Dimanche 1er juin 2025

7eme dimanche de Pâques année C (Actes 7,55-60)  (Apoc.22, 12-14.16-17.20) (Jean 17,20-26)

Ce soir-là, c’était le soir du Jeudi Saint. Priant le Père pour tous ceux qui, à travers les siècles croiront en lui, le Seigneur nous laisse entrevoir son rêve pour eux : il le répète quatre fois dans sa prière : Père, qu’ils soient un. Et il précise : qu’ils soient un, COMME Toi, Père et moi nous sommes un. C’est quoi, c’est comment, cette union  entre le Père et le Fils ? C’est, je crois en ceci qu’ils n’existent pas pour eux-mêmes. Ils n’ont pas d’ambition personnelle. Chacun veut tout pour l’autre. Chacun est animé par un dynamisme d’amour envers l’autre et c’est ce dynamisme d’amour réciproque qui crée cette unité parfaite entre eux. Le Père se réjouit de la gloire du Fils et le Fils se réjouit de la gloire du Père.

C’est quoi cette  gloire ? Alors que dans le français courant, le mot gloire désigne la renommée, dans la Bible, la gloire désigne la valeur réelle de quelqu’un, son importance, le respect qu’il inspire, l’autorité dont il jouit. Dans l’Ancien Testament en particulier, la gloire de Dieu révèle l’éclat de sa sainteté, la puissance de son Être qui met toute son énergie à sauver et relever son peuple. En un mot,  la gloire de Dieu, c’est la face visible de son amour qui apparait lorsque  son amour se manifeste extérieurement. Par exemple,  la gloire  du Christ se manifeste dans son incarnation, lorsque son amour se manifeste dans  le geste de se faire homme,  elle se manifeste à travers son enseignement, quand son amour se manifeste en rendant  sa pensée accessible à nos intelligences, elle se manifeste à travers ses miracles, quand son amour révèle sa puissance. Mais surtout,  la gloire de Jésus apparait dans le triomphe de son amour sur le mal, le péché et la mort, à travers sa Passion et sa Résurrection. La glorification du Christ se prolonge aussi en nous chrétiens d’aujourd’hui dans la mesure où nous  demeurons en communion avec lui, comme le dit superbement St Paul aux Corinthiens Et nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit. (2 Cor. 3,18)

En somme, quand Jésus exprime ce souhait    Qu’ils soient un, comme Toi, Père et moi nous sommes un,  cela veut dire : qu’ils soient unis dans l’amour comme Toi, Père et moi nous sommes unis dans l’amour. Notre destinée, c’est d’être un avec le Seigneur pour que règne son amour sur le monde Depuis l’incarnation l’humanité n’est plus à part, à distance de Dieu  Depuis mon baptême, je suis greffé sur lui. Je ne peux pas me penser en dehors de lui. Nous sommes  en quelque sorte métissés de divin. La dignité de la condition humaine va jusque-là.

Si on l’oublie ou si on l’ignore, on est comme amputé de la meilleure partie de soi-même. On est ratatiné, un peu comme si on était passé entre les mains des réducteurs de têtes d’Amazonie.  Un homme, on ne va plus le considérer   qu’en fonction du montant de ses revenus, il vaut ce qu’il gagne,  et c’est tout. Une femme on ne va plus l’estimer    que d’après son physique, son sex-appeal et rien de plus. Ou même sans aller jusque là, on va s’enfermer dans un univers étriqué, avec des ambitions humaines honnêtes certes, mais  fort limitées :  un bel appartement, une grosse voiture, rien au-delà.

 Mais en même temps, on peut constater que personne n’est vraiment satisfait.  Dans notre monde, les maîtres mots c’est week-ends, vacances, sortir, s’évader Tout le monde rêve d’autre

chose. C’est sans doute pourquoi, de plus en plus, et   dans tous les milieux, on se drogue. Mais rêver d’autre chose, ce n’est peut-être pas  forcément mauvais, cela peut être aussi l’amorce  d’une conversion salutaire. St Augustin  lui aussi rêvait d’autre chose,  lui qui disait Tu nous as faits Seigneur pour Toi, et notre cœur est sans repos, jusqu’à ce qu’il repose en Toi. Rêver d’autre chose, finalement, cela peut être  très bien,  à condition que cette autre chose ne soit pas n’importe quoi, mais quelque chose  qui nous comble vraiment Et qu’est-ce qui peut vraiment nous combler sinon celui qui est la Voie, la Vérité, la Vie (Jean 14,12 ), l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin de toutes choses comme nous le rappelait la 1°lecture. C’est pourquoi,  dans l’évangile d’aujourd’hui, le Christ insiste pour que nous soyons  uns avec lui, unis à lui constamment. C’est le sens de sa prière : Père, ceux que Tu m’as donné, je veux que là où je suis, ils  soient eux aussi avec moi On pense généralement que Jésus fait ici allusion à notre existence auprès de lui, après notre mort, c’est vrai, mais cela se rapporte aussi à notre existence auprès de lui, dès maintenant,  ici-bas. Car ce que veut Jésus, ce n’est pas que nous soyons uns avec lui seulement après notre mort, mais dès maintenant, afin de faire régner partout  l’amour.

 Cela veut dire que nous ne pouvons pas d’abord aménager notre vie, établir nos projets, faire notre petit business en solo,  et ensuite demander à Dieu dans la prière qu’il fasse que ces projets se réalisent. Si,  comme  je le disais plus haut, depuis notre baptême, nous sommes métissés de divin, si Dieu est en nous, nous ne pouvons pas tout régler dans notre vie comme si nous étions tout seuls, ne faisant appel à lui qu’en cas de difficulté. Inconsciemment, sans nous en rendre compte nous aurions alors  relégué Dieu au rang de roue de secours éternelle et increvable. On y tient à sa roue de secours, elle est toujours là,  dans le coffre de la voiture, on ne part jamais nulle part sans l’emmener, mais on espère bien ne pas avoir à s’en servir !!!  Si le Seigneur est avec nous, en nous, alors, nous aussi il faut rester avec lui. J’aime la manie de St François d’Assise qui tout le temps priait : Seigneur que veux-Tu que je fasse ? Nous aurions avantage à faire nous aussi cette prière tous les jours, chaque fois que nous avons quelque chose à faire , une décision à prendre, une difficulté  à surmonter : Seigneur, que veux tu que je fasse ? Comment veux-tu que je réagisse ? Qu’est-ce que tu ferais si tu étais à ma place ?

Mais  vous rétorquerez : Très bien mais comment reconnaître, identifier la réponse du Seigneur à nos  prières ? Si seulement nous pouvions  voir le Seigneur de nos yeux et l’entendre de nos oreilles il n’y aurait pas de problèmes ! C’est vrai.  Mais le démon non plus ne nous apparait pas et nous n’entendons pas sa voix avec nos oreilles. Pourtant nous arrivons assez facilement à reconnaître ses tentations. On dit : c’est la voix de la conscience qui nous permet de reconnaître les tentations. Eh bien, c’est cette même voix de ce que nous appelons la conscience qui va nous permettre de reconnaître la voix de Dieu, sa réponse à nos prières. A ceci près que la conscience, ça n’existe pas, c’est une invention de la république laïque, ce qu’on appelle la conscience, c’est la voix de l’Esprit Saint. Comme la république laïque ne veut pas reconnaître l’Esprit Saint, elle l’a débaptisé et l’a appelé conscience

Que retenir de tout cela ?

Que tous soient un comme Toi, Père et moi un. Qu’est ce qui fait leur unité ?  L’amour qui les tourne chacun vers l’autre. Le Seigneur prie le Père pour que nous soyons unis par  l’amour qui les tourne eux chacun vers l’autre, afin que nous soyons à notre tour unis par cet amour là qui nous tourne chacun vers les autres pour faire régner dans notre monde, la paix, la justice et la charité

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