(Actes 13,14,43-52) (Apoc.7,9,14b-17) (Jean 10, 27-30)
Mes brebis écoutent ma voix. Ce n’est pas les brebis qui découvrent leur pasteur. C’est le pasteur qui les appelle. Il les connaît. Il s’intéresse à elles. Du coup, elles écoutent sa voix et elles le suivent. Pour les auditeurs de Jésus qui étaient des agriculteurs et des éleveurs la parabole du Bon Pasteur était parlante. Pour nous qui sommes des citadins, cela ne nous dit pas grand-chose. Des bergers, des moutons, nous n’en voyons guère qu’à la télévision, dans la publicité pour les fromages de brebis ! C’est seulement au hasard d’un séjour en montagne, pendant les vacances, que parfois, nous découvrons, étonnés, les relations étroites des éleveurs avec leurs bêtes. Je vous ai déjà parlé de ce berger qui, ayant amené en train son troupeau de cinq cents têtes depuis la Provence jusque dans les Alpes, m’avait rapporté : lorsque les agents de la SNCF ont fait descendre les bêtes sur le quai de la gare de Modane, j’ai vu tout de suite qu’il en manquait deux !!! Pour nous toutes les têtes d’un troupeau se ressemblent et de même qu’il nous parait incroyable que le berger puisse distinguer un mouton d’un autre mouton, de même nous avons de la peine à croire que le Seigneur puisse connaitre et s’intéresser à chacun des milliards d’hommes qui peuplent la terre. Sans compter que la majorité d’entre eux l’ignore ou l’offense.
Le plus souvent, sans oser l’avouer ouvertement, nous voyons Dieu comme une sorte de PDG d’une énorme multinationale à qui on ne peut pas demander de connaître chacun de ses employés personnellement. Pourtant, notre Dieu est un Père qui ne laisse de côté aucun de ses enfants. Pour chacun, il a des ambitions, des projets et à tous il pardonne leurs errements. Il n’aime pas qu’on le craigne. Sans cesse, au long des siècles, par la bouche des prophètes il apaise et rassure chacun : Ne crains pas, car je t’ai racheté ; je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi, dit-il en Isaïe,…. Parce que tu comptes beaucoup à mes yeux, que tu as du prix et que moi, je t’aime. (Isaïe 43,1,,4) Et lorsqu’il envoie son Fils achever la réconciliation et nous greffer sur lui, pour éviter de nous effrayer, celui-ci se fait tellement l’un de nous, qu’on a du mal à le reconnaître. Il est arrivé non pas entouré du décorum qui s’imposait, mais comme un petit bébé venu au monde à l’écart d’un village perdu, Bethléem, il a vécu ensuite dans un petit bourg inconnu, Nazareth, et tout le monde le prenait pour un charpentier de village. Il n’a pas joué au Dieu avec nous. Il nous faudra longtemps pour comprendre, St Irénée sera le premier à le dire clairement : Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu.
Il n’est pas venu pour les meilleurs, pour les justes, il le dit explicitement : je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs. (Marc 2,17) Il était toujours au milieu de tout le monde, avec n’importe qui, et souvent avec ceux qui étaient au plus bas de l’échelle sociale. Il a recruté ses apôtres parmi des pêcheurs du lac, des hommes sans grande instruction, et au grand scandale des bien-pensants, il était toujours fourré avec les pécheurs. D’ailleurs, il le dit et le répète : moi, je suis venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Luc 19,10) La vie de Jésus nous le montre clairement : notre Dieu n’est absolument pas une espèce de PDG qui ne fréquenterait que les membres de son conseil d’administration ! Il s’intéresse à tout le monde. L’Ecriture nous le redit constamment : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. (2 Tim.2, 4) Et c’est pourquoi, il veille sur chacun et le guide tous les jours. Mais le croyons-nous vraiment ?
Si on nous demandait : quand est-ce que vous avez entendu la voix du Seigneur vous guider pour la dernière fois ? nous serions sûrement bien embarrassés pour répondre. Par contre si on nous demandait : quand est-ce que le démon vous a tenté pour la dernière fois ? nous arriverions beaucoup plus facilement à répondre! C’est vexant ! On dirait que nous croyons mieux au démon qu’au Bon Dieu ! Lorsque nous faisons quelque chose de mal, nous n’avons guère de difficulté à reconnaître que nous avons été poussés à le faire par une force qui ne vient pas de nous et nous reconnaissons : cela vient du démon. Notre éducation chrétienne nous a appris à reconnaître les tentations, et à nous y opposer. C’est très bien, mais pourquoi, quand nous faisons quelque chose de bien, ne sommes-nous pas capables de reconnaître que là aussi, nous avons été poussés par une force qui ne vient pas de nous, pourquoi ne reconnaissons nous pas : Cela vient de l’Esprit de Dieu ? Tout se passe comme si une mauvaise humilité nous persuadait que Dieu n’a pas de temps à perdre pour s’occuper de gens ordinaires comme nous. Qu’il s’occupe du pape, des grands saints, de personnes comme Mère Thérèsa des chrétiens d’élite, d’accord, mais qu’il s’occupe de gens ordinaires comme nous, cela ne nous parait pas envisageable. Ceci est complètement faux. A la fin de son séjour sur la terre, le Christ nous a clairement déclaré qu’il s’en allait (Jean 16,16 ) mais que désormais son Esprit prendrait le relais. Parlant de l’Esprit Saint, l’Esprit de vérité, il confie aux douze : je prierai le Père qui vous donnera un autre Conseiller qui restera avec vous pour toujours. (Jean 14,16)
Nous sommes obligés de le reconnaître : Il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Alors si nous, qui sommes des pécheurs, orgueilleux égoïstes, etc., nous arrivons à faire ou à dire des choses bien, il faut que Dieu soit avec nous et que, nous aussi, nous soyons avec lui, Donc, lorsque nous disons ou faisons quelque chose de bien, peut-être que, sans trop nous en rendre compte, nous avons écouté sa voix et marché avec lui………………. Exactement comme les justes dans le récit du jugement dernier de l’évangile de St Mt. Le Seigneur nous explique que lorsqu’il leur dira: Venez les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume…car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire…. Ils lui répondront : Seigneur quand nous est-il arrivé de faire cela ? quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ? (Mt.25,34…) Ils ne se sont pas rendus compte qu’ils suivaient la voix du Seigneur et marchaient avec lui , quand ils faisaient ou disaient quelque chose de bien.
Tant mieux s’il nous arrive d’écouter la voix du Seigneur et de suivre ses conseils, sans nous en rendre compte. Ce serait tout de même mieux de nous en rendre compte. Que faire pour repérer la voix du Seigneur qui nous guide ? Je dirai deux choses. D’abord lui demander dans la prière Seigneur, que veux- tu que je fasse ? Fais-moi connaître ta volonté, comment veux tu que je réagisse devant telle situation qui se présente ? Et puis deuxième chose, prendre un moment tous les jours pour faire notre examen de conscience et voir : Qu’est-ce que j’ai fait de bien aujourd’hui, qu’est-ce que les autres ont fait de bien aujourd’hui ? Comme il n’y a qu’une source de bien dans le monde, Dieu, chaque fois que j’ai fait ou que quelqu’un a fait quelque chose de bien, même sans nous en rendre compte nous avons écouté sa voix et fait sa volonté.
Je vous ai déjà dit une fois ou l’autre que chaque fois que je venais célébrer la messe chez vous, j’étais fier d’offrir tout ce qui s’était vécu de bien de bien dans vos familles pendant la semaine. Aujourd’hui, au début de cette messe nous avons prié Avant de célébrer cette eucharistie reconnaissons que nous sommes pécheurs, très bien. Eh bien maintenant réfléchissant à tout ce que nous avons fait de bien cette semaine prions : Avant d’offrir cette eucharistie, reconnaissons que nous avons écouté la voix du Seigneur et fait sa volonté. Si vous voulez, pendant quelques instants de silence, réfléchissons à tout ce que nous avons fait de bien et ensemble nous le présenterons au Seigneur.