(Actes 14,21b-27) (Apoc.21,1-5a) (Jean 13, 31-33a.34-35)
Je commenterai deux phrases de cet évangile : Maintenant le Fils de l’homme est glorifié et
le commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.
Nous sommes le Jeudi Saint au soir. A la fin du repas au cours duquel le Seigneur a institué l’Eucharistie, et célébré la Pâque juive avec ses apôtres dont il a lavé les pieds, il leur fait ses adieux avant d’entrer dans sa Passion. Il vient de leur annoncer que l’un d’entre eux allait le trahir, ce qui les a profondément troublés. Et il poursuit : Maintenant le Fils de l’homme est glorifié. A quel moment précis ce maintenant fait-il allusion ? Judas vient de sortir pour aller livrer le Seigneur à ses ennemis, le processus de la Passion est enclenché, c’est à cela que le Christ fait allusion avec son « maintenant » Ce qu’il veut nous dire, c’est : Maintenant que la Passion a débuté, le Fils de l’homme est glorifié, il est glorifié par sa passion.
Comment peut-on dire une chose pareille ? Dans sa Passion, est-ce que le Christ n’est pas humilié, vaincu ? Ses adversaires se sont emparés de lui, il est dépouillé de ses vêtements, battu, torturé et finalement il meurt cloué sur une croix. Quelle glorification y a-t-il là-dedans ? Pourtant à plusieurs reprises, Jésus parle de sa Passion comme de quelque chose de glorieux. Quelques jours auparavant, parlant de sa passion imminente, il avait dit à ses apôtres : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. (Jean 12,23) Pour comprendre que la passion du Christ est quelque chose qui le glorifie, il faut bien voir que contrairement aux apparences, ce ne sont pas les adversaires du Christ qui s’emparent de lui, mais lui qui se livre volontairement. Quelques jours auparavant il avait dit explicitement aux apôtres : Ma vie, nul ne me l’enlève, je la donne de moi-même (Jean 10,10). Il faut bien voir qu’il Il est monté à Jérusalem sachant ce qui allait lui arriver. Par trois fois, il avait annoncé à ses apôtres, qui n’y avaient rien compris, sa passion, sa mort et sa résurrection. C’est volontairement qu’il va laisser déferler toute la puissance du mal, du péché et de la mort. Mais tel un tsunami, la toute puissance de son amour infini va recouvrir toutes ces forces du mal du péché et de la mort dont elle va triompher. Au moment où on le cloue sur la croix, il prie encore pour ses bourreaux : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Luc 23,34). Autrement dit : vous pouvez me tuer si vous voulez, mais moi je vous aime encore C’est là que la gloire du Christ se révèle. Son amour est plus fort que tout.
Voir dans la passion et la crucifixion un Christ humilié et vaincu par ses ennemis, c’est voir les choses à l’envers, un peu on regarderait à l’envers un tapis. On ne verrait alors que des fils de toutes les couleurs, en désordre, mais on ne verrait pas le dessin que composent tous ces fils. Par contre, si on voit bien clairement que dans la passion, ce ne sont pas les ennemis du Christ qui s’emparent de lui, mais lui qui se livre par amour pour nous, alors on voit la passion à l’endroit comme une victoire de son amour infini qui tel un tsunami a noyé les forces du péché et de la mort. La passion et la mort du Christ, loin de montrer un Christ humilié et vaincu montrent au contraire , et avant même le triomphe de la résurrection, un Christ triomphant par la puissance de son amour dont rien ne peut venir à bout. Avec la résurrection, la gloire et le triomphe du Christ seront complets puisqu’il aura vaincu le mal, le péché et la mort . Mais déjà avec la passion et sa mort sur la croix où son amour infini triomphe du mal et du péché, le Christ est glorifié.
Poursuivant son discours d’adieu, le Seigneur donne ses consignes aux apôtres, insistant sur le devoir de s’aimer : Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns
les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. Il ne s’agit pas ici d’aimer seulement ceux dont nous apprécions la compagnie parce qu’ils ont les mêmes idées et les mêmes goûts que nous. Il s’agit de nous aimer comme le Christ nous aime. C’est à dire sans sélectionner les uns et rejeter les autres. Dès le début de son enseignement, il s’en est expliqué clairement : il ne s’agit pas d’aimer ceux qui nous aiment seulement Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi Et moi je vous dis aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber sa pluie sur les justes et sur les injustes. (Mt.5,43-46) Il s’agit d’aimer tous les autres, quels qu’ils soient. Il s’agit de vouloir ce qui est bien pour eux, de vouloir leur épanouissement. Et même d’avoir une préférence pour ceux qui sont en difficulté Jésus ne fréquentait pas tellement les gens bien, les bons croyants. Au contraire, il était toujours fourré avec les pécheurs, et beaucoup le lui reprochaient. Mais il répétait sans cesse : Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs (Mt.9,17)
C’était le sauveur, le SAMU spirituel. Le SAMU ne vient pas pour ceux qui sont en bonne santé mais pour les malades et les accidentés. Jésus répétait tout le temps Je suis venu pour chercher et sauver ce qui était perdu (Luc 19,10) Il n’aimait pas les pécheurs parce qu’ils étaient des pécheurs, mais parce qu’il voyait au milieu de l’ivraie chez les voleurs, les alcooliques ou les femmes de mauvaise vie, le petit rien de bon grain qui subsistait au fond de leur coeur et à partir de quoi une conversion pouvait encore s’édifier
Mais allons-nous être capables de nous aimer comme le Christ nous aime ? Oui parce que le Seigneur nous en rend capables : depuis le jour de notre baptême, nous sommes greffés sur le Christ, et parce que à chaque messe à laquelle nous participons nous nous offrons et nous prions : Dieu tout-puissant, nous te supplions de consacrer ces offrandes par ton Esprit pour qu’elle deviennent, c’est-à-dire pour que nous devenions le corps et le sang de JCNS, capables de nous aimer les uns les autres comme lui nous aime. Chaque messe nous christi-fie toujours davantage rend toujours plus semblables au Christ toujours plus capables d’aimer comme lui.
Que retenir de tout cela ?
Oui, dans sa Passion le Christ est glorifié, parce que ce ne sont pas ses ennemis qui se sont emparés de lui, c’est lui qui s’est livré, par amour pour nous offrant sa vie pour nous sauver et parce que dans sa Passion, son amour, dont rien ne peut venir à bout a triomphé du mal et du péché. Le matin de Pâques avec la résurrection , sa glorification sera complète puisqu’il aura triomphé du mal, du péché et de la mort. Mais déjà le Vendredi Saint le Christ est glorifié il a vaincu le mal et le péché. D’où la célébration de la croix glorieuse, chaque année le 15 Septembre.
Le Christ nous demande de nous aimer les uns les autres comme il nous aime. Par nous-mêmes, cela nous est impossible, mais comme par le baptême nous sommes greffés sur le Christ et comme chaque messe à laquelle nous participons nous christi-fie toujours davantage nous devenons capables de nous aimer les uns les autres un peu comme le Christ nous a aimés. Peut-être n’arriverons-nous jamais à nous aimer les uns les autres aussi parfaitement que lui nous aime, mais ce n’est pas une raison pour ne pas tout faire, pour apporter tout l’amour dont le Seigneur nous rend capables, à notre monde qui en manque si cruellement.