(Isaïe 49,3,5-6) (1Cor.1,1-3) (Jean 11, 29-34)
En voyant venir Jésus, J.B.déclara : Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Que signifie cette expression : Agneau de Dieu ? Cela nous reporte au temps de Moïse, lorsqu’Israël était retenu en esclavage en Egypte, et cela fait allusion au repas pascal où chaque famille avait mangé un agneau, juste avant de se mettre en route pour quitter l’Egypte terre d’esclavage et rejoindre la terre promise, terre de liberté. Depuis ce jour là, l’agneau était, pour les Juifs, symbole de libération. Aujourd’hui, Jésus, le Messie, qui fait passer l’humanité de l’esclavage du péché à la liberté des enfants de Dieu en apportant le pardon des péchés, peut être regardé comme le nouvel Agneau Pascal. Pour J.B. Jésus est le vrai Messie et il en veut pour preuve le fait qu’il a vu l’Esprit descendre comme une colombe et demeurer sur Jésus. Or celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, poursuit J.B., m’a dit celui sur lequel tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint. Moi j’ai vu et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. Deux affirmations importantes dans cette déclaration : Jésus est le vrai Messie. De plus, il va baptiser dans l’Esprit Saint. Mais avant de commenter ces deux affirmations, il y a une difficulté à aplanir: si Jésus est Dieu, il est un avec le Père et l’Esprit Saint, il a déjà l’Esprit Saint en lui. Il n’a pas besoin de le recevoir de nouveau …..Oui, mais, (comme nous le disions déjà la semaine dernière, en célébrant le baptême du Christ,) en se faisant homme, le Christ s’est séparé de ses prérogatives divines. Il ne retint pas le rang qui l’égalait à Dieu explique St Paul aux Philippiens, il s’est dépouillé prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. (Phil.2,6,7) C’est ce que les théologiens appellent la kénose du grec kénoo vider. Le Christ en se faisant homme s’est volontairement privé de l’exercice de ses prérogatives divines. On ne peut pas dire par exemple que l’enfant Jésus dans la crèche de Bethléem en voyant arriver les bergers s’est dit en lui-même : Tiens voilà Levi et Josaphat (il sait tout puisqu’il est Dieu). Non, puisque en se faisant homme, il s’est volontairement privé de ses prérogatives divines, l’enfant Jésus qui naît à Bethléem est un petit bébé impuissant comme tous les petits bébés. Il va devoir apprendre à marcher, à parler, à prier, comme tous les petits enfants. Volontairement il a renoncé à ce que la puissance de l’Esprit Saint s’exerce en lui. L’Esprit Saint est toujours en lui, mais comme dormant en quelque sorte. Et au moment où il reçoit le baptême de Jean, au moment où il va commencer son ministère, l’Esprit Saint qui descend sur lui redevient actif en lui et ses prérogatives divines lui sont rendues afin qu’il puisse exercer sa mission. Désormais ayant recouvré ses pouvoirs divins il va pouvoir baptiser dans l’Esprit.
J.B. précise bien : celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : Celui sur lequel tu verras l’Esprit Saint descendre et demeurer, CELUI LA BAPTISE DANS L’ESPRIT SAINT. Ce qui veut dire que le Messie ne vient pas seulement pour pardonner les péchés, mais surtout et avant tout pour nous plonger, nous baptiser dans l’Esprit Saint, autrement dit, nous plonger dans la vie de Dieu. St Irénée exprime cela très bien dans une formule célèbre : Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. Dieu s’est fait homme, (à Bethléem ) pour que l’homme soit fait Dieu (par le sacrement de baptême). Jésus qui récupère tous ses prérogatives divines ne garde pas pour lui tout seul sa communion avec le Père et l’Esprit Saint mais partage cette communion avec nous. Au départ Dieu nous avait créés à son image, c’était déjà très bien, mais il restait une certaine distance entre lui et nous. Mais depuis qu’en Jésus l’humanité et la divinité sont unies, depuis qu’il nous a donné par le sacrement de baptême de recevoir la vie divine, il n’y a plus de distance entre l’humanité et la divinité, la divinité rentre dans l’humanité. Une nouvelle alliance a pris place entre Dieu et nous, bien supérieure à l’ancienne. Pour nous aujourd’hui, cela veut dire que « moi » ce n’est jamais « moi tout seul » mais « moi et le Christ vivant en moi ». Regardez Notre Dame, elle ne dit jamais « je ». Quand elle parle d’elle, elle dit je suis la servante du Seigneur. Elle ne dit pas je suis contente, elle dit exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur. Elle ne dit pas « je », elle dit « je et Dieu en moi……………… Si moi, ce n’est jamais « moi tout seul » mais « moi + Dieu vivant en moi », quand je prends une décision, le Christ vivant en moi doit être intégré à l’élaboration de cette décision. C’est ainsi que, (je vous en parlais dimanche dernier,) le pape François disait que lorsqu’il était confronté à un problème, il examinait les données de ce problème puis envisageait une décision, mais avant d’appliquer cette décision, il l’examinait encore une fois pour voir si elle était en accord avec la volonté de Dieu. Cela veut dire que quand je prends une décision, je devrais toujours me demander : Est-ce que c’est ça que le Christ voudrait que je fasse ? Or j’ai peur que souvent nous décidions tout seuls, avec le secours de notre raison, de notre intelligence, de notre bon sens et, bien sûr, le plus honnêtement possible, mais tout se passe comme si Dieu n’existait pas. En tout cas, il n’est pas présent dans l’élaboration de nos décisions. L’Esprit Saint en nous, n’est pas consulté, nous le réduisons au chômage ! Puis, après, une fois que nous avons pris notre décision, comme nous voulons être de bons chrétiens nous disons au Seigneur dans notre prière : Voilà j’ai fait de mon mieux pour prendre une bonne décision. J’espère que ça convient. Faites que ça marche. C’est bien de nous tourner vers le Seigneur à ce moment là, mais c’est un peu tard. Il aurait fallu le faire avant, au cours de l’élaboration de notre décision.
Que retenir de tout cela ?
Du temps de Moïse, après avoir mangé l’agneau pascal, les Juifs sont passés de l’esclavage d’Egypte à la liberté de la terre promise. Depuis, pour les Juifs, le mot agneau est symbole de libération. C’est pourquoi, le Christ qui nous fait passer de l’esclavage du péché à la liberté des enfants de Dieu est appelé Agneau de Dieu.Le Christ, Agneau de Dieu, nous plonge, nous baptise dans l’Esprit Saint, dans la vie de Dieu. Ce baptême nous greffe sur Dieu. Aujourd’hui nous ne sommes plus comme dans l’Ancien Testament simplement des êtres créés à l’image de Dieu, qui resterait encore à distance, extérieur à nous. Depuis le Christ, la divinité a pénétré dans notre humanité. Dieu n’est plus extérieur à nous, il est en nous. Ce qui fait dire à St Paul : Le Père a fait de nous des êtres nouveaux en J.C. en vue des oeuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions. (Eph. 2,10)
Merci pour cette magnifique homélie dont j’ai recopié pour la garder sur moi comme viatique la citation de saint Paul : Eph.2,10