’est celui qui a autorité sur lui. Joseph a donc un pouvoir et une autorité toute spéciale sur l’enfant. C’est lui qui doit le faire entrer dans la société, dans la descendance de David. Avec Marie, c’est lui qui doit former et éduquer l’enfant. Ce songe n’apporte donc pas une information insignifiante, il s’agit d’une véritable annonciation. D’ailleurs on le qualifie souvent « d’Annonciation à Joseph ». Ce qui est impressionnant dans cette page d’évangile c’est la façon dont Joseph reçoit le message qui lui est adressé. Il ne pose pas de questions, ne demande pas d’explications, il n’hésite pas une seconde. Quand il se réveilla, il fit ce que l’ange lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse. Pour Joseph, il est bien entendu que le Seigneur veille sur chacun, qu’il n’est jamais loin, qu’il a de projets pour chacun. Il trouve donc normal qu’il intervienne dans sa vie pour lui confier la mission d’introduire le Messie dans le monde, et d’assurer avec Marie son éducation et sa formation. Quelle foi extraordinaire que celle de Joseph ! Lorsqu’un ange est apparu à Zacharie pour lui annoncer que sa femme, bien que très âgée, mettrait au monde un enfant, il ne l’a pas cru. Joseph lui, a cru des choses bien plus extraordinaires : que l’enfant qui allait naître était l’œuvre de l’Esprit Saint, que lui, simple charpentier de village était appelé à être le père légal du Messie. Comment aurions-nous réagi à sa place ? J’ai bien peur que souvent, nous n’osons pas croire que le Seigneur s’intéresse à nous personnellement au point de nous confier une tâche, une mission. Lorsqu’un appel du Seigneur nous atteint, par fausse humilité et aussi en raison de notre manque de foi, spontanément, persuadés que Dieu ne peut pas s’intéresser à quelqu’un d’ordinaire comme nous, nous écartons cette pensée, la prenant pour une idée sans queue ni tête, qui nous passe par la tête, une idée imaginaire, sans aucun fondement dans la réalité. Je suis persuadé que c’est là une des causes principales de la crise des vocations. Pourquoi le nombre des prêtres se raréfie, ? Bien sûr, ce n’est pas parce que Dieu n’appelle plus, je ne crois pas non plus parce que ceux qui sont appelés refusent de répondre à l’appel qui leur est adressé, mais tout simplement parce qu’ils n’entendent pas cet appel, parce qu’ ils ne le reconnaissent pas comme appel, parce qu’ils prennent cet appel pour une idée imaginaire qui leur passe par la tête, sans aucun fondement réel. Ce qui est curieux c’est que si une idée survient en nous de faire quelque chose de mal, sans trop de difficultés, nous savons reconnaître : c’est le démon qui me tente, il essaie de m’avoir. Tandis que si une idée de faire quelque chose de bien surgit en nous nous ne pensons pas une seconde que cette suggestion puisse venir de Dieu, nous croyons que cela vient de nous, que c’est une idée comme d’autres qui nous passe par la tête. Mais si Dieu nous parle, comment repérer sa parole ? Quand Dieu nous parle, il nous touche au cœur. De deux manières. Parfois en nous faisant des reproches quand nous avons mal fait. Comme on n’ose pas croire que c’est le Seigneur qui intervient, on appelle cela la voix de la conscience. En réalité, c’est Dieu qui intervient. Parfois aussi, il nous parle en nous attirant à lui. Si quelque chose nous touche, nous rapproche de Dieu, nous fait comprendre quelque chose sur lui, que ce soit en priant, en lisant l’évangile, en écoutant une homélie, en voyant quelque chose dans la rue, en causant avec quelqu’un, en regardant la télévision, en lisant le journal, attention ! il est en train de nous dire quelque chose. C’est quand même invraisemblable, lorsqu’une tentation nous fait pencher vers le mal, nous savons reconnaître : le démon est là, il essaie de m’avoir ! Mais quand quelque chose fait pencher notre cœur vers le bien, nous ne sommes pas fichus de reconnaître : le Seigneur est là. Il ne faudrait pas que le Seigneur dise de nous aujourd’hui ce qu’il disait de ses compatriotes et que nous rapporte St Mt. : Le coeur de ce peuple s’est endurci, ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux pour ne pas voir de leurs yeux, ne pas entendre de leurs oreilles, ne pas comprendre avec leur cœur. (Mt.13,14,15)Que retenir de tout cela ?Joseph n’a pas dit en se réveillant : Tiens, j’ai fait un drôle de rêve cette nuit ! Il a cru tout de suite que ce rêve était une communication divine, quand il se réveilla, il fit tout de suite ce que l’ange lui avait commandé. Exactement comme N.D. qui répond tout de suite à l’ange je suis la servante du Seigneur que tout s’accomplisse pour moi selon ta parole. Ces deux-là étaient faits pour s’entendre !!! En voyant comment dans l’Evangile le Seigneur appelle des gens ordinaires Joseph, un charpentier de village, Marie, une petite jeune fille de la campagne, les apôtres, des pêcheurs sans instruction, cessons de penser : le Seigneur ne peut pas s’intéresser à des gens ordinaires comme moi. Le Seigneur ne laisse personne de côté. Il a des projets pour chacun de nous. Les vocations ce ne sont pas des appels extraordinaires réservés à quelques uns. Par conséquent tous nous devons avoir le souci de chercher ce qu’il attend de nous Tous les jours, il communique avec nous. Lorsque nous avons fait quelque chose de mal, ce n’est pas la voix de je ne sais quelle conscience qui nous fait de reproches, c’est le Seigneur. Et lorsque quelque chose nous touche, nous fait comprendre quelque chose de lui, nous attire vers lui et vers le bien, ce n’est pas une idée en l’air sans fondement dans la réalité qui nous passe par la tête, c’est encore le Seigneur lui-même qui, discrètement, nous attire. Il ne faudrait pas que le Seigneur ait à nous reprocher, aujourd’hui encore : Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? (Jean 8,43)