Epiphanie est un mot grec qui signifie manifestation. Aujourd’hui nous célébrons la manifestation du Messie à toutes les nations représentées par les Mages venus d’Orient . Jusque là, la naissance du Sauveur était restée quelque chose de confidentiel. Seuls quelques bergers des environs de Bethléem étaient au courant. Même les responsables religieux Juifs l’ignoraient encore . Or voici que des mages venus de l’étranger viennent présenter leurs hommages à l’enfant de la crèche.
Qui sont les Mages ? Ce ne sont pas des rois mais des astronomes originaires de Chaldée. Ils étaient aussi astrologues et devins, pratiquaient la médecine et interprétaient les rêves. En observant le ciel ils ont repéré une étoile nouvelle. Or à cette époque, on croyait que l’apparition d’une nouvelle étoile annonçait la naissance d’un roi, d ‘un grand conquérant ou d’un prophète. Les Mages se sont donc mis en route,suivant la trajectoire de cette nouvelle étoile. Arrivés à Jérusalem, ils demandent naïvement aux autorités Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? sans se douter de l’émoi qu’ils provoquent. Hérode craint que ce nouveau roi ne le détrône. Les Juifs, troublés, se demandent si cette nouvelle étoile n’annoncerait pas la naissance du Messie. Tout le monde est bouleversé. On convoque alors les scribes et les chefs des prêtres pour leur demander s’ils savent où doit naître le Messie. S’appuyant sur des prophéties de Samuel et de Michée, ils répondent que cela pourrait être à Bethléem. Hérode invite donc ls mages à se rendre là-bas et leur demande de venir le renseigner à leur retour afin qu’il puisse lui aussi présenter ses hommages à ce nouveau roi. En réalité, il veut l’éliminer.
St Mt écrit son évangile pour des Juifs qui voudraient devenir chrétiens mais qui hésitent encore, parce qu’ils craignent que le Christ ne prêche une nouvelle religion différente du judaïsme, et parce qu’ils ont du mal à accepter qu’il apporte le salut à toutes les nations et pas seulement au peuple Juif, il est tout heureux de rapporter la visite des Mages car ce récit montre que la naissance du Christ à Bethléem était annoncée par les prophètes ce qui prouve que le christianisme est bien en continuité avec le judaïsme. De plus,c’est une clarté venue du ciel,une étoile, qui annonce le salut aux nations étrangères et non pas un enseignement que le Christ aurait inventé. Il n’y a donc plus d’obstacles pour des catéchumènes Juifs à devenir chrétiens.
Pour nous aujourd’hui, l’universalité du christianisme ne nous trouble pas. Au contraire, nous sommes fiers lorsque notre voisin à la messe est un étranger venu d’Amérique Latine, du Vietnam ou d’Afrique. Mais cette histoire des Mages a quand même de quoi nous étonner et nous faire réfléchir. D’abord le fait que ce sont des étrangers et des païens, des mages babyloniens, qui ont vu l’étoile, et non pas des croyants Juifs. Même les grands prêtres, les scribes, les docteurs de la Loi n’ont rien vu venir. Cela nous invite à ne jamais nous croire supérieurs à ceux qui ne partagent pas notre foi. Tant mieux si nous avons eu la chance de connaître l’évangile depuis notre enfance parce que nous avons vu le jour dans un milieu chrétien. Tant mieux, même si c’est sur le tard, au hasard d’une heureuse rencontre que nous avons rejoint la foi chrétienne, mais il n’y a pas grand mérite de notre part. C’est le Seigneur qui nous a éclairés et il continue de faire luire son étoile au dessus de tous les hommes de bonne volonté. Rappelons nous toujours comment le Seigneur remet durement en place ceux qui se croient meilleurs que les autres. Il n’hésitait pas à dire aux Grands Prêtres et aux Anciens : Les publicains et les prostituées passeront avant vous dans le Royaume des Cieux (Mt.21,31) Le fait d’être chrétien ne nous donne pas le droit de nous croire supérieurs. Il nous donne simplement le devoir d’être pour ceux qui n’ont pas encore découvert le Christ, l’étoile qui les guide vers la lumière .
Et puis un autre fait doit retenir notre attention : ils ont découvert l’étoile, non pas alors qu’ils étaient en train de prier, mais alors qu’ils faisaient leur travail d’astronomes, en scrutant le ciel. Cela veut dire que le travail peut nous mener à Dieu aussi bien que la prière. Même si bien souvent le travail nous éloigne nous coupe complètement du Seigneur, parce qu’on ne voit le travail et l’activité humaine que comme un moyen de rechercher avidement des richesses en éliminant les autres et qu’il devient un lieu de luttes et de rivalités sans merci : conflits économiques,conflits sociaux ou guerres entre les nations, il est tout aussi vrai que le travail nous maintient en communion avec Dieu. Au travail, nous utilisons l’intelligence, la force et les talents que Dieu nous a donnés. Toujours le travail a une dimension de service des autres, que nous soyons en train de préparer le repas de la famille, de construire une maison ou de réparer une voiture et ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait (Mt.25,40). Et puis notre travail contribue toujours, ne fut-ce que modestement à développer et à épanouir la création. Et ceci est tellement important que St Ignace insistait beaucoup pour que les jeunes religieux en formation trouvent Dieu dans leur travail, dans leurs études, plutôt que dans de longues oraisons. Mais cela suppose qu’on ne se laisse pas abrutir dans le travail, ce qui est bien difficile lorsqu’on est soumis à des rythmes de travail impossibles. Cela suppose également qu’on ne se laisse pas noyer sans la multiplicité des tâches à accomplir, mais qu’on prenne le temps de faire surface pour respirer. Les Mages ont vu l’étoile parce qu’ils avaient le nez en l’air !
Que retenir de tout cela ?
Aujourd’hui, célébrant la manifestation du Seigneur à tous les hommes de toutes les nations, réjouissons nous de ce qu’à travers le monde, des millions d’hommes de toutes les couleurs et et toutes les cultures partagent la même foi. Remercions le Seigneur qui nous a donné des parents, des éducateurs, des amis qui nous ont éclairés et menés à lui. N’oublions pas ceux qui n’ont toujours pas découvert le Christ, autour de nous et jusque parmi nos proches. Serons nous pour eux l’étoile qui les guide vers la lumière ?
D’autre part l’histoire des Mages nous montre qu’ils ont découvert l’étoile menant au Sauveur alors qu’ils étayent plongés dans leur travail d’astronomes. Cela veut dire que le travail peut nous mener à Dieu, autrement peut-être, mais tout autant que la prière. Les Mage ont vu l’étoile parce qu’ils avaient le nez en l’air. Tâchons d’avoir nous aussi, comme les Mages, de temps en temps, le nez en l’air ! Ainsi soit-il !!!