Dimanche 1 Février 2026, 4e dimanche TO
(So 2,3 ; 3,12-13) (1 Co 1,26-31) (Mt 5,1-12a)
L’évangile d’aujourd’hui nous donne le début du discours sur la Montagne où Jésus présente
son programme ainsi que les dispositions nécessaires pour entrer dans le Royaume. Première indication : ils sont heureux ceux qui entrent dans le Royaume ! Le but de notre Dieu qui est un père, c’est que ses enfants soient heureux. Avis à tous ceux qui pensent que la religion, c’est l’austérité, l’ascétisme, la rigidité et qu’un bon croyant doit toujours faire « une tête de carême sans Pâques » comme disait le pape François. Mais, deuxième indication : les modèles de bienheureux que nous présente l’évangile : des gens qui pleurent, qui sont persécuté ou insultés ne correspond guère à l’image que nous nous faisons des gens heureux. Dans notre monde de compétition, où la concurrence est rude, les doux, les pacifiques, les miséricordieux ne font pas partie des modèles qu’on propose d’imiter. Que veut donc nous dire le Seigneur ? Examinons la première béatitude qui est la plus fondamentale de toutes ;
Bienheureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux. Qu’est-ce que c’estun pauvre de cœur ? Ce n’est pas un pauvre au plan de l’avoir, qui n’ a pas d’argent, qui n’a pas de maison, qui n’a pas de voiture, qui n’a pas de vêtements convenables, ce n’est pas non plus quelqu’un qui n’a pas d’instruction ni d’éducation, ce n’est pas d’avantage quelqu’ un qui n’a pas une situation en vue dans la société, c’est quelqu’un qui est pauvre au plan de l’être moral et spirituel, quelqu’un qui n’arrive pas à aimer sa femme, son mari, ses enfants comme il voudrait, qui n’arrive pas à être honnête comme il voudrait. Malgré la richesse, l’instruction ou la culture qu’il peut avoir, il se rend compte, comme St Paul : le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais, malheureux homme que je suis (Rom.7,19,24)dit la traduction française de la Bible, mais la traduction malgache est plus éclairante qui dit hélas, je suis pauvre .
Mais pourquoi le fait d’être pauvre va-t-il me rendre heureux ? Normalement je devrais me sentir malheureux en constatant que je n’arrive à rien par moi-même. En fait, me sentant pauvre, je vais ressentir vivement le besoin de l’aide de Dieu et je vais me tourner vers lui pour obtenir son appui. Et comme notre Dieu est un Père aimant, il va me tirer d’affaire. Moi je suis pauvre et malheureux dit le Ps 40, mais le Seigneur pense à moi. Il se trouve que les pauvres de cœur sont les préférés du Seigneur. Il nous le disait déjà dans Isaïe :Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui sur lequel je jette les yeux, c’est le pauvre et le cœur contrit. (Is 66,8) Voilà que les pauvres de cœur qui devraient être malheureux parce qu’ils n’arrivent à rien, se retrouvent bienheureux parce que dans leur malheur ils se sont tournés vers Dieu qui leur a donné cc que ni les richesses, ni le savoir, ni une bonne réputation pourraient leur donner. Que je sois pauvre, que je n’arrive à rien par moi-même, qu’est-ce que ça peut faire, puisque Dieu est avec moi, qui m’aide. Comme St Paul, tout heureux je dis : Je peux tout en Celui qui me fortifie. (Phil 4,13) Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort (2Co 12,10) Le pauvre de cœur n’est pas heureux parce qu’il est pauvre mais parce que sa pauvreté l’a conduit à se tourner vers Dieu qui le comble bien au-delà de ce de ce que les richesses de la terre pourraient lui apporter.
Il y a là un paradoxe étonnant : la pauvreté qui est un mal, que ce soit la pauvreté matérielle ou spirituelle (personne ne souhaite à ceux qu’il aime d’être pauvres) peut avoir des effets secondaires positifs. Et le plus important de ces effets secondaires positifs c’est qu’elle nous ouvre à Dieu, source de tout bien, qui veut rassasier ses fidèles, ne leur laissant rien à regretter ni personne à envier. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, celui qui croit en moi n’aura jamais soif. (Jean 6,35) Tandis que la richesse qui est un bien, tant la richesse matérielle que la richesse spirituelle, peut avoir des effets secondaires négatifs : les riches, comme ils peuvent avec leur agent satisfaire presque tous leurs désirs, sont tentés de croire qu’ils n’ont besoin de rien ni de personne et surtout pas de Dieu. Leur cœur épaissi se ferme, dit le psaume 16, aussi bien aux autres qu’à Dieu, le Christ dira qu’il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux. (Mt.19,24)
Voilà pourquoi la pauvreté de coeur n’est pas une qualité qu’on peut avoir ou ne pas avoir pour entrer dans le Royaume. C’est une qualité indispensable, absolument nécessaire, parce qu’elle nous ouvre à Dieu, qui dans son amour veut partager avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. C’est pourquoi le Christ place la pauvreté en tête des qualités qu’il faut avoir pour entrer dans le Royaume de cieux. Les pauvres de cœur ne sont pas bienheureux parce qu’ils sont pauvres, mais parce que leur pauvreté leur fait retrouver Dieu source de tout bien qui les enrichit. De même, ceux qui pleurent ne sont pas bienheureux parce qu’ils pleurent mais parce que, n’étant pas satisfaits de ce que le monde peut leur offrir, ils cherchent autre chose et se tournent vers Dieu. De même encore, ceux qui ont faim de soif de justice sont heureux parce que insatisfaits de la justice des hommes, ils aspirent à une justice que seul Dieu peut leur offrir.
Autrement dit l’attitude de base pour suivre le Christ et entrer dans le Royaume, c’est d’être un homme de désir qui n’est pas satisfait avec les biens de la terre, qui trouve qu’il n’arrive pas à être comme il voudrait, qui cherche mieux et qui, plus ou moins consciemment pense comme St Augustin : Tu nous as faits Seigneur pour Toi et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi.
Que retenir de tout cela ?
Dispositions à avoir pour entrer dans le Royaume : avant tout il faut être pauvre de cœur. Le pauvre de cœur, c’est celuiqui est pauvre au plan moral et spirituel. Quelles que soit sa richesse matérielle, sa réputation ou sa culture, il n’arrive pas à faire le bien qu’il aime et il fait le mal qu’il n’aime pas. Heureux celui-là ! Il a de la chance ! Parce que dans son malheur, il va se tourner vers Dieu pour demander de l’aide. Et cela tombe bien parce que justement, Dieu est un Père aimant qui n’a qu’une idée ; le bonheur de ses enfants, partager avec eux tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Il sait de quoi nous avons besoin avant que nous ne lui demandions (Mt. 6, 8) Le ciel est son trône et la terre son marchepied, mais celui vers lequel il porte les yeux, c’est le pauvre et le cœur contrit…(Isaïe 66,8) Il va donc sauver ce malheureux qui n’arrive à rien par lui-même.
A qui s’adresse ce discours ? A ceux qui ont envie de quelque chose qu’ils n’ont pas. Heureux ceux qui ont envie d’autre chose ! Si vous êtes des satisfaits, des repus, ce n’est pas pour vous.
Mais si vous avez envie d’autre chose, venez ! Si vous n’êtes pas satisfaits de ce que vous êtes, si vous avez envie d’être mieux, alors, c’est pour vous, ce discours là… Il me semble qu’à travers ces béatitudes, le Seigneur veut nous dire : tant mieux si vous n’êtes pas heureux avec ce que le monde peut vous offrir et si vous vous tournez vers moi, parce que, justement, je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous l’ayez en abondance. (Jean 10,10)