6e dimanche de Pâques année C ( Actes 15,1-2. 22-29) (Apoc. 21,10-14.22-23) (Jean 14,23-29)
Je commenterai la première partie de l’évangile d’aujourd’hui où le Christ nous parle de la Parole de Dieu. Si quelqu’un m’aime, dit le Christ, il gardera ma parole. C’est évident. Si on aime quelqu’un on fait attention à ce qu’il dit, on retient ce qu’il dit. Mais comment en arriver là ? Comment arriver à connaître Dieu, et à l’aimer ? Il est hors de notre atteinte. C’est vrai. Mais lui s’approche de nous. Depuis toujours il se révèle à nous, à Je travers les prophètes, à travers le Christ et son Evangile et par l’Esprit Saint qui nous inspire chaque jour. Pourtant, si à certains jours nous avons envie d’aimer Dieu et de garder sa parole parce que nous trouvons que c’est un Dieu bon, qui pardonne, un Père attentif à nos besoins, parfois nous rejetons sa parole trouvant qu’elle nous dérange et nous empêche de mener notre vie comme nous le voulons.
Vais-je accueillir Dieu et sa parole ou les rejeter ? Il va falloir trancher. Il va falloir que je décide. Car Dieu n’entre pas en force dans nos cœurs. Il est Amour et en amour, on ne force pas. C’est moi qui vais décider d’accueillir et d’aimer ou non le Seigneur et sa parole. Aimer ce n’est pas se laisser emporter par une inclination ou se laisser aller à un attrait ; cela implique un choix libre et une décision de la volonté. Aimer Dieu, cela ne va pas tout seul. Quelquefois on l’accueille, quelquefois on le rejette. Il y a deux mille ans, il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu. (Jean 1,11) Et encore aujourd’hui, on ne l’accueille pas toujours.
Si, touchés par l’amour de Dieu, nous répondons à son amour, alors, nous accueillons sa parole. Et que va-t-il se passer ? Celui qui garde ma parole, dit le Seigneur, mon Père l’aimera. Bien sûr, c’est normal, puisque la parole qu’il entend n’est pas de Jésus, elle est du Père qui l’a envoyé. Mais ce n’est pas tout. Jésus poursuit : nous viendrons chez lui et chez lui nous ferons notre demeure. Et ça, ce n’est pas normal du tout. Qui sommes-nous pour que Dieu vienne habiter en nous ? Qu’il vienne de temps en temps éclairer notre intelligence ou enflammer notre cœur, ce serait déjà énorme, mais qu’il vienne en permanence habiter en nous, des êtres contaminés par le péché, orgueilleux, envieux, égoïstes, voilà qui est incroyable ! Voilà que le créateur de toutes choses nous aime au point de venir vivre avec nous, habiter en nous, cela dépasse tout ce que nous pourrions imaginer !
Et s’il vient s’installer en nous, qu’est-ce qu’il va faire ? Il va nous communiquer son Esprit qui nous enseignera tout et nous fera souvenir de tout ce que le Christ nous aura déjà dit. (Jean 14,26) Car tant que nous n’avons pas l’Esprit Saint en nous, nous ne comprenons pas comme il faut la parole de Dieu. L’exemple des apôtres dans l’évangile nous le montre bien. Méfiez-vous du levain des Pharisiens, leur dit Jésus (Mt.16,6) mais eux croient qu’il leur parle du ravitaillement en pain pour la journée. Lorsqu’il les invite à aller avec lui auprès de Lazare qui est mort, pour être témoins de sa résurrection, Thomas répond complètement à côté : Allons et mourons nous aussi avec lui. (Jean 11,16) Le Seigneur finira par leur dire : J’ai encore bien des choses à vous dire, mais vous n’êtes pas en état de les porter, quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira vers la vérité tout entière. (Jean 16,13) Si même les apôtres qui voyaient le Seigneur de leurs yeux et l’entendaient de leurs oreilles, n’arrivaient pas à comprendre sa parole, à plus forte raison, nous autres aujourd’hui. Sans l’Esprit Saint qui nous enseigne, nous ne comprenons pas grand-chose à la parole de Dieu. Mais dans l’évangile d’aujourd’hui, une fois encore, le Seigneur nous le promet : L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom , lui, vous enseignera tout. En pénétrant en nous, l’Esprit nous fait avancer toujours davantage dans l’amour de Dieu et la communion avec lui. St Paul exprime cela dans une formule saisissante :Et nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit. (2Cor. 3,18)
Et comme d’autre part cette parole n’est pas seulement une parole à comprendre par mon intelligence, mais une parole qui touche aussi mon cœur, je ne suis plus le même après l’avoir entendue. Si j’apprends que Tokyo est la capitale du Japon, cela ne me change en rien. C’est un savoir que ma mémoire va enregistrer et puis c’est tout. Tandis que la parole de Dieu va changer ma manière de vivre. Face à la parole du Seigneur : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, (Jean 13,14), je ne vais pas me contenter de stocker cela dans ma tête, à côté du théorème de Pythagore et des règles d’accord du participe passé, je me retrouve provoqué à mettre en pratique cette parole. Parfois elle me comble et me remplit de joie. Mais quelquefois elle vient déranger mes projets et m’emmener dans une direction où je ne voudrais pas aller. C’est ainsi que la parole que le Seigneur envoie Jérémie annoncer au peuple, annonce des épreuves et des catastrophes. et pas du tout la paix et la prospérité espérées. Résultat : tout le monde persécute le prophète qui, découragé, est tenté de tout plaquer : Chaque fois que j’ai à dire la parole, je dois proclamer violence et ruine. La parole de Dieu a été pour moi opprobre et raillerie tout le jour. Je me disais : je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son Nom ; alors c’était en mon cœur comme un feu dévorant, je m’épuisais à le contenir sans y réussir. (Jer.20,7….) Jérémie a résisté à la tentation de déserter. La parole de Dieu qui était un obstacle à sa tranquillité, il n’a pas pu la rejeter. Pourquoi ? Il le reconnaît, il le constate : Tu m’as séduit, Yahvé et je me suis laissé séduire. (Jer.20,7) Pourquoi acceptons-nous de nous compliquer la vie avec une parole dérangeante ? Parce que cette parole nous séduit et nous l’aimons, même si nous voyons clairement l’inconfort de ses exigences, car l’Esprit nous fait voir encore plus clairement qu’il n’y a aucune autre parole qui lui soit supérieure. Un jour où beaucoup de disciples se retiraient, Jésus demanda aux douze : Allez-vous partir vous aussi ? Pierre répondit : A qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle. (Jean 6,68)
L’évangile d’aujourd’hui nous met au pied du mur : Sommes-nous vraiment convaincus que le point de vue de Dieu est le meilleur, qu’il sait, mieux que nous, quel est le mieux pour nous ? Ou sommes-nous assez bêtes pour croire que nous sommes plus malins que lui ?
Que retenir de tout cela ?
La Parole de Dieu est hors de notre portée. Mais le Seigneur nous donne son Esprit qui nous enseigne tout et nous fait comprendre cette parole. La Parole de Dieu ne touche pas seulement notre intelligence, elle touche aussi notre cœur. Je ne suis plus le même après l’avoir entendue. Elle me séduit et je l’aime. Je suis poussé à la mettre en pratique. Même si cette parole me dérange. Les publicités commerciales ont beau essayer de me persuader que la savonnette machinchouette ou la voiture de tel type me donneront le bonheur, les idéologies et les programmes politiques ont beau essayer de me faire croire qu’elles seules sont capables d’apporter la paix au monde je vois bien que tout cela ne fait pas le poids. Les conflits incessants qui éclatent partout avec les malheurs, les désastres et les ruines qu’elles entraînent, démentent cruellement l’inanité et le mensonge de toutes ces prétentions. Et me revient en tête un passage du Deutéronome : Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur. Si tu écoutes les commandements de Yahvé ton Dieu, que tu marches dans ses voies, que tu gardes ses commandements, ses lois, et ses coutumes tu vivras. Mais si ton cœur se dévoie, si tu ne m’écoutes pas, alors tu périras, … Choisis donc la vie pour que toi et ta postérité vous viviez, aimant Yahvé ton Dieu, écoutant sa voix, vous attachant à lui, car là est la vie. (Deut. 30, 15…..19)
Merci pour cette homélie qui nous montre comment la Parole de Dieu et son amour nous transforment. Et les citations elles nous bouleversent, c’est comme si Dieu nous parlait personnellement à travers Jérémie ,ou saint Paul. Et c’est bien Dieu qui nous parle, en respectant notre liberté ,dans la citation du Deutéronome